13/05/2009

Le Peuple invisible


- Oh oui, tonton Cédric, raconte nous donc encore une histoire sur le pays de la poutine et de Céline Dion. Dis, c'est vrai que Garou, c'est un ancien bûcheron ?
- D'accord, les enfants. Aujourd'hui, je vais vous raconter une histoire d'indiens...

Les Algonquins formaient autrefois le peuple qui vivait au nord du fleuve Saint-Laurent, jusqu'aux Grands Lacs (Supérieur, Huron, Michigan, Érié et Ontario, pour ceux qui dormaient en classe de géographie). Quand Jacques Cartier a débarqué pour fonder la Nouvelle France, c'est ce peuple là qu'il a rencontré. Des gens qui vivaient paisiblement, de manière nomade. Pas des Bons Sauvages à la Montaigne, hein. Ils partaient en guerre contre certaines tribus, ils devaient probablement violer et tuer, et on raconte même qu'ils mangeaient sans fourchette. Mais bon, l'homme blanc a débarqué, et l'homme blanc avait besoin d'espace. De beaucoup d'espace.

Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire, mais disons pour faire simple que les Anglais et les Français ont très largement instrumentalisé différentes tribus autochtones pour les besoins de leur guerre territoriale. Et vas-y que je t'envoie mes Iroquois, tiens prends mes Mohican dans ta face, et avec ça tu reprendras bien un coup de Mohawks dans les dents.... Quand les blancs furent d'accord sur le partage des terres, ils commencèrent à trouver que les indiens, c'était folklorique, mais ça gachait un peu la vue. On leur a bien offert des armes à feu pour qu'ils s'entretuent, de l'alcool pour qu'ils deviennent fous, des couvertures infectées de maladie pour qu'ils disparaissent, mais ça ne suffisait pas. Alors l'homme blanc a eu une idée : créer des réserves. Un indien sans sa terre, c'est comme un poisson sans son eau.

Le Peuple invisible est un documentaire de Richard Desjardins sur la situation actuelle des Algonquins (bande-annonce). Ils parlent de ce peuple d'intouchables que sont devenus les autochtones au Québec et en Ontario. De ces populations que l'on a parquées dans des endroits minables, qu'on a chassé de leurs terres ancestrales de chasse pour pouvoir y installer des scieries industrielles. qui saignent à blanc les forêts De ces enfants que l'on a arrachés à leur famille dans les années 1950 pour les envoyer dans des écoles tenues par des prêtres blancs qui leur ont appris le Français et les sévices sexuels. De ces communautés qui vivent sur des territoires grands comme des timbres, dans des conditions d'hygiène déplorables (sans eau courante ni électricité alors que certains vivent à 100 mètres d'un barrage hydraulique implanté sans compensation sur les eaux de la réserve). De ces hommes et de ces femmes qui vivent en moyenne 7 ans de moins que des Québécois en raison des problèmes de santé chroniques. De ces villages isolés où les mariages consanguins sont la règle, faute de brassage sociale. De ces citoyens de seconde zone qui n'ont eu le droit de vote au Québec qu'en 1969.

Aujourd'hui, le gouvernement québécois a mis en oeuvre symboliquement les travaux d'un énième barrage sur une rivière qui traverse les territoires innus. Difficile de dire non à ces emplois, à ce développement économique, à cette énergie que l'on vendra aux Américains, alors que la Crise nous cerne. Pourtant, c'est un nouvel écosystème que l'on noie, ce sont d'autres terres ancestrales que l'on sacrifie...

La vie politique québécoise se résume souvent à une question : es-tu séparatiste ou fédéraliste ? Quand on voit à quel point tous les gouvernements (péquistes comme libéraux) ont ignoré et ignorent encore cette population moribonde qui souffre dans l'indifférence, difficile de choisir son camp. Car comment peut-on vouloir obtenir l'indépendance de la nation québécoise tout en niant les droits des autochtones sur le dos duquel cette nation s'est construite ? Comment glorifier le Canada qui ne fédère que les blancs ?

- Mouais, ben elles sont pas drôles tes histoires d'indiens, tonton Cédric. Je préfère remettre le DVD de Pocahontas...

Pour plus d'informations sur le massacre de la forêt boréale, voir également du même Richard Desjardins L'Erreur boréale (bande-annonce), un documentaire qui vous expliquera comment la privatisation de la forêt québécoise a tranquillement mené à la destruction totale d'un paradis de verdure. Attention, prévoyez un puching ball pour vous défouler après le visionnage, les images et les explications donnent envie de faire du mal à son prochain.

1 commentaire:

  1. Grand et dramatique sujet que celui des peuples amérindiens et de leur devenir. Dans la liste des "cadeaux" fait par l'homme blanc tu oublies l'enfouissement de déchets radioactifs sur certaines réserves qui ont eu depuis des effets désastreux sur les naissances et les taux de leucémies par exemple. Dans l'indifférence générale et au sein même de deux belles démocraties, le génocide se poursuit inexorablement, sous un voile pudique et moribond

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