11/11/2006

Azteca


Il y avait longtemps qu'un livre ne m'avait pas autant dépaysé. Aztec de Gary Jennings appartient à ce genre de livres massifs que vous trimballez partout avec vous pendant 15 jours tellement vous voulez profiter de la moindre minute de temps libre pour avancer dans votre lecture. C'est du lourd (plus de 1000 pages denses en édition poche) mais il ne fallait pas moins de pages pour parler avec passion de cette civilisation assez méconnue, mais d'une richesse incroyable.

L'histoire racontée par le roman celle d'un évèque espagnole qui est chargé par le roi d'Espagne d'interviewer un vieil aztèque afin de receuillir des renseignements sur cette civilisation que les conquistadors ont méthodiquement saccagé. L'évèque réunit donc un poignée de copistes et demandent à un autochtone de raconter sa vie pour acheminer ce récit par chapitre au roi d'Espagne. Mais le vieil aztéque en question raconte sa vie avec tellement de détails et d'aventures que la collecte de renseignements devient une véritable saga. Le livre est donc composé d'une douzaine de chapitres (qui sont censés avoir été envoyés individuellement en Espagne) entrecoupés par des lettres de l'évèque qui essaye de pondérer le récit de l'aztèque.

Le vieil aztèque se nomme Dark Cloud, mais il va collectionner les noms tout au long de sa longue vie fructueuse. Il raconte avec exhaustivité la vie de la civilisation aztèque avant la venue des espagnols depuis son enfance insouciante en tant que fils de tailleur de pierre jusqu'à son improbable anoblissement quand il jouera un rôle prépondérant lors de la venue de Cortés. Sa vie est une collection d'aventures rocambolesques qui le poussent à parcourir le territoire aztèque de long en large pour participer à une guerre, apprendre de nouvelles langues, faire du commerce, enquêter sur les civilisations qui ont précédé l'ère aztèque... Sa vie est si riche qu'à l'instar de l'évèque, le lecteur se surprend à soupçonner le héros de mythomanie.

Le talent de Gary Jennings, c'est d'arriver à expliquer la civilisation aztèque tout en racontant des histoires. Il donne au lecteur énormément d'informations sur les us et coutumes aztèques sans jamais verser dans la leçon scolaire. Grace à son dispositif narratif (c'est un aztèque qui raconte son pays à des étrangers) l'ignorance du lecteur quand au monde aztèque est assumée au départ mais est lentement comblée par le foisonnement des anecdotes sur la vie quotidienne des indigènes. L'autre bonne idée de Gary Jennings, c'est qu'il sait savamment mélanger dans son récit la violence (les fameux sacrifices humains, les combats à coups d'armes en obsidienne...), le sexe (le héros se plait à choquer l'évèque en racontant ses multiples frasques sexuelles), l'aventure (toutes les provinces aztèques, ou presque, sont l'occasion d'une mission) et l'histoire (car en plus de dresser le portrait d'une civilisation, il narre le choc de deux cultures).

Après l'incroyable succès d'Aztec en 1982, Gary Jennings a écrit depuis 10 ans 3 autres romans de 1000 pages qui forment une suite à cette brillante saga historique : Aztec Autumn, Aztec Blood et Aztec Rage.

3 commentaires:

  1. Azteca (titre VF) est un de mes romans historiques cultes. Mes parents me l'ont fait lire quand j'avais 13 ou 14 ans, et je l'ai relu depuis plusieurs fois. Je viens d'ailleurs de me le racheter, mon précédent exemplaire tombait en poussière à force d'avoir été lu, par moi et ceux à qui je l'avais prêté. Par contre, je n'ai jamais lu les 3 suites (2 sont sorties en VF assez récemment, en grand format uniquement pour le moment). Message à tous : LISEZ-LE. C'est à mettre dans les très très bons romans historiques, à côté de Sinouhé l'égyptien, par exemple.

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  2. 13-14 ans ? Waow, la sexualité aztèque et les sacrifices à tour de bras, ça devait enchanter l'adolescent que tu étais. C'est certain qu'on est loin des Mystérieuses Cités d'Or avec Aztec. Mais quelle fresque, quel récit !

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  3. C'est peut-être pour ça que j'ai été marqué... ;)
    Mais non, c'est bien la qualité du livre, en effet.

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