23/06/2008

La trilogie Fabio Montale


J'ai des aprioris plus gros que l'Everest.
Pour moi, le genre policier à la française, c'est comme la bouillabaisse moscovite : ça craint.
Le roman policier, c'est nord-américain par essence. Vouloir y coller un décor franchouillard, c'est comme vouloir tourner un épisode de Rambo dans le Poitou.

La trilogie Fabio Montale avait un deuxième défaut de taille : pour moi, elle était indissociable d'Alain Delon. Pas le Alain Delon façon Borsalino ou Rocco et ses frères, mais l'acteur finissant qui parodie sa marionette des Guignols de l'info.

D'où des attentes très faibles concernant les trois romans de Jean-Claude Izzo.


Une fois n'est pas coutume, j'avais tort.
Fabio Montale est un personnage très intéressant, Marseille fait un décor très sordide pour du bon polar et Izzo démontre à chaque page que sa ville est digne d'Isola ou de Los Angeles niveau crasse et saloperies.
Le Front national, la mafia, les milieux interlopes algériens... tout ce merdier marseillais explose à la gueule du lecteur à mesure que Jean-Claude Izzo lève le voile sur Marseille. Il est sans concession dans sa mise en scène : le réalisme social de ses bouquins est à l'image de son engagement politique (c'est un ancien militant communiste). Adieu Fanny, Marius et Panisse, place aux fils d'imigrés qui manquent d'espoir, aux politiciens qui fricottent avec le Milieu et à cette Marseille façon Babel.
C'est d'autant plus noir que le soleil de Marseille tente de nous éblouir pour faire oublier la misère. Ça parait cliché par moment, mais la réalité est encore pire que ce qu'Izzo décrit.
Et Fabien Montale, simple commissaire de police qui n'est pas taillé pour ce travail, a les mains dans ce cambouis.
Et puis merde, un auteur de polar qui cite IAM, Massilia Sound System ou les Fabulous Trobadors dans ses bouquins, il me touche forcément.
J'ai retrouvé le même plaisir qu'en regardant le film Comme un aimant d'Akhenaton et Kamel Saleh.


J'ai réellement été scotché par ces livres, les dévorants tous les trois en moins d'une semaine. Le polar français est viable, je l'ai lu. Et quelque part, je comprends désormais mieux le quotidien de mon beau-frère qui est lui-même commissaire à Marseille.

Richard Boringher a également repris le rôle de Fabio Montale en 2002. En voilà une bonne idée, lui au moins à la gueule et la personnalité pour ce personnage.

Jean-Claude Izzo est mort en 2000. C'est très con de sa part.

9 commentaires:

  1. Thomas B.23/6/08

    La VF de "Capitales des Ombres" pour Shadowrun a un chapitre sur Marseille en bonus track. Doit y avoir moyen de moyenner des cybermias à oreilles pointues :)

    RépondreSupprimer
  2. Et là, le Troll de combat aux réflexes augmentés déboule dans la salle le trois-quart en cuir roulé autour du bras. Ray Ban sur la tête survêtement Tacchini et mocassins Nébuloni, il vous toise avec ses orbites chromés. De sa gorge jaillit le son d'un synthétiseur vocal qui vous balance : "Je crains dégun, je vous prends tous un par un..."

    Initiative...

    RépondreSupprimer
  3. Ce que tu dis sur le polar français est très injuste. Même si ça n'a rien de rôliste, lis un jour Léo Malet (les nouveaux mystères de Paris) qui reprend le hard-boiled, à la française: Nestor Burma est un cynique qui se fait casser la gueule et boit de la vodka dans le Paris des années 50 en enquêtant dans des affaires glauques. Sa manière de voir le monde a fait de lui un de mes modèles...

    RépondreSupprimer
  4. Là encore, j'ai un gros apriori : Guy Marchand. Mais je vais essayer de passer outre, promis.

    RépondreSupprimer
  5. Ah la la...
    Le vrai Nestor Burma, le voilà! Il n'y en a pas d'autre.
    Les romans sont nombreux et inégaux (quoi que toujours sympathiques), si tu veux que je te conseille des titres, je peux (pas tout de suite, mais j'ai de vieilles notes de lecture qque part...)

    A part ça, j'avais vu le film avec Bohringer que j'avais trouvé assez insipide. Mais je n'aime pas beaucoup cet acteur...

    RépondreSupprimer
  6. Marseillais + Amateur de polars tendance "noir" = un avis sur la trilogie que tout le monde peut deviner, non ? J'ajoute juste que j'ai comme souvenir d'Izzo celui d'un auteur très simple et sympathique, très facile d'abord. Ses ouvrages suivants, très touchants, ("le soleil des mourants" et "les marins perdus") montrent encore plus son engagement social.

    RépondreSupprimer
  7. Mmmh, j'ai d'habitude le plus grand respect pour le bon goût manifesté de façon assez insistante par les auteurs de ce blog mais là, c'est la faute, la tache indélébile, le boulet définitivement attaché à la cheville.

    Non seulement je plussoie grandement Le Pendu sur la qualité des récits de Léo Malet (et pas seulement Nestor Burma) qui a, signe de l'ambition de ses romans policiers, également adhéré au groupe surréaliste. Mais j'y ajoute au moins deux noms incontournables : toute l'oeuvre de Georges Simenon (et non, inutile de parler de Jean Richard...) et les formidables films de Jean-Pierre Melville.

    Révisez vos classiques, jeune homme ;-!

    RépondreSupprimer
  8. Je m'empresse de renier par trois fois mon colloc' pour dire que je ne partage son jugement sur les polars français / francophones : Boileau et Narcejac, Manchette, Exbrayat (un autre style mais toute mon enfance), Siniac, ou, tout récemment, Caryl Férey. Les amateurs de polars marseillais pourront aussi essayer Philippe Carrese, que pour ma part je n'ai pas lu.

    Philippe,
    Retourneur de veste

    RépondreSupprimer
  9. Vous n'êtes que des snobinards franchouillards du polar.

    Un homme se présente à vous et n'hésite pas à avouer son inculture et un sincère désir de repentir polaresque et vous, grenouilles de bénitier de l'exception culturelle française, vous l'enfoncez dans sa crasse défiance au lieu de lui tendre la main dans un geste confraternel.

    Je vous méprise bloguesquement.

    RépondreSupprimer