30/04/09

Blogosphere Fantasy - renforçons nos liens !

Toutes mes excuses aux lecteurs qui ne viennent ici que pour les critiques.

Ce billet fait suite à une conversation entamée sous la critique, chez arutha, de Jhereg, publiée à peu près le même jour que celle de Salvek sur les gardes Phénix. Arutha indiquant dans son lien mon propre billet, je me réjouissais de ce début de blogosphère sur nos genres de lecture favoris.

Une blogosphère Fantasy ?
Si le terme blogosphère est un peu un buzz-word, il désigne bien une réalité. Pour qu’il y ait un réseau sur un sujet donné, il faut :
  • des blogs qui en parlent - check : il suffit de voir notre blogroll et celle des autres pour avoir un petit échantillon de ce qui existe.
  • des échanges dans les commentaires - check : la moyenne de commentaires sous les billets a beaucoup progressé ces derniers temps.
  • des liens réciproques - ah, pas check. En tout cas pas encore : nous ne jouons pas encore totalement le jeu des échanges de liens. C’est le propos de ce billet que de suggérer de développer cela.


Echanges de liens
Pour être autre chose qu'une collection de journaux "intimes" qui monologuent en parallèle, la blogosphère a affiné le principe des liens réciproques, qui permettent d'entretenir une conversation entre blogs et de créer des liens sur les mêmes sujets d'intérêt. L'idée est de lire un billet sur Steven Brust, dans notre exemple, et de voir sur le billet des liens vers d'autres blogs qui parlent de la même chose, qu'ils soient pour ou contre. On ne parle donc pas des listes de liens proposés sur les pages d'accueil, mais des liens directs, ponctuels, de billet à billet.

Liens sortants
Les liens sortants, c'est facile et ça fait longtemps que ça existe. Mais ça ne répond pas totalement au besoin. Sur la figure 1, par exemple, on a 4 blogs qui parlent du même sujet, et qui font des liens vers les autres billets. Un lecteur du blog A, en suivant les liens, pourra aller jusqu’à D. Mais un lecteur de B ne saura pas qu’il existe un billet chez A, un lecteur de C ne pourra connaître que D, et les lecteurs de D ne sauront pas qu’il existe quelque chose en dehors du blog qu’ils suivent.



Liens entrants
D’où le développement, pour le blog, des liens entrants : ce sont les billets qui citent un texte, en général publiés, évidemment, après qu’il ait été écrit. Si on reprend notre exemple, avec un billet publié en 1er sur D. Les liens entrants feront apparaître les blogs qui citent D : un lecteur de D pourra aller voir B et C, de C il ira vers B et de B il verra enfin le billet sur A.

Trackbacks Vs Backlinks
Techniquement et très très grosso modo, il y a 3 moyens courants de faire ça :
  1. insérer manuellement, a posteriori, le lien du billet qui parle du tien. Très fastidieux.
  2. utiliser le trackback : ça fonctionne comme une sorte de commentaire. On peut voir, sur le blog d'Efelle par exemple, une url trackback : à partir d’une plate-forme compatible, on pointe vers ce lien, et si le blogueur visé le valide, un billet apparaît sous celui cité.
  3. utiliser le backlink, technologie Google disponible sur la plate-forme blogspot/blogger. C'est tout simplement Google, qui, en détectant le billet de A qui pointe vers un billet B (chez blogspot, donc), le référence chez B.

Exemple

Concrètement, comment faire
En premier, de toutes façons, il faut citer les voisins – soit dans le billet initial, soit en l’éditant après-coup, après qu’un commentaire ait été écrit (ou un backlink/trackback soit apparu) pour le signaler.
A publie un billet sur Jhereg
Des mois plus tard, B publie un billet sur le même sujet
A signale à B qu’un billet existe chez lui (soit en commentaire, soit en éditant son billet pour faire un lien sortant)
B ajoute un lien vers A.
De la sorte, les lecteurs des deux blogs peuvent passer d’un billet à l’autre.

Ensuite, il faut se donner le moyen technique de faire apparaître les liens entrants :
Pour un blogueur sur une plate-forme utilisant le trackback, il faut prendre l’habitude d’utiliser, pour les liens vers les autres blogs, l’url de trackbacks ou de rétrolien proposée. Chez blogspot, ça ne fera rien.
Pour un blogueur chez blogspot (comme nous), il faut activer dans le paramétrage du blog les backlinks. Cf. l'aide de Blogspot.

Netiquette
Aaah, la netiquette. En effet, il y a des us et coutumes en vigueur sur cet aspect-là du web aussi. Quand on sait qu'un lien entrant sur un site super connu amène de la visibilité et améliore le ranking Google, on imagine les excès que cela peut amener... Donc, ne faire des liens que quand c'est pertinent. Mais c'est une évidence quand on cultive un blog confidentiel, qu'on cherche juste à écrire des articles intéressants et à montrer ce qui se dit ailleurs.

Effet sur la visibilité
Ce développement des échanges entre blogs a deux intérêt pour les visiteurs : celui de connaître ce qui se dit par ailleurs sur un même sujet, et celui de trouver plus facilement le blog dans le moteur de recherche ; en effet, le nombre de liens pointant vers un blog améliore son classement dans les moteurs de recherche, qu’ils soient généralistes (Google !) ou spécialisés (Wikio).

Pour une vraie description technique
Pour ceux qui veulent en savoir plus, il y a plein d’articles compliqués sur Wikipedia sur les linkbacks, les refbacks, les trackbacks, les backlinks, les retroflibbackpoumlinks et tout le reste. Je suggère plus simplement de suivre le blog de Fred Cavazza et celui de Jean Véronis, qui suivent de près les évolutions du web et publient des articles intéressants et débarrassés des aspects techniques trop abscons.

