27/05/09

Ceux qui vont mourir te saluent


J'ai toujours entendu des critiques très positives sur Fred Vargas, alors j'ai décidé de me lancer dans Ceux qui vont mourir te saluent, un roman policier de 188 pages. Claude, Tibère et Néron sont trois étudiants français qui étudient à Rome. Et là, paf, meurtre, donc enquête. Et à la fin, le mystère est dévoilé. Si, si.

Sans ironie aucune, je demande sincèrement à nos éventuels lecteurs vargasophiles ce qu'ils lui trouvent à cet auteur. L'intrigue est plus mince qu'une mannequin anorexique. Les trois personnages principaux sont d'insupportables gamins à qui l'on a envie de claquer le beignet tant ils sont prétentieux, inconséquents et branleurs. Les dialogues sonnent faux, mais faux... L'enquête est mal menée, sans queue ni tête, sans aucun réalisme policier. Rome est à peine évoquée, tout juste sert-elle de prétexte. Le mystère final est plus risible que les plus mauvais vaudevilles joués par Jean Lefebvre.

Je sens qu'on va me dire que je n'ai pas lu le bon Fred Vargas, que celui-ci est un roman mineur.
Alors, dites-moi, c'est quoi un bon Fred Vargas ?
Parce que là, j'ai lu une sorte de remake du Club des 5, et je suis très déçu du pataquès que l'on fait autour de cet auteur.

25/05/09

Variations

Je suis de ces gens qui jugent parfois abruptement un livre à sa couverture.
Des fois, j'achète des livres sans lire le 4ème de couv', juste parce que la couverture me tape dans l'oeil.
D'autres fois, j'ai tellement honte de l'infographiste qui a pondu le photomontage que je me refuse à acheter le livre, même si je sais que je vais adorer le contenu.
C'est comme ça, j'ai même pas honte.

Un de mes petits jeux quand je cherche une excuse pour ne pas écrire, c'est de comparer via Amazon les différentes couvertures d'un même livre à travers ses éditions étrangères. Cet exercice n'a absolument pas pour but de dire "les couv' allemandes sont toujours laides" mais de voir à quel point l'image que renvoie un livre est variable en fonction de l'éditeur, du type qui commande l'édition, du type qui la réalise, du graphiste qui l'intègre à son fichier...

Aujourd'hui, petites variations autour de Night Watch/Day Watch, dont j'ai parlé un peu plus tôt. À regarder ces couvertures, je me dis que dans certains pays, jamais le livre n'aurait terminé dans ma bibliothèque...

Pour commencer, la version russe. Ça fesse. En d'autres temps, le responsable serait parti au goulag. Mais où est passé l'art social-réaliste ?


Une version anglophone. À la mode. Efficace, on sait tout de suite que le livre parle d'un dentiste.


Autre version slave. J'ai peur que la qualité du scan ne lui fasse perdre la qualité de sa composition. C'est un peu trop figé pour être beau.


Albin Michel frappe fort. Du rouge sang, du garou, du Kremlin-like. Le cliché avant tout.


Là, difficile de savoir de quoi parle le livre. Des ossements médiévaux. Un escalier de métro. C'est juste moche.


Yeah, la version allemande propose un corbac. J'aime les corbacs. C'est beau, un corbeau.


La version que je possède. Pas de couleur criarde. Un hibou qui a un rapport avec l'histoire du livre. Idem pour le mec avec la lampe-torche : ça résume bien ma vision du livre. Dommage pour le Kremlin au loin, c'est l'image d'Épinal de trop.


22/05/09

Millénium, le film


J'avais parlé de la trilogie à succès dans un précédent billet.
J'ai eu la chance de voir le film hier soir en avant-première montréalaise (soit 10 jours après la sortie française).

Premier constat : quand le présentateur de la soirée a fait un sondage à main levée pour savoir qui dans le public avait lu au moins un livre de la trilogie, ça a été le raz-de-marée : plus de la moitié de la salle a levé la main. Le distributeur du film savait qu'il ne perdrait pas d'argent avec ce film : les fans étaient bien au rendez-vous.

Faire rentrer 574 pages de polar en 2h32 de film, c'est mission impossible. J'en ai eu la confirmation en regardant le film qui sabre des pans entiers des intrigues secondaires pour se concentrer sur l'enquête centrale. Je ne dis pas que c'est une erreur, je comprends la nécessité scénaristique de ramasser le livre pour ne pas perdre le spectateur, mais c'est énervant pour le lecteur : on trépigne sur son siège quand plusieurs relations entre des personnages sont escamotées, on s'insurge intérieurement en se disant "Mais pourquoi ils n'expliquent pas tel truc ?", on se crispe quand un chapitre entier est expédié en deux plans.

