04/05/2009

Umbrella Academy : la Suite Apocalyptique

Même si on a parlé récemment de Kavalier & Clay, il est assez rare qu'on parle de super-héros dans ces pages. Non par snobisme, vous nous connaissez assez. Cédric a vu Wolverine avant tout le monde en France, et je me suis fait une soirée Hulk il n'y a pas si longtemps. Mais, personnellement, je suis paumé dans les tendances, les séries, les hommages, les pastiches, les réinventions, les modernisations, les retours au source... Cette débauche de genres me paraissait plus la traduction des consignes du marketing que de véritables innovations formelles. A part les quelques titres de super-héros que l'on trouve dans les bibliothèques de ceux qui n'aiment pas les super-héros, je ne suivais pas grand-chose. Mon dernier essai avait été Seven Soldiers de Grant Morrison, que j'avais trouvé illisible et inintéressant. Jusqu'à ce que je tome sur Umbrella Academy.
"It's like the X-Men for cool people." - Grant Morrison (bien placé pour le savoir, puisqu'il scénarise New X-Men). Ce qui ne veut strictement rien dire, on est d'accord. Allons donc plus loin.
Umbrella Academy est le projet de Gerard Way, chanteur et leader de My Chemical Romance, accessoirement, donc, scénariste et dessinateur pas du tout manchot comme les bonus de la belle VF de Delcourt permettent de le constater. Le pitch est simple : d'un coup d'un seul, un jour, 47 femmes accouchent de par le monde, sans aucun signe avant-coureur de grossesse. Un savant, sorte de version humaniste du capitaine Nemo, en adopte 7 qu'il éduque à la dure afin qu'ils mettent leurs super-pouvoirs au service de la protection de l'humanité. Devenus adultes, ils suivent des trajectoires différentes, jusqu'à ce que la mort de leur père adoptif les rassemble autour du cercueil.
Servi par le trait dynamique de Gabriel Ba, qui n'est pas sans rappeler par moment celui de Mignola, le scénario exploite avec une maîtrise impressionnante les contraintes de longeur des épisodes de comics, et jongle avec assurance entre les différentes époques. C'est cette liberté dans l'usage audacieux des flashbacks qui m'a tout de suite plu, car elle donne au récit une légèreté et une non-linéarité qui le rend bien plus intéressant que si l'auteur avait cherché à poser chacun de ses personnages pour ensuite développer en mêlant classiquement et artificiellement story-arc, subplots, et character plots. A propos des character, on notera, deuxième atout du récit, le soin avec lequel tous sont campés, à la fois posés en quelques pages, et dévoilés au long de l'intrigue. Ajoutons à ça des dialogues spirituels et des concepts de personnage toujous à l'équilibre entre caricature et originalité... En fait, à part la fin un peu abrupte de ce premier recueil, il n'y a pas grand-chose à reprocher question scénario.
Dans l'ensemble, il s'agit donc d'une BD réalisée avec une grande maîtrise, qui ne se soucie pas de réinventer le genre ou de se démarquer de ses influences. Celles-ci sont complètement assumées, mêlant les thèmes de l'école de super-héros, les éléments steampunk, les hommages aux grands anciens, mais en trouvant très rapidement son style et son ambiance propre. Bref, un comics qui assume d'être écrit de nos jours, et qui réussit à ne pas essayer de réinventer la poudre, sans pour autant faire comme si rien n'avait été fait avant lui. Si vous voulez vous faire une idée plus précise, il existe à partir du site officiel chez Dark Horse plein de pages gratuites disponibles.
Notons pour finir qu'un film serait en préparation - vu l'engouement pour les super-héros, le contraire aurait été étonnant - pour une sortie en 2012. La fiche IMDB est déjà prête !
Pour avoir des avis d'experts sur le sujet :

9 commentaires:

  1. Hop, direct sur ma liste d'achat Amazon.
    Ça fait longtemps que je n'ai pas lu du bon comics.

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  2. Hop, direct sur ma liste d'achat Amazon.
    Ca a l'air sympa comme tout.

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  3. Faudra que j'y jette un œil chez mon fourgue genevois habituel.

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  4. J'ai eu toutes les peines du monde a le finir... J'ai trouvé ca alambiqué, j'ai accroché a aucun perso et surtout j'ai trouvé ca très moche. Bon, oui, je sais, c'est mal de juger une bd sur le graphisme uniquement, mais voila, j'oserais me qualifier de dessineuse et de ce fait le graphisme est le plus important point pour moi. Bon, ouais ca suit les dernieres tendances en 2D mais je deteste ce style graphique.
    (dommage car les couv' de chapitres elles, sont superbes)
    Sinon, dans l'ensemble j'ai trouvé qu'il manquait un "fil rouge". donc ouais on suit les aventures mais on a l'impression qu'il n'y a pas de "but". L'idée de base est interessante, mais il manque un fil conducteur pour que la lectrice que je suis soit prise au jeu.

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  5. On est d'accord que le dessinateur c'est Gabriel Ba et pas Gerard Way ? Je crois qu'il y a confusion dans ton billet, m'enfin bref, j'adore ces couvertures, classes, stylées, glamours, graphiques. Du coup, l'intérieur fait un peu déchanté même si l'ensemble a quand même un vrai charme.

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  6. A ceux qui comme moi auraient apprécié l'univers à la fois foutraque et léché d'Umbrella Academy mais auraient trouvé la narration d'Apocalypse Suite plus maladroite qu'audacieuse et/ou qui n'auraient pas accroché aux personnages, je suggère de persévérer avec Dallas, la deuxième série.

    Way s'y calme un peu, prend le temps de poser ses héros (y'en a même un qui est franchement avachi, en fait) et de développer tranquillement son story-arc.

    Et puis, ignoreriez-vous ce conseil amical que vous passeriez à côté de Hazel et Cha-Cha et resteriez dans l'ignorance du vrai visage de Dieu. Et ça ? Ce serait dommage.

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  7. @ yno: effectivement, vu que je parle des dessins de Gerard Way dans les bonus et que je n'ai pas mentionné Gabriel Ba, c'est un peu confus. J'ai modifié la phrase "Servis par un trait dynamique" pour intégrer le nom du dessinateur. Et les couvs sont en effet superbes. C'est pas le même artiste que les couvs de Fables, d'ailleurs ?

    @ rnd : j'ai aussi lu que Dallas ne souffait pas des mêmes défauts de jeunesse que l'Apocalypse Suite. Vivement que ce second TPB soit traduit !

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  8. J'ai adoré. Le style de dessin est proche de Mignola (en moins net et sans les grands aplats), l'histoire est très bien (et la suite aussi, j'attends la publication du dernier n°).

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  9. @ Munin : Effectivement, c'est James Jean.

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