"Mais moi je ne blogue pas !"
Vous n'avez pas de blog et vous avez lu cette note jusqu'au bout ? Bravo. Mais vous n'avez pas (entièrement) perdu votre temps : vous savez maintenant (si ce n'était pas le cas avant) qu'il est intéressant de suivre les liens proposés en-dessous d'un billet, pour aller voir ailleurs les réactions. Si vous envisagez d'ouvrir un blog, vous avez maintenant un élément de comparaison (de plus) pour choisir entre les différentes offres de plate-forme.
Si vous étiez déjà au courant de tout, je place quand même ici, comme demandé récemment, une photo sexy de Bisounours.



La suite ?
Prochaine leçon : de l’usage efficace des blogrolls.
Devoir à la maison en attendant : essayer de poster sur son blog un billet pointant vers celui-ci (facile, il y a un bouton "Créer un lien" juste en bas des commentaires) pour adhérer à la démarche !

Devoirs rendus :

28/04/09

La Dague de Cartier


Je dis souvent pour rigoler que je vais écrire un jour une sorte de Da Vinci Code québécois qui mettra en scène une sombre conspiration visant à cacher au monde la vérité vraie : il existe un complot fédéraliste ourdi par d'odieux anglophones à l'oeil torve qui maintient le monde dans l'ignorance. En vérité, je vous le dis, le secret qu'ils défendent par le mensonge et la tromperie, c'est que le Québec est souverain de droit, légitimement indépendant et pleinement séparé du Canada en vertu d'un document tenu secret par une branche de l'opus dei franc-maçonnique d'obédience anarcho-autonome mais d'affiliation gérontocratique. Bref, un thriller conspirationniste comme il en existe plein les librairies depuis quelques années.

Or j'ai trouvé La Dague de Cartier dans ces mêmes librairies. Damned, bloody anglois, ils m'ont doublé ! Non content de nous manipuler pour éviter que la vérité historique n'éclate à la face du monde, voilà qu'ils pillent mes idées de best-seller. Ils ne respectent donc rien. John Farrow ? Connais pas. Un Ontarien. Encore ? Comme Richard Scott Bakker et Steven Erikson ? Mais c'est une pandémie !

Alors, La Dague de Cartier raconte l'histoire d'une dague remise à Jacques Cartier par des autochtones lors de sa découverte de la Nouvelle France. On raconte que celui qui possède cette dague connaît le succès, l'argent facile et que rien ne lui résiste. Son ordinateur ne plante jamais, sa femme ne le quitte pas pour rejoindre Eduardo, le musculeux prof de yoga, et il ne reçoit plus aucun spam à la con. Bref, posséder la dague de Cartier, c'est pratique. Mais un soir de 1955, on retrouve cette même dague sur le corps d'un briseur de grêve à Montréal. Qui a fait le coup ? À qui appartient la dague ? Comment peut-on accuser les anglophones de ce méfait ? L'équipe de Montréal va-t-elle gagner la coupe Stanley ? Tant de questions que le roman abordera au cours de ses 600 pages.

En fait, le récit fait des petits bonds historiques entre 1535 et 1970. Pas nécessairement dans l'ordre chronologique, ces bonds, soit dit en passant. La dague change de main, connaît des propriétaires bien différents au cours de l'histoire du Québec... ce qui permet à l'auteur de faire intervenir dans son roman toutes les figures historiques de la Belle Province. Ça ne dira sans doute rien aux lecteurs français, mais Trudeau, Duplessis, Bourassa, Lévesque, le FLQ, Maurice Richard... tout les grands noms du Québec participent à ce défilé. C'est un brin artificiel : je comprends que la dague est convoitée par les hommes puissants et que donc il est logique de voir débarquer tout le who's who québécois, mais l'auteur n'arrive pas à camper ces grands noms. Autant ses personnages flics ou syndicalistes sont intéressants, autant il rate l'évocation des personnages historiques.

Au final, ce n'est définitivement pas le Da Vinci Code québécois. C'est un petit polar historique avec un fil rouge original à défaut d'être réussi. Mais il faut quand même être connaisseur de l'histoire du Québec pour apprécier cette histoire de dague du pouvoir. Je peine à imaginer ce que les français de France pourront apprécier de cette histoire dans l'Histoire tant c'est bourré de références québéco-québécoises. À l'inverse, la lecture de ce roman est insupportable pour un lecteur québécois. Écrit à l'origine en anglais, le roman a été traduit en français par un français de France. Ce n'est pas génant dans la narration, mais alors les dialogues sont massacrés. Où est passé le joual de Montréal ? Savent-ils, chez Grasset, que les Montréalais ne disent pas "putain" ou "ça fait chier" mais qu'ils sacrent avec vigueur, n'hésitant à pousser une maudite bonne giclée d'osties à marde ? Faire croire à des lecteurs de France que les felquistes et les prolétaires du Québec parlent une langue chatiée, c'est un véritable mensonge. Je n'ai rien contre ces gens là, mais au lieu de faire traduire ça à Paris, ils pourraient quand même demander à un traducteur québécois de s'occuper du texte. Ne pas mettre de sacres dans une discussion populaire montréalaise, c'est comme censurer l'accent marseillais ou enlever l'argot des films d'Audiard. J'ai très envie de crisser une tabernouche de volée à l'ostie de chien sale qui a volontairement tronqué ces dialogues de leur substantique moelle linguistique. Au risque de passer pour un souverainiste primaire, le sacre québécois est un art. Il faut vraiment être éditeur pour ne pas comprendre ça.

27/04/09

The Wire / Sur écoute


Je fais une mise à jour sur ce billet que j'avais écrit initialement en novembre 2007 après avoir vu la première saison de cette série. J'ai regardé les 4 saisons suivantes depuis, il me semble donc indispensable de revenir sur cette série.