Maintenant, j'ai appris une chose à travers ce film : les hackers n'utilisent que des produits Apple.

Non, la grande révélation de cette adaptation, c'est elle :


Elle incarne à la perfection la troublante Lisbeth Salander. C'est hallucinant comme l'actrice a réussi à donner vie à ce personnage, elle porte littéralement le film à travers son interprétation. À un tel point que l'acteur qui incarne Mikael Blomkvist est bien fade en comparaison. Du coup, alors que c'est lui le héros des livres, il est mis hors circuit. C'est autant un problème de charisme de l'acteur que de mise en scène. Du coup, difficile de comprendre les motivations de Blomkvist dans le film, il perd tout son relief.

J'ai souvent eu plus l'impression de regarder un bon téléfilm qu'un vrai film de cinéma, mais c'est sans doute dû au fait que nous méconnaissons les acteurs suédois. Ceci dit, la Suède est un chouette décor, j'ai retrouvé des images très proches du Wallander de Kenneth Branagh. Le casting est très bon, la famille Vander est très bien campée, le tuteur jusque comme il faut.

Pour avoir regardé le film avec une non-lectrice des romans, c'est compréhensible. Forcément, les coupes dans l'intrigue (la relation amoureuse avec la rédac-chef de Millénium, la vie même du journal qui passe à la trappe, l'agence de sécurité, les astuces de Lisbeth pour hacker ses victimes) ne sont pas visibles, pas de frustration. Mais les raccourcis pris dans ce premier film risquent de saborder un peu les 2 épisodes suivants (car j'imagine qu'ils sont prévus) car ce qui a été escamoté va manquer par la suite.

Au final, un bon téléfilm noir, avec des scènes à la fois violentes mais censurées (on ne voit jamais le sexe de l'agresseur). Le cul entre deux chaises. Ça résume assez bien le film.

Pour en savoir plus sur le 4ème livre de la série, les bisbilles financières et le merdier familial qui se cachent derrière Millénium, ce petit article de Rue89 est très intéressant.

18/05/09

The Last Watch


J'ai déjà parlé de Night Watch, Day Watch et Twillight Watch sur ce blog. Et en bien, en plus (enfin, des livres. Pour les films, c'est plus mitigé). Et voilà que Sergei Lukyanenko boucle la boucle avec The Last Watch. Encore plus de magicien gros-bills, plus de vampires vicelards, plus d'inquisiteurs aussi chafouins que des jésuites. Cette fois, l'intrigue se déroule en partie à Édinbourgh et dans une république arabisante de l'ex-URSS. Nouvelle menace sur l'équilibre entre la Lumière et l'Obscurité, donc le héros des 3 premiers romans repart mener l'enquête pour savoir ce qui se passe. C'est un volume essentiellement tourné vers les secrets du Twillight, cette zone étrange composée de 7 niveaux où seuls les plus puissants peuvent plonger jusqu'au fond.

L'explication finale de ce volume est intéressante, j'ai bien aimé le twist final, mais j'ai ressenti comme une overdose, comme si j'avais déjà lu tout ce que l'auteur raconte dans ce roman. La nouveauté n'était pas au rendez-vous, c'était du réchauffé. Encore des combats entre magiciens, encore des mensonges hiérarchiques, très peu de sentiments entre les personnages, du mystère mystérieux venu du passé, du manichéïsme trouble... Bref, je ne suis plus client, je décroche.

Et en lisant la fiche Wikipédia du bonhomme, je me rends compte qu'il y aura encore un volume de plus (Fine Watch), et là, je déclare forfait. Cinq livres, trois films, un jeu vidéo (si, si), une collection de pin's... Trop de Watch tue la Watch. C'est toujours la même chose quand Bob trouve un bon filon : il l'épuise jusqu'à ce que mort éditoriale s'ensuive.