The Wire (en VF : Sur écoute) c'est 5 saisons. Une tuerie pour le petit écran signée HBO, comme bien souvent. L'action prend place à Baltimore. Dans une cité HLM très pauvre, des blacks dealent tranquillement. De leur côté, les flics des Stups et de la Crim' s'allient pour monter une opération conjointe afin de faire tomber le gang qui domine les lieux. Surveillance, mise sur écoute, indics, enquête de voisinage, infiltration : tout y est. On s'insinue dans la vie criminelle en suivant dealers, petit caïds, roi de la pègre, flics à la dérive, hommes politiques corrompus, journalistes perdus... Baltimore se transforme sous nos yeux en théâtre. C'est une ville pauvre, peuplée à 60% par des Noirs, avec des quartiers à l'abandon, une industrie en déclin, un communautarisme nord-américain. C'est pas CSI: Miami : pas de plan au ralenti sur une voiture de sport avec une fille siliconée au volant. Baltimore pue. Baltimore craint. Baltimore sent la pisse au petit matin, le vomi de flic irlandais qui s'est murgé. Ça suinte la misère des quartiers populaires. Et paradoxalement, dans cette noirceur de béton, le petit dealer de 14 ans qui crache sa rage aux passants devient touchant.

The Wire donne autant la parole aux flics qu'aux dealers, au maire qu'au chef de la police, à l'avocat véreux qu'à l'assistant du procureur. La caméra alterne les points de vue et le scénario n'est pourtant pas manichéen pour deux sous : les magouilles policières sont omniprésentes entre les luttes inter-services, les petites mesquineries carriéristes et la bêtise crasse de certains flics bas de plafond. La série est technologiquement réaliste : pas de matériel magique, les micros sont gros et les ordinateurs lents. Le respect de la loi oblige les flics à une gymnastique permanente pour monter un dossier béton avant d'aller voir le juge. Et pour une fois, les méchants dealers sont intelligents : méfiants, voire même paranoïaques par endroit, ils sont terriblement crédibles et pour certains, attachants.

Il n'y a même pas réellement de héros. McNulty, le flic qui sert de fil rouge au fil des saisons, est saisissant d'inconstance : il ne devient un bon détective que quand il détruit sa vie privée méthodiquement. La psychologie de ses collègues évoluent au fil des saisons à mesure que les enquêtes sont conclues positivement ou non. Ils prennent du grade, perdent leur illusion, s'enferment dans les excès, bidouillent les rapports pour s'en sortir. Les junkies tentent de survivre au quoditien. Certains, comme Bubbles, vivent à la frontière entre le monde de la rue et celui des flics. Il n'y a aucun espoir d'échapper à la rue. Les dealers sont dans une structure plus compétitive que le pire reality show : les guerres de territoires, les changements d'allégeance, la connerie humaine : les raisons de creuver d'une balle en pleine tête sont nombreuses. Et puis, bien évidemment, il y a l'échiquier politique. La Mairie est le pivot de tout : magouilles, politiques scolaires, nominations de complaisance, plan d'urbanisme foireux, fausse politique sécuritaire...

Difficile de décrire la série tant elle couvre différents angles de Baltimore. Disons pour faire simple que chacune des saisons appuie un aspect de la ville en particulier, sans pour autant ignorer les précédentes intrigues :

1ère saison : le traffic de drogue.
2ème saison : les activités illégales du port
3ème saison : la pression des chiffres dans la hiérarchie policière
4ème saison : le système éducatif et la course à la Mairie
5ème saison : la crise dans le milieu de la presse

La série relance à chaque saison avec une nouvelle intrigue générale mais se paye le luxe de suivre quand même tous les personnages des saisons précédentes qui ont survécu. Ils se croisent, s'opposent, s'allient, entrent en guerre... Il faut parfois attendre 2 saisons avant qu'un meurtre ne soit résolu par les flics. Comme certains personnage sont de jeunes adolescent, on voit leur évolution, fascinés qu'ils sont par le Jeu qui se déroule dans les rues.

J'ai avalé les 60 épisodes, et je reconnais qu'il y a un manque qui s'est créé depuis quelques jours. Omar, le braqueur gay dont la spécialité est de s'attaquer aux dealers qu'ils dépouillent sans vergogne, me manque. Un mot, au passage, de l'incroyable casting : tournée réellement à Baltimore, la série a pour figurants de véritables arpenteurs de la rue. On sent que certains ont réellement un casier judiciaire, que leur crédibilité n'est pas le fruit de l'actor's studio. De même, de nombreux figurants flics sont de vrais policiers. De manière générale, plusieurs personnages clefs de la série sont directement inspirés de personnes réelles qui ont vécu/travaillé dans les rues de Baltimore. La chanson du générique est elle aussi spéciale : les paroles ne changent pas d'une saison à l'autre, mais le style musical change.

David Simon, le créateur de The Wire, est persuadé que sa série est un cri d'amour pour Baltimore. Une chose est certaine : ce n'est pas une publicité sponsorisée par le syndicat d'initiative de la ville. Mais des tas de grands réalisateurs et de scénaristes de talent ont collaboré à cette série (dont George P. Pelecanos).

Bref, si vous aimez les histoires de flics qui écoutent The Pogues en claquant leur paye en whisky, si le réalisme social est pour vous plus important que le nombre de fusillades, si vous aimez les scénarios où le crime n'est pas résolu en 40 minutes, si pour vous un laboratoire de police scientifique est un endroit crade où une recherche ADN doit attendre des semaines et donner des résultats incertains, si vous n'avez pas peur de plonger dans un tableau de Jérôme Bosch baltimorien, si l'idée de vous attacher à une racaille ne vous fait pas peur, si vous aimez les histoires qui prennent leur temps dont le montage n'est pas clipé comme sur MTV, alors The Wire est fait pour vous.

26/04/09

Votre avis nous intéresse...

Il existe en bas de chaque billet une question qui demande "Intéressant ?" et qui propose trois réponses possibles à cocher : Oui, Bof et Non.

Quand vous répondez, est-ce que vous notez l'intérêt que vous portez au billet, votre appréciation du livre critiqué ou bien est-ce un mélange de ces deux ?

Ce n'est pas que nous transmettons ces statistiques à l'INSEE, mais nous essayons d'évaluer l'utilité de cette option.

Pendant qu'on y est, est-ce que vous avez des critiques à formuler sur le blog (ergonomie, contenu, ton des billets, choix des livres, fréquence d'apparition de Bob...) ? Appréciez-vous quand on parle de séries télévisées ? Lisez-vous nos critiques de polars ? Trouvez-vous anormal que nous ne parlions jamais de cinéma ? Une critique du dernier Amélie Nothomb aurait-elle sa place ici selon vous ?

Trouvez-vous que nous soyons trop bisounours dans nos chroniques ? Nos fautes d'orthographe vous horripilent-elles ? Êtes-vous intéressé quand nous critiquons un livre en anglais ? Voulez-vous plus de photos sexy ?

Nous sommes preneurs de retour.

16/04/09

The Graveyard Book


Cela faisait un petit moment que je voulais essayer d'écouter un livre plutôt que de le lire. Je pensais que le livre audio s'adressait aux aveugles, aux illettrés et aux banlieusards coincés dans les embouteillages. En lisant cette critique très enthousiaste de Laurine sur The Graveyard book et en croisant par hasard une version audio de ce livre sur Internet, je me suis dit qu'il était temps de faire un essai. Après tout, j'aime Neil Gaiman, et l'ouvrage s'adressant aux enfants, mon niveau d'anglais devrait être suffisant. En quelques clics, j'avais environ 7h30 d'écoute sur mon iPod.

Première surprise : c'est Neil Gaiman lui-même qui fait la lecture. Bien qu'il soit Anglais, son accent n'est pas un obstacle, bien au contraire. J'avais peur qu'il ait un horrible accent cockney, mais finalement il a une diction parfaite pour moi, y compris quand il imite des personnages agées pour incarner les vieux fantômes du cimetierre. Les changements de chapitre sont annoncés avec une petite musique arabo-je-ne-sais-pas-quoi qui est charmante.

Le truc avec un livre audio, c'est qu'il ne faut pas faire quelque chose de très demandant intellectuellement en même temps, sinon l'attention fait défaut. Écouter en marchant dans la rue est très plaisant, mais au travail, ça se complique. Je fais principalement de la mise en page et de la relecture de documents. Autant la mise en page sous PowerPoint ne demande que très peu de ressource cérébrale, autant la relecture exige une concentration totale. Il est donc possible d'écouter un livre audio pendant des tâches répétitives (comme un mailing), mais pour le reste, mon esprit n'est pas capable de faire du multi-tâches. Par contre, patienter dans une salle d'attente en écoutant Neil Gaiman, c'est un très bon moyen de faire passer le temps.

Quand le passage du livre audio que vous écoutez n'est pas passionnant, il est possible que vous commenciez à penser à autre chose, une idée en entraînant une autre. On se "réveille" au bout d'un moment en ayant loupé un bout de la narration, mais c'est assez facile de décrocher si l'oeuvre ne vous inspire pas plus que ça. Ça m'arrive aussi quand je lis à l'ancienne (vous savez, vous arrivez à la fin d'une page, mécaniquement, mais votre esprit pensait à totalement autre chose pendant la lecture. Impossible de faire un résumé du précédent paragraphe).

Si c'est payer pour un livre audio qui vous freine, sachez qu'un site comme celui-ci propose des tonnes de classiques en MP3, le tout gratuitement. Bon, les lecteurs n'ont pas tous le talent de Neil Gaiman, mais vous pouvez ainsi écouter du Jules Verne, du Maupassant ou même du Poe quand vous le souhaitez. Une très bonne manière de se faire une culture "classique" tout en marchant pour aller à l'usine.

Qu'ai-je penser du livre de Gaiman ?
C'est toujours le même problème avec les livres pour enfants : je ne suis pas le public visé. Comme j'ai vendu mon âme d'enfant sur eBay il y a quelques années, je suis incapable de retrouver les frissons d'antan. Le livre raconte l'histoire de Nobody Owens, un petit garçon dont les parents ont été assassinés et qui trouve refuge dans un cimetierre, où la population locale va se charger de l'éducation de l'orphelin. C'est très sympathique comme histoire, Gaiman est doué pour tricotter des choses avec du contemporain et du mythologique, toutefois un adulte comme moi trouvera ça mignon mais prévisible. Par contre, ça m'a donné une furieuse envie de continuer l'expérience du livre audio.

14/04/09

Les enquêtes du commissaire Brunetti


J'attends d'un polars 3 ingrédients de base :
- un personnage central avec des pleins et des déliés, torturé entre son travail et sa vie amoureuse, un type avec des dilemnes moraux, des squelettes dans ses placards et un sens de la répartie plus mordant qu'un pit-bull affamé.
- un décor (souvent urbain) découpé au scalpel, peuplé de figurants qui sentent bon le réel. L'âme de la ville doit avoir son écho dans la psyché du personnage central.
- une intrigue qui me fait me poser des questions, une enquête qui progresse en montrant l'absurdité de la hiérarchie, les instincts du flic, les fausses pistes que l'on aime désamorcer. La procédure policière peut être plus ou moins mise en avant, mais ça doit me happer.

On peut bien évidemment faire varier la recette en y ajoutant de l'Histoire, une approche ethnique particulière ou même y foutre de la SF, mais j'ai besoin des trois ingrédients de base pour prendre du plaisir à avaler un polar en une nuit ou deux.