15/05/09

Roue du Temps - The Gathering Storm


Eh non, le dernier tome de la Roue du Temps ne sera pas le n°12 et ne s'appellera pas A Memory of Light, puisque sont finalement prévus 3 derniers tomes. Le début de la fin est prévu pour cet automne, le titre est, comme vous pouvez le voir, The Gathering Storm. Le dessinateur officiel de la VO est toujours Darrell Sweet, dont on aime ou pas (mais si vous aimez, je m'autoriserais la liberté d'émettre des réserves quant à votre bon goût artistique) le travail. Personnellement, je ferai avec ce tome comme avez les autres, c'est-à-dire me débarrasser de la couverture pour conserver le livre relié de toile uniquement. Plus sobre, moins ridicule dans le métro, et mon imaginaire ne sera pas perturbé par des visions nées de teenagers mal proportionnés vêtus de mauvais costumes Renaissance figés dans des poses bizarres devant des décors de théâtre peints par des daltoniens.
En fait, je suis surpris que la Fantasy (heureusement, la SF a en France Jacky Paternoster) se vende autant quand on voit les couvertures qu'on lui inflige. Un jour, si vous êtes sages, je vous raconterai mon expérience d'"iconographe" pour fournir des couvertures à Folio SF, qui n'aura duré que le temps d'une douzaine de commandes.
Finalement, les traductions en VF sont peut-être mauvaises, mais au moins les couvertures sont assez réussies. Et ne parlons pas de Locke Lamora et des somptueuses couvertures de Benjamin Carré !





Blog de Brandon Sanderson : The Gathering Storm Cover Art

13/05/09

Le Peuple invisible


- Oh oui, tonton Cédric, raconte nous donc encore une histoire sur le pays de la poutine et de Céline Dion. Dis, c'est vrai que Garou, c'est un ancien bûcheron ?
- D'accord, les enfants. Aujourd'hui, je vais vous raconter une histoire d'indiens...

Les Algonquins formaient autrefois le peuple qui vivait au nord du fleuve Saint-Laurent, jusqu'aux Grands Lacs (Supérieur, Huron, Michigan, Érié et Ontario, pour ceux qui dormaient en classe de géographie). Quand Jacques Cartier a débarqué pour fonder la Nouvelle France, c'est ce peuple là qu'il a rencontré. Des gens qui vivaient paisiblement, de manière nomade. Pas des Bons Sauvages à la Montaigne, hein. Ils partaient en guerre contre certaines tribus, ils devaient probablement violer et tuer, et on raconte même qu'ils mangeaient sans fourchette. Mais bon, l'homme blanc a débarqué, et l'homme blanc avait besoin d'espace. De beaucoup d'espace.

Je ne vais pas vous faire un cours d'histoire, mais disons pour faire simple que les Anglais et les Français ont très largement instrumentalisé différentes tribus autochtones pour les besoins de leur guerre territoriale. Et vas-y que je t'envoie mes Iroquois, tiens prends mes Mohican dans ta face, et avec ça tu reprendras bien un coup de Mohawks dans les dents.... Quand les blancs furent d'accord sur le partage des terres, ils commencèrent à trouver que les indiens, c'était folklorique, mais ça gachait un peu la vue. On leur a bien offert des armes à feu pour qu'ils s'entretuent, de l'alcool pour qu'ils deviennent fous, des couvertures infectées de maladie pour qu'ils disparaissent, mais ça ne suffisait pas. Alors l'homme blanc a eu une idée : créer des réserves. Un indien sans sa terre, c'est comme un poisson sans son eau.

Le Peuple invisible est un documentaire de Richard Desjardins sur la situation actuelle des Algonquins (bande-annonce). Ils parlent de ce peuple d'intouchables que sont devenus les autochtones au Québec et en Ontario. De ces populations que l'on a parquées dans des endroits minables, qu'on a chassé de leurs terres ancestrales de chasse pour pouvoir y installer des scieries industrielles. qui saignent à blanc les forêts De ces enfants que l'on a arrachés à leur famille dans les années 1950 pour les envoyer dans des écoles tenues par des prêtres blancs qui leur ont appris le Français et les sévices sexuels. De ces communautés qui vivent sur des territoires grands comme des timbres, dans des conditions d'hygiène déplorables (sans eau courante ni électricité alors que certains vivent à 100 mètres d'un barrage hydraulique implanté sans compensation sur les eaux de la réserve). De ces hommes et de ces femmes qui vivent en moyenne 7 ans de moins que des Québécois en raison des problèmes de santé chroniques. De ces villages isolés où les mariages consanguins sont la règle, faute de brassage sociale. De ces citoyens de seconde zone qui n'ont eu le droit de vote au Québec qu'en 1969.

Aujourd'hui, le gouvernement québécois a mis en oeuvre symboliquement les travaux d'un énième barrage sur une rivière qui traverse les territoires innus. Difficile de dire non à ces emplois, à ce développement économique, à cette énergie que l'on vendra aux Américains, alors que la Crise nous cerne. Pourtant, c'est un nouvel écosystème que l'on noie, ce sont d'autres terres ancestrales que l'on sacrifie...