Les enquêtes du commissaire Brunetti s'articulent ainsi :
- le personnage central est un bon père de famille. Il rentre manger chez lui tous les midis pour retrouver sa femme (prof de littérature américaine) et ses deux enfants. Ne comptez pas sur un quelconque rebondissement domestique : le maximum d'intensité dramatique familiale auquel vous aurez droit dans cette série est quand sa fillette s'écrase le gros orteil sur le pied de la table. Son chef est bien évidemment un authentique connard : raciste, bête et arriviste. Brunetti est lui sympathique, ouvert d'esprit, intelligent et désintéressé. Sa personnalité est aussi lisse qu'une toile cirée recouverte de vaseline.
- Venise est à l'honneur. Le commissaire Brunetti passe tellement de temps à marcher dans ses rues ou à voguer sur un vaporetto que l'auteur s'amuse à nommer par le menu détail chaque rue qu'emprunte son personnage. Ne vous attendez pas à une description architecturale évocatrice, à un tableau social réaliste ou une plongée dans les strates de la population locale : c'est un Venise de carton-pâte. Le Palais des Doges, l'opéra, la place St-Marc... ce n'est pas un décor urbain, c'est une carte postale. Bien évidemment, Donna Leon (l'auteur) a vécu non loin de Venise quand elle travaillait à la base militaire américaine du coin, donc elle connaît les us et coutumes des italiens et se permet quelques piques cyniques sur les vénitiens. Donc ses personnages sont beaux parleurs, un peu fourbes, mentent aux impôts... Rien de tel qu'un point de vue américain pour vous donner le goût d'un pays.
- les enquêtes... Ce n'est pas compliqué : les notables sont tous plus ou moins pourris et les seconds couteaux ont de grandes chances d'être siciliens. Vous n'entendrez jamais parlé de l'appareil judiciaire, c'est à croire que les commissaires italiens n'ont aucune loi à respecter. Le nec plus ultra, c'est quand la secrétaire du commissariat claque des doigts et obtient les relevés de comptes des suspects ou la liste de leurs appels téléphoniques. Le mieux que l'on puisse dire, c'est que les enquêtes sont simplistes.

Alors oui, c'est plus mou qu'un tiramisu. J'y retrouve le manque de souffle narratif des épisodes des 5 dernières minutes de mon enfance. J'ai souvent envie que les personnages de Gomorra débarquent et qu'il arrive des choses horribles à Brunetti, juste pour qu'il se passe des choses intéressantes. Parce que le meutre mystérieux du chef d'orchestre allemand de l'opéra de Venise, ce n'est même plus un cliché, c'est une honte. Le tout est bien évidemment servi avec une écriture aussi inspirée que la notice de montage d'un meuble Ikea. On enchaîne les lieux communs sur Venise (oh, la place St-Marc est innondée... oh, il y a un bal masqué dans un hôtel particulier... oh, une soprano lesbienne qui joue les primas donnas...) et on se dit que finalement la réputation de cette série est entièrement basée sur la marque de commerce qu'est devenue Venise.

11/04/09

Greg Keyes - le Chevalier de sang

Note du 3 mai 2009 : où l'on retrouve pour la deuxième fois Bob, que vous pouvez suivre via son tag : Bob.



t1 : le Roi de bruyère
t2 : le Prince charnel

- Oui, Greg, qy'y-a-t'il ? J'espère que tu ne me déranges pas pour rien. J'étais en train de regarder les chiffres prévisionnels de vente de tes bouquins.
- Oh, non, tu vas être content. Les conseils que tu m'as donnés étaient si bons que dans la foulée, j'ai écrit aussi le 3e tome.
- Deux bouquins en un mois ? Pas mal. Attention quand même à garder un certain niveau de qualité, sinon tu pourrais finir scénariste pour Lost. Fais-moi voir ça.
(...)
- Alors ? C'est bien, hein ?
- Hmm... C'est pas mal. Mais...
- Quoi, mais ?
- Ben, quand je t'ai donné mes trucs, je ne pensais pas que tu les utiliserais à tous les chapitres, tu vois.
- Pourquoi ? Si ça marche une fois, ça peut marcher les autres fois, non ?
- Là, ça fait quand même un peu gros. Même un lecteur de Goodkind risque de commencer à tiquer. Tu pourrais essayer de varier un peu. Par exemple, t'es vraiment obligé que chacun de tes personnages s'évanouisse ou soit assomé à chaque chapitre ? A ce rythme-là, ils devraient commencer à avoir de sérieux troubles neurologiques.
- C'est pour le suspense ! Et si je variais les métaphores ? Je pourrais mettre "la terre l'engloutit" ou "les nuages l'aspirèrent" ou "les ténèbres s'abattirent sur lui", comme ça ça passera mieux ?
- Oui, bonne idée. Mais le gros problème, c'est qu'il n'y a aucune surprise dans le déroulement des quêtes annexes. Y'a pas de rebondissements ou de retournements de situation, c'est trop téléguidé.
- Comment ça ? Il y a plein de combats, et je ressors systématiquement tous les ennemis qu'on croyait mort ? Et puis il y a des coups de théâtre : quand le méchant prélat est déjà dans le village de montagne, au milieu de nulle part, à attendre le groupe des gentils ? Ca surprend forcément, ça, vu qu'il n'y a aucune raison logique qui l'expliquerait ?
- Oui, c'est bien, tout ça. Mais, tu vois, un combat, une opposition, ça n'est pas un rebondissement : c'est un obstacle, mais ça ne surprend pas.
- Et si c'est une embuscade ou une tentative d'assassinat ? Je pourrais en mettre à chaque chapitre ?
- Oui, ça serait déjà mieux, mais il faudrait quelque chose de plus... de plus...
- Ben je vois pas ce qu'il te faut. Il est pas super balèze, mon nouveau monstre ? Avec son souffle empoisonné et tout ?
- Ouiii, mais...
- Et tous ces personnages secondaires omniscients, avec leurs sous-entendus mystérieux ? Enigmatique, non ?
- Oui, oui...
- Et la prophétie ? C'est pas cool la façon dont je m'en sers, avec les traductions en différentes langues ?
- Oui, oui. Ca, tu sais bien faire, c'est super, mais je sais pas...
- Et des triangles amoureux ? J'en ai mis partout, on dirait une leçon de géométrie. Ca pimente un peu, non ?
- Oui, oui, ça aussi c'est bien : tes couples, dans les tomes précédents, s'entendent trop bien. Ca n'intéresse personne, des histoires qui se passent bien.
- Bon ben je vois pas ce que je peux encore ajouter.
- J'ai une idée. Ton moine polyglotte qui sert à rien, là, s'il enquêtait sur une grande conspiration au sein de l'église ? J'ai lu un bouquin pas mal, ça s'appelle l'Avachi Code ou un truc du genre. Il paraît que ça a pas mal cartonné. On pourrait mettre des conspirations religieuses dans ta quadrilogie, ça serait marrant, non ?
- Ah ouais, des cultes secrets dédiés à des divinités oubliées, ça va ajouter des factions, ça donnera l'impression que l'intrigue est super alambiquée. Mais bon, ça m'embête un peu de tout modifier, là, j'ai quasiment bouclé le tome 3. J'en étais au 7e évanouissement de Neil dans le bouquin, à la fin de la bataille, pour que le lecteur croit qu'il est mort mais en fait il est qu'évanoui. Ca va être super émouvant. Ecoute ça : "Il savait qu'il aurait dû penser à Fastia, mais tandis que la lumière disparaissait, ce fut le visage de Brinna qu'il garda à l'esprit". C'est pas la quintessence de l'art dramatique, ça ? Ca va pleurer dans les chaumières, je t'assure !
- Ouais, c'est super, modifie rien. Tu vas juste délayer les chapitres avec le moine, et toutes les révélations tu les mets pêle-mêle à la fin, ça va faire un super final et le lecteur sera content d'avoir tenu jusque là. C'est important de le récompenser, le lecteur, faut le respecter et pas le prendre pour un pigeon, tu vois ? Après tout, il a payé le bouquin, il faut qu'il en ait pour son argent. Et lui donner envie de lire la fin. Au pire, il se dit que puisqu'il a tenu jusqu'ici, autant qu'il aille jusqu'au bout.

09/04/09

Lost


Or donc, Jack traversait pour la 743ème fois ce morceau de jungle qui séparait la plage de l'un des multiples bunkers secrets de l'Initiative Dharma.
Il était perdu. Pas géographiquement, mais plutôt factuellement.
Pourquoi courrait-il cette fois ? Était-ce parce qu'il était poursuivi par un ours polaire ? Fuyait-il le mystérieux nuage arracheur d'arbres ? Il ne se souvenait plus.
Il tenta de se souvenir de la dernière conversation qu'il avait eu, un peu plus tôt, sur la plage. C'était avec Sawyer. Enfin, pas réellement. Ce n'était pas le Sawyer de maintenant, mais le Sawyer du futur qui lui avait parlé d'une bombe atomique du passé, d'une serre disparue dans l'avenir proche, des Autres qui étaient maintenant des Notres, de Aaron (son neveu, mais il l'ignorait), de John Locke qui était encore plus mystérieux qu'un fortune cookie mal traduit... Tout était si confus dans sa tête.
Et puis il y avait son père, le médecin alcoolique. Les gens de la mission de secours aussi, même si en fait ils n'étaient pas là pour les aider. Et puis le fantôme dans la cabane, oui, peut être...
Il était fatigué. Il s'arrêta de courrir sans but pour reprendre son souffle en s'appuyant sur le premier arbre venu.
La soudaine vacuité de toute cette histoire le frappa telle la giffle implacable d'une mère qui vous punit d'avoir enfermé le chat dans la machine à laver alors qu'elle en était à la phase remplissage.
Tout ce ramdam n'était pas réel. C'était une mauvaise saison de Dallas qui serait plus tard oubliée en prétextant que ce n'était qu'un rêve.
Non, son cerveau devait réarranger des éléments au hasard, comme s'il défragmentait son disque dur mental. L'ours polaire était en fait une peluche qu'il avait vue dans une boutique avant de monter dans l'avion. Kate n'était autre qu'une hotesse de l'air qui lui avait fait un clin d'oeil quand il était monté à bord et qui avait ensuite touché les fesses d'un stewart mal rasé sur l'uniforme duquel on lisait le nom Sawyer. Le bruit métallique du nuage mystérieux (sans doute le panache de fumée des réacteurs) venait des moteurs de l'avion. Le coup de la demi-soeur cachée était un grotesque appel du pied de son inconscient pour compenser vaguement la solitude de son enfance de fils unique. Les Autres, c'était ces gros richards de la classe affaire, tandis que lui était coincé en classe économique avec un couple de coréens et un mec chauve qui lui racontait sa vie depuis le décollage. Jack avait enchaîné les mignonettes de whisky avec la régularité d'un métronome atomique.
Adossé à son arbre, le souffle retrouvé, Jack sut que cette histoire d'île perdue n'était qu'un bad tripp en plein vol commercial vers des vacances trop longtemps repoussées. Alors, histoire de se réveiller une bonne fois pour toute et de sortir de ce fantasme, il prit en main le pistolet que Sayid lui avait prêté (le fameux Sayid étant probablement la photo d'un kamikaze irakien dont Jack avait vu le visage dans un LA Times qui trainait sur son siège) et se le pointa sur la tempe droite.
Dans quelques instants, tout ce merdier allait prendre fin, d'une façon ou d'une autre.