La vie politique québécoise se résume souvent à une question : es-tu séparatiste ou fédéraliste ? Quand on voit à quel point tous les gouvernements (péquistes comme libéraux) ont ignoré et ignorent encore cette population moribonde qui souffre dans l'indifférence, difficile de choisir son camp. Car comment peut-on vouloir obtenir l'indépendance de la nation québécoise tout en niant les droits des autochtones sur le dos duquel cette nation s'est construite ? Comment glorifier le Canada qui ne fédère que les blancs ?

- Mouais, ben elles sont pas drôles tes histoires d'indiens, tonton Cédric. Je préfère remettre le DVD de Pocahontas...

Pour plus d'informations sur le massacre de la forêt boréale, voir également du même Richard Desjardins L'Erreur boréale (bande-annonce), un documentaire qui vous expliquera comment la privatisation de la forêt québécoise a tranquillement mené à la destruction totale d'un paradis de verdure. Attention, prévoyez un puching ball pour vous défouler après le visionnage, les images et les explications donnent envie de faire du mal à son prochain.

Way of Kings - Brandon Sanderson


D'habitude, on évite les billets du genre "woah, y'a un truc cool sur le net allez-y voir !" (et à la limite, quand l'envie m'en prend, j'utilise ma page Google Reader et ses petits ninjas) Mais là, j'ai envie de partager.
Vous connaissez Brandon Sanderson, l'auteur de Mistborn, et le repreneur de la franchise Roue du Temps. Vu que l'écriture de la fin de la saga va prendre plus de temps que prévu (3 tomes sont prévus, mais les fans le savent déjà, les autres s'en foutent), son éditeur souhaite publier quelque chose d'autre de lui dans l'intervalle - histoire d'éviter qu'il ne soit pas estampillé à vous "Roue du Temps", j'imagine ? Sanderson lui propose donc de finaliser un bouquin quasi-fini mais pas édité qui s'appelle The Way of the Kings 1, pour lequel un contrat avait déjà été signé il y a quelques années. Hop, le projet redémarre. Mais dès le buzz originel sur la possibilité que le livre soit un jour publié, Amazon avait mis en ligne une page, que les internautes ont enrichi de leurs commentaires. On a donc un livre jamais publié, mais avec une couv' et 24 critiques assez farfelues. Je suis pas sûr que le livre définitif (saga de fantasy épique avec 60 points de vue différents) soit aussi original que celui-ci. Allez lire les critiques avant qu'Amazon ou quelqu'un d'autre ne les efface.

1 note de Bob : ça c'est du titre, coco ! Mais Kings of the Way aurait été pas mal, aussi.