Avis de Cédric
Vous l'aurez compris à travers ce petit texte, j'annonce officiellement que j'ai renoncé depuis plusieurs épisodes à Lost. J'ai trippé comme un malade au début, chaque couche de mystères m'amusait, je me régalais des retournements de situation et des révélations, je trouvais le format et le scénario très bandant. Je cherchais les indices, je faisais des théories débiles, j'essayais de lire entre les lignes...
Et puis un jour, je me suis vu étalé sur mon sofa en train de regarder une bande de gugusses courrir dans la jungle. Et je n'avais aucune, mais alors aucune curiosité pour la destinée de ces gens. Je les regardais s'agiter par habitude. C'était comme se forcer à regarder la seconde mi-temps d'un très mauvais match uniquement parce que j'avais vu les 45 premières minutes.
Je ne sais pas si les scénaristes bottent en avant continuellement (on remarquera la finesse avec laquelle je file la métaphore sportive) ou s'ils ont une véritable explication finale qui donne du sens à tout. Je m'en moque.
Lost était une excellente série qui a été victime de son succès. En voulant à tout prix allonger indéfiniment les prolongations (oui, toujours la même métaphore subtile), ils ont noyé mon enthousiasme dans un torrent de suspense artificiel. Les producteurs de
Battlestar Galactica n'ont pas rajouté 4 saisons quand la série s'est mise à fonctionner, ils ont gardé leur histoire serrée pour mettre un point final élégant.
Quand mes enfants retomberont sur la 17ème rediffusion de
Lost et qu'ils se moqueront de notre chère télévision actuelle ("Comment faisiez-vous pour regarder 40 minutes de course d'orientation dans la jungle chaque semaine ? Vous n'aviez pas le net à l'époque ?") l'amour-propre en prendra un coup.


Avis de Munin
On a beau jeu de critiquer Lost, mais quelle série représente le mieux la désorientation née de l'angoisse existentielle face aux incertitudes de l'existence ? Les disparus de Lost courent en tout sens dans la jungle, en se croisant les uns les autres de façon impromptue ? Certains épisodes sont frénétiques, d'autres d'une contemplativité qui aurait été zen si elle avait été intentionnelle ? Des éléments du passé disparaissent ou apparaissent sans lien véritable avec l'actualité ? Tous les personnages sont loin d'être aussi attachants les uns que les autres ? Oui, tout cela est vrai. Mais quelle différence avec nos vies ? A moins de faire appel aux services d'un scénariste qui se charge de planifier les moindres détails de votre vie en fonction des principes de l'art dramatique (ce qui serait vite usant : le cliffhanger de fin de journée, c'est mauvais pour le stress), notre quotidien n'est pas très différent de celui de l'île : nous ne ressentons pas la même sympathie pour l'ensemble des personnes de notre entourage (je ne sais pas pour vous, mais moi je fais une nette distinction entre ma femme et mon patron), nos journées peuvent être intenses ou assomantes, etc. Et c'est là que réside le génie de la série : arriver à nous faire comprendre que même transportés sur une île tropicale peuplée de gens beaux et athlétiques, qui propose des agréments comme des voyages dans le temps, des bunkers remplis de bières et de chips, ou des parties de chasse à l'ours, nous ressentirions la même lassitude, la même routine que dans notre vie quotidienne. Quelque part, c'est rassurant : ça revalorise notre existence que de se dire en regardant les disparus de Lost "hé ben, mieux vaut eux que moi". Loin de favoriser le processus d'identification aux héros, les personnages de Lost produisent un phénomène de rejet qui a la saine conséquence de nous pousser à éteindre la télé. Bravo aux auteurs de la série, qui ont choisi de faire de Lost, plutôt qu'une bonne série parmi tant d'autres, une source d'inspiration pour les détournements et les parodies sur Internet.

06/04/09

Michael Chabon - Kavalier & Clay


L'avis de Munin :
Prem's ! Celui-là, je ne pouvais pas laisser Cédric écrire le premier dessus. Il est des bouquins qui marquent et auquel on voue un attachement sentimental, qu'on les relise par la suite ou non. Les Aventures Extraordinaires de Kavalier & Clay en fait partie, pour plusieurs raisons :
C'est le premier roman que j'ai lu intégralement en anglais, en y prenant plaisir (le précédent était Moby Dick, et je dois dire que j'ai souffert à chacune des 120 pages que j'ai réussi à lire). Il m'a apporté, en plus du plaisir de lecture, la satisfaction de l'exploit accompli.
Il m'a été offert le jour de mon mariage par un ami et auteur d'une grande sensibilité (dont il faudra bien que je parle un jour en tentant d'éviter les Charybde et Scylla de la flagornerie et du copinage), David Calvo*.
Ca, ce sont les circonstances, un peu personnelles, dont vous avez toutes les raisons de vous foutre. Venons-en donc au bouquin lui-même.

Le roman retrace sur 18 années l'amitié de deux cousins, née pendant la Seconde guerre mondiale de circonstances dramatiques : Sammy Clayman accueille son cousin, Josef Kavalier, jeune juif ayant fui Prague. Joe, doué pour le dessin, et Sam, scénariste inspiré, vont à deux créer un super-héros, the Escapist, inspiré de leur modèle Harry Houdini. A travers cette aventure éditoriale aux multiples rebondissements, c'est de la relation de Sam et Joe qu'il est question : leur amitié, leur vie sentimentale, leurs conflits, leurs réconciliations... De ce point de vue, Kavalier & Clay est une réussite en matière de "grand roman américain" : une trame sur plusieurs décennies, des points de multiples, des personnages qui vieillisent et évoluent suite aux aléas de la vie. Le style d'écriture est superbe, capable de faire rire ou pleurer, et malgré l'amour qu'il porte à ses personnages, l'auteur ne se départit jamais d'une plume spirituelle et tendrement ironique.