12/05/09

Le Retour du Grog vivant

De l'extérieur, la taverne avait l'air encore vaguement fréquentable. Ce vernis, plus qu'écaillé, de respectabilité disparaissait dès que l'on poussait la porte. Le seul avantage que l'on pouvait trouver à l'atmosphère enfumée, c'est qu'elle masquait la crasse des murs et les trognes patibulaires des habitués avinés. Victor se demandait bien pourquoi son aîné l'avait amené ici, alors qu'il existait tant de tavernes et de bordels accueillants bien plus près du spatioport.
- "Euh, dis, Tonio..."
- "Ouais ?" Le vieux loup arrêta de reluquer la serveuse défraîchie qui venait de leur servir ce qui ressemblait à un cocktail d'urine et d'eau de vaisselle, et tourna son attention vers le mousse à peine pubère qu'il avait pris sous sa protection. Son regard se fit plus amène, quand il vit à quel point le gamin était intimidé par le lieu. "Qu'esse-tu veux m'demander ? Vas-y, tu peux tout m'dire."
- "Ben... Pourquoi on est là ?"
- "Passque c'est la meilleure bière de l'astéroïde, pardi !"
Victor regarda d'un air interdit le récipient ébréché qu'il avait éloigné de sous son nez pour pouvoir contenir ses hauts-le-coeur.
- "Je rigole, gamin. On est là pour que tu t'souviennes."
- "Que je me souvienne de quoi ? Je suis jamais venu ici !"
- "Nan, que tu t'souviennes plus tard. Qu'il existe des lieux comme ça, quoi."
- "Je m'en souvenais très bien, tu sais. Ma mère me répète de ne pas les fréquenter depuis la première fois où j'ai pris le chemin de l'école tout seul."
- "Mais nan, t'es con. J'suis pas ta mère. Moi, si j'avais été ta vieille, j't'aurais noyé à la naissance, et j'aurais coupé les couilles à ton vieux pour lui apprendre à pas m'faire des lardons comme toi ! Faut qu'tu t'souviennes plus tard que si tu t'tiens pas à carreau sur le pont, tu finiras ici."
Le vieux grincheux siffla la moitié de sa timbale, rôta, puis continua, satisfait de l'attention de son auditoire.
- "Ouais, j'disais, ici c'est là qu'finissent ceux qui s'grillent et peuvent plus naviguer. Chaque ivrogne que t'vois là, c'est l'histoire d'un échec. Pathétiques, tous. Tu vois les deux, là-bas ?"
Victor plissa les yeux en regardant dans la direction indiquée.
- "Le petit avec le paquet sur les genoux, et le costaud qui vient de se faire gifler par la serveuse ? Ceux avec le t-shirt avec les corbeaux ?"
- "Ouais, ceux-là. Ben le gringalet, un jour, il a été le bosco du Grog. Tous les deux, il y a 3-4 ans, ils ont réclamé au commandant leur arriéré de solde, et ils se sont fait débarquer. Ils avaient négocié pour se faire embaucher au double de solde sur le Casus Belli. Cabine personnelle, uniforme immaculé, y'avait même du personnel féminin. Ils ont mené la grande vie, mais le commandant de c'te rafiot, savait pas bien gérer son affaire. Ils se sont retrouvés un jour criblés de dettes, le navire saisi, et pfuit, plus de capitaine. Z'ont galéré, des p'tits boulots saisonniers à droite à gauche sur des machins qui volaient à peine, genre, le Khimaira, le Black Book... Et puis tout à coup..."
- "Quoi ? Il s'est passé quoi ?"
- "Leur rafiot d'origine, le Grog, a disparu. Il a cessé d'émettre, sans qu'on voit rien v'nir. Supernova ? Trou noir ? Aliens ? Mutinerie ? De temps en temps, on captait les signaux d'une balise de détresse, mais impossible de localiser la source d'signal. Les suppositions allaient bon train, et les journaleux sont v'nus les chercher. Ah, ça, ils ont eu leur heure de gloire, à se pavaner devant les caméras en racontant comment, à leur époque, ils avaient mené l'rafiot, comment quand ils sont partis plus rien n'était comme avant. Ils ont réussi à faire oublier qu'ils s'étaient fait foutre dehors avec une botte ferrée imprimée sur l'cul, pour faire gober qu'ils avaient pressenti que l'Grog, l'était mal géré. Mais samedi, le 8 mai..."
Le vieux forban marqua une pause, histoire de ménager ses effets. Le gamin était tellement captivé qu'il avala une gorgée de son verre. Tonio attendit qu'il ait fini de vomir pour continuer.
- "Le 8 mai, le Grog est rev'nu ! Mais quel vaisseau ! La vieille carcasse d'croiseur s'voit à peine, sous la nouvelle superstructure. Le carénage est profilé à t'couper une comète en deux rin qu'en passant à côté, les soutes pourraient contenir une planète entière, et l'équipage répond aux ordres comme des putains d'fourmis télépathes ou j'sais pas quoi ! Tout c'temps, c'était pour améliorer le vaisseau, ajouter des nouvelles options, et même refaire la peinture. Les deux losers, là, ça leur a coupé le sifflet. Aux infos, on voyait plus que les gens du Grog, tous les JT et les talk-shows ne parlaient plus que d'eux. Les deux corbacs ont disparu de la vie publique, tout le monde savait maintenant que c'était juste deux gros mythos qui avaient la poisse. Ils tiennent une colonne dans une pauvre feuille de chou, j'crois, mais plus personne ne les écoute. Ils regrettent bien d'avoir misé sur le mauvais canasson, maint'nant. Passque, tu sais, le paquet que le petit, là, il a sur les genoux ? Tu sais c'qu'il y d'dans, qu'il sort que quand il est seul ? Hein ?"
- "Non ? Quoi, Tonio ?"
- "Une casquette."