Mais au-delà de la vie de ses protagonistes, Kavalier & Clay est aussi l'histoire de la mythologie moderne dont les US se sont dotés à travers la figure du super-héros. Avec leur création, the Escapist, Sam et Joe nous font vivre l'âge d'or des comics, leur raison d'être et leur résonnance dans l'esprit populaire. L'héritage des contes européens, et notamment du folklore juif, est visible dans la figure du golem, dont la famille de Joe est dépositaire. On trouve donc, en filigrane du récit principal, une déclaration d'amour aux comics et à la figure du super-héros d'une rare érudition.

*En attendant, voici déjà son blog, un lien vers un vieux billet de 2004 et une critique de Nid de coucou chez le Pendu


L'avis de Cédric
Je ne sais pas si c'est le fait que le livre ne m'ait pas été offert à mon mariage ou bien si c'est l'ignoble couverture de ma VF de poche qui est bien moins évocatrice que celle de la VO, mais je n'ai pas été aussi emballé que Munin par ma lecture. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas pris de plaisir à lire ce roman, mais deux choses m'ont prodigieusement ennuyé :
- Chabon a la manie du name-dropping. Il mitraille son texte de noms de personnalités de la seconde guerre mondiale (artistes, auteurs de comics, célébrités, hommes d'affaires...). Ça participe bien évidemment à la reconstitution historique, mais c'est pénible à la longue. Les bas de page sont remplis de NdT qui expliquent les références, ce qui très appréciable. Quand Chabon a fait intervenir Salvator Dali dans son histoire, je trouve le procédé gauche.
- par moment, les digressions sur l'évolution des comics me fait décrocher du récit. J'ai l'impression que des bouts de thèse germent au milieu du roman. Je trouve dommage que Chabon ne soit pas arrivé à mettre en scène ces informations plutôt que les donner à lire au lecteur de manière très factuelle.
Mais je ne boude pas mon plaisir, l'histoire est poignante, avec de l'amour, du drame, un humour certain, une certaine mélancolie juive que j'avais déjà appréciée dans Le Club des policiers yiddish... J'ai adoré l'influence qu'a la vie du scénariste ou du dessinateur sur le comic en lui-même à travers une vision fantasmée de la vie et via des héros qui réalisent l'impossible. De même, on comprend une des origines possibles des jeunes sidekicks et de la relation trouble qui les lie aux héros adultes. On assiste aux balbutiements d'un mythe, on voit émerger une sorte d'art populaire, et les conditions mêmes de cette naissance sont très biens narrées. On s'attache à Sam et Joe, on déambule dans New York et dans la guerre avec plaisir même si quelques rebondissements dramatiques sont assez prévisibles. C'est un très bel hommage aux comics des débuts qui donne furieusement envie de replonger dans la lecture des illustrés d'antan, de retrouver le premier frisson des cases en noir et blanc et des héros désormais délicieusement kitshs.


Le plus drôle, c'est que l'Artiste de l'évasion, ce héros inventé pour l'occasion par Chabon, a finalement connu une vrai publication au format comics suite au succès du roman. Un film mort-né a également été un temps d'actualité avec Sidney Pollack à la réalisation.

D'ailleurs Cover Broswer est un site assez génial qui compile plus de 255 000 couvertures de vieilleries de son enfance (il propose également par ici différentes top 10 des pires couvertures, des plus sexistes, des plus réussies...). J'ai ainsi revu mon ancien héros The Fantom qui m'a fait rêver une bonne partie de mon enfance. C'est mon plus lointain souvenir de lecture héroïque, un gars en collant violet qui ne buvait que du lait, cognait comme une brute, possédait une étrange bague et avait pour QG secret une île étrange en forme de tête de mort...

Et vous, quel est votre héros de comics inavouable ?

01/04/09

L'Assassin royal : le film


C'est désormais officiel puisqu'IMDB l'a confirmé, Brightlight Pictures a lancé le tournage de l'adaptation cinématographique de L'Assassin royal, la célèbre série de Robin Hobb. Brightlight Pictures est loin d'être n'importe quelle compagnie de production puisqu'elle a à son actif plusieurs films qui ont été encensés par la critique (des titres comme Postal, Kraken: Tentacles of the Deep ou bien encore House of the Dead ne sont pas inconnus aux lecteurs des Cahiers du cinéma puisqu'ils ont reçu des notes presque parfaites).

C'est Uwe Boll qui est à la réalisation. Interrogé par le magazine de cinéma allemand Witz, le réalisateur au 3 Oscars a déclaré : "C'est un projet très excitant. Je me suis surtout inspiré du travail d'Ingmar Bergman pour approcher l'univers de Robin Hobb. Je compte tourner en noir et blanc pour renforcer la dichotomie morale des personnages et mettre en relief les personnalités des protagonistes. D'ailleurs, nous tournons à Tighina, en Moldavie, où les décors naturels s'accorderont parfaitement à la dimension dramatique du scénario."

Le nom de l'acteur principal qui incarnera le personnage central de la saga, Fitz, est tenu secret par la production. Mais des rumeurs évoquent le nom de Frankie Muniz, rendu célèbre par son rôle de Malcom dans la série éponyme. Par contre, on sait que Chrisopher Walken incarnera Umbre, le vieux maître assassin. Julia Roberts et Hugh Grant joueront le couple Patience/Chevalerie.

La sortie sur les écrans est prévue pour automne 2010, mais nul doute que le tapage médiatique habituel accordera une grande importance à ce projet qui démontre, une fois de plus, que la fantasy est bankable en ce moment à Hollywood.