Guide du Rôliste Galactique

10/05/09

Fred Pellerin, le roi des contes

Le Québec est riche de nombreuses ressources naturelles, parmi lesquelles on retrouve la poutine et l'art du conte. Vous savez, ces histoires populaires que des raconteurs mettent en scène au coin du feu pour raconter une légende locale ou une histoire qui fait peur. Eh bien au Québec, il existe un conteur tellement génial qu'il arrive à remplir des salles de spectacles en racontant ses histoires. C'est un peu le Pierre Bellemare de l'arrière-pays québécois, sauf qu'il n'anime pas de télé-achat. Il est presque plus célèbre ici que les gagnants de la Star Academy. Ce faiseur de mots se nomme Fred Pellerin.


Les contes de Fred Pellerin prennent tous pour cadre son village de naissance : Saint-Élie-de-Caxton, une municipalité de 1 500 habitants. Ces histoires sont des exagérations tantôt comiques tantôt dramatiques de vrais habitants passés ou présents du village : Babine l'idiot du village, le curé trop catholique, la Stroop a la réputation de magicienne, la famille Gélinas et ses centaines d'enfants... Fed raconte des histoires que lui narrait sa grand-mère et brode gaiement sur les souvenirs des autres habitants du village. Les contes qu'il en tire sont qualifiables de merveilleux puisque certains habitants ont des dons quand même étranges... Ainsi une des habitantes du village est enceinte du même bébé depuis 15 ans. Comme tous les contes, ces histoires exagèrent les défauts et les qualités des villageois, racontent une histoire un peu folle et se terminent souvent avec une morale pas si moralisante que ça. Ça sent bon le terroir.

Le plus dingue, c'est que les histoires de Fred ont inspiré un film : Babine. Pour les lecteurs français de ce blog, le mieux est encore de regarder cette bande-annonce pour se faire une idée visuelle de l'adaptation des contes de Pellerin. C'est un gros gros succès cinématographique au Québec et le film a remporté plusieurs prix. Le film a été projeté en avant-première à Saint-Élie-de-Caxton, comme il se doit.

Pour vous donner une idée de la popularité des contes de Fred Pellerin au Québec, le village de Saint-Élie-de-Caxton est devenu incontournable tant sa renommée est grande dans la Belle Province. L'été, les villageois proposent des animations dans le village, il existe également des visites guidées du village tant il y a de touristes qui débarquent pour voir de leurs yeux le décor qui inspire tant Fred. Et vous verriez Fred en entrevue : il est d'une modestie incroyable.

Fred Pellerin a édité pour le moment 4 livres de contes. Ce sont des livres courts (150 pages) qui se dévorent très vite tant ils sont remplis de personnages hauts en couleur. Et comme Fred est avant tout un conteur, chaque livre est accompagné d'un CD audio dans lequel Fred raconte ses histoires. Ok, je le reconnais, il faut un minimum de maîtrise du Québécois pour suivre Fred Pellerin dans son débit verbal. Mais les livres sont très accessibles à des non-Québécois (et au pire, le lecteur peut demander sur ce blog des explications si un mot ou une expression le désarçonne trop).

Pourquoi vous en parler alors que nos lecteurs sont à 99% des Français de France ? C'est tout simplement parce que Fred Pellerin présente ses spectacles à Paris. Ainsi, il sera au théâtre du Rond-Point du 29 septembre au 31 octobre 2009. L'immense Jean-Michel Ribes est tombé sous le charme de Pellerin et lui a ouvert son théâtre. Fred a promis qu'à cette occasion, il diminuerait son débit pour que les Parisiens puissent le suivre aisément.

Vous voulez en savoir plus sur Fred Pellerin ?
Voilà 5 minutes de vidéo du passage de Fred au théâtre du Petit St-Martin.
Il est possible d'écouter 4 contes de Fred en suivant ce lien.
Fred est aussi l'auteur du texte patriotique de la fête St-Jean-Baptiste (la fête nationale du Québec) de 2007 qui est accessible en vidéo par là. Vous aurez une belle idée de ce qu'est l'esprit de la St-Jean-Baptiste.
Fred et son frère sont aussi des musiciens de talent dans le genre trad comme le prouve cette vidéo.

Toujours par convaincu ? Alors voici un tout petit bout de texte issu de L'Arracheuse de temps, le plus récent des livres de contes de Fred. Remarquez l'humour, le souvenir charmant de la mère-grand et la truculence du propos.

Marcel Proust. Ce n'était pas un gars du village, Marcel, mais il a existé quand même. Lui qui, de l'introduction d'un seul gâteau blanc, pouvait accoucher de mille pages de textes. Milles pages pour chaque madeleine ! Il exagérait un peu, il faut dire. Il débordait dans un format qu'on n'ose même plus inviter à souper à la maison par crainte de le voir prendre le crachoir pour neuf mois. Ma grand-mère avait le sens de la mesure, elle. Elle proustait aussi, mais pas autant que l'autre. Quand même.
Les 4 livres actuellement disponibles avec leur CD :

Bois du thé fort, tu vas pisser drette
Comme une odeur de muscles
Il faut prendre le taureau par les contes
L'arracheuse de temps

05/05/09

Râmâyana - Le Prince d'Ayodiâ



- C'est quoi déjà ton nom, gamin ?
- Ashok Kumar Banker.
- Ah ouais, quand même... T'es certain de ne pas vouloir prendre un pseudonyme ? C'est pas que ça améliora forcément tes ventes, mais au moins ça ne les freinera pas.
- Non, Monsieur Bob, je préfère garder le nom que mes parents m'ont donné.
- Je comprends ça, petit, moi aussi j'ai mis du temps avant de me faire appeler Bob, tu sais. Allez, fais moi plaisir, on met Ashok K. Banker, en virant le Kumar, ça fera moins... tu vois ce que je veux dire...
- Non, pas trop.
- Ouais, ben revenons-en à ton bouquin, là, Le Prince d'Ayodiâ. C'est pas mal pour un premier jet. Bon, je ne dis pas qu'il n'y a pas un ou deux petits trucs à modifier, mais t'as de l'imagination, mon gars, ça se laisse lire. Je ne sais pas où tu es allé nous chercher cette histoire de prince Râma qui part tout seul se battre contre une armée d'un million de démons, mais ça fonctionne.
- Il s'agit d'un conte myth...
- Ouais, ouais, je comprends. Je ne te cache pas que j'ai été un peu surpris au début, vu que ton héros est directement prince, c'est même pas un petit paysan qui se rend compte que son vrai père est un roi et qu'il a une destinée. Ceci dit, tu lui donnes plein de pouvoirs magiques dès le départ, ça nous change des quêtes initiatiques où le héros se rend compte à la fin que le plus important c'est pas la destination, mais le voyage, et gnagnagnagna. Là, c'est bien, ton Râma est super fort, ça fait plaisir de lire un truc décomplexé. Mais j'ai un méchant problème avec toi, bonhomme. Mon assistante a compté le nombre de mots que tu as mis dans ton glossaire à la fin : 269 définitions. C'est beaucoup trop, je ne peux pas décemment te laisser faire ça, c'est un suicide littéraire. Le lecteur, ce qu'il veut, c'est un truc accessible à lire dans le métro ou aux toilettes, il ne veut pas une thèse d'anthropologie. Les gens ne sont pas bêtes, ils savent bien que tu inventes tes histoires, alors pas la peine d'inventer des mots imprononçables comme kalârappa ou pradhan-mantri.
- Oui, mais dans mon pays...
- Un autre exemple : tes démons, ils sont pas mal, bien costauds comme il faut, ça gicle bien pendant les combats. Mention spéciale à la démone qui mesure 300 mètres de haut : enfin des méchants qui en imposent. Mais quel besoin tu as de les appeler de 23 manières différentes et de dire que celui là est le fils de tel dieu ou que l'autre est le cousin germain de telle déesse ? T'embête pas avec ça, le lecteur ne fera même pas attention à ces détails. D'ailleurs, au passage, vas-y mollo avec tes dieux exotiques. Une vache sacrée ? C'est pas un peu trop ? Pareil, ton dieu avec une tête d'éléphant, je trouve ça trop... segmentant. Il te faut un truc rassembleur, coco, cherche pas absolument à réinventer l'eau chaude. D'ailleurs, fais gaffe : t'as appelé ta déesse maléfique Kali : ça va se voir que tu as piqué cette idée dans un Indiana Jones, j'ai pas envie que l'avocat de Spielberg t'assigne au tribunal pour plagiat. Mais sinon, j'aime bien, c'est exotique. On sent bien que tu improvises au fur et à mesure et que tu ne sais pas trop où tu t'en vas dans ton histoire, mais c'est charmant. Les lecteurs aiment bien, la fraîcheur, de temps en temps. T'as un idée sur combien de volumes tu pourrais nous délayer la sauce ?
- Mon Râmâyana aura 6 tomes au final, Monsieur Bob.
- 6 ? Oh mais c'est génial ! Mais va falloir me mettre plus de scènes osées dans la suite. Ton roi a trois épouses officielles, des concubines à la pelle, me dis pas que tu ne pas me glisser quelques trucs salaces pour pimenter les volumes suivants. Et fais pas dans l'évocation comme dans le premier volume ; sois explicite. Exit les trucs poétiques façon "Sa fleur de lotus s'ouvrit lentement". Par contre, j'ai adoré le coup de la prophétie dès la première ligne du premier chapitre. Bang, direct. Et puis, je vais te dire : que ça ne te monte pas à la tête, mais tu sais y faire avec la magie. Enfin quelqu'un qui a compris qu'il faut de la surenchère. Tes prophètes y vont franco avec leurs trucs brahma-machin-chose, ça dépote. Et vas-y que je jette des sorts qui ciblent toute une foule... Zou, je te dégomme un démon de 6 mètres de haut en une seule attaque. J'imagine déjà comment ça va être énorme quand Râma va finir par affronter le roi des démons dans le dernier volume. Bon, à part ça, pour les droits d'auteur, j'ai une bonne nouvelle, je vais pouvoir te payer directement en roupies...

Pour un autre avis que celui de Bob, lire cette critique sur Noosfere qui résume parfaitement ma réserve enthousiaste vis-à-vis de ce roman.

Retrouvez Bob sur Twitter

04/05/09

Umbrella Academy : la Suite Apocalyptique

Même si on a parlé récemment de Kavalier & Clay, il est assez rare qu'on parle de super-héros dans ces pages. Non par snobisme, vous nous connaissez assez. Cédric a vu Wolverine avant tout le monde en France, et je me suis fait une soirée Hulk il n'y a pas si longtemps. Mais, personnellement, je suis paumé dans les tendances, les séries, les hommages, les pastiches, les réinventions, les modernisations, les retours au source... Cette débauche de genres me paraissait plus la traduction des consignes du marketing que de véritables innovations formelles. A part les quelques titres de super-héros que l'on trouve dans les bibliothèques de ceux qui n'aiment pas les super-héros, je ne suivais pas grand-chose. Mon dernier essai avait été Seven Soldiers de Grant Morrison, que j'avais trouvé illisible et inintéressant. Jusqu'à ce que je tome sur Umbrella Academy.
"It's like the X-Men for cool people." - Grant Morrison (bien placé pour le savoir, puisqu'il scénarise New X-Men). Ce qui ne veut strictement rien dire, on est d'accord. Allons donc plus loin.
Umbrella Academy est le projet de Gerard Way, chanteur et leader de My Chemical Romance, accessoirement, donc, scénariste et dessinateur pas du tout manchot comme les bonus de la belle VF de Delcourt permettent de le constater. Le pitch est simple : d'un coup d'un seul, un jour, 47 femmes accouchent de par le monde, sans aucun signe avant-coureur de grossesse. Un savant, sorte de version humaniste du capitaine Nemo, en adopte 7 qu'il éduque à la dure afin qu'ils mettent leurs super-pouvoirs au service de la protection de l'humanité. Devenus adultes, ils suivent des trajectoires différentes, jusqu'à ce que la mort de leur père adoptif les rassemble autour du cercueil.
Servi par le trait dynamique de Gabriel Ba, qui n'est pas sans rappeler par moment celui de Mignola, le scénario exploite avec une maîtrise impressionnante les contraintes de longeur des épisodes de comics, et jongle avec assurance entre les différentes époques. C'est cette liberté dans l'usage audacieux des flashbacks qui m'a tout de suite plu, car elle donne au récit une légèreté et une non-linéarité qui le rend bien plus intéressant que si l'auteur avait cherché à poser chacun de ses personnages pour ensuite développer en mêlant classiquement et artificiellement story-arc, subplots, et character plots. A propos des character, on notera, deuxième atout du récit, le soin avec lequel tous sont campés, à la fois posés en quelques pages, et dévoilés au long de l'intrigue. Ajoutons à ça des dialogues spirituels et des concepts de personnage toujous à l'équilibre entre caricature et originalité... En fait, à part la fin un peu abrupte de ce premier recueil, il n'y a pas grand-chose à reprocher question scénario.
Dans l'ensemble, il s'agit donc d'une BD réalisée avec une grande maîtrise, qui ne se soucie pas de réinventer le genre ou de se démarquer de ses influences. Celles-ci sont complètement assumées, mêlant les thèmes de l'école de super-héros, les éléments steampunk, les hommages aux grands anciens, mais en trouvant très rapidement son style et son ambiance propre. Bref, un comics qui assume d'être écrit de nos jours, et qui réussit à ne pas essayer de réinventer la poudre, sans pour autant faire comme si rien n'avait été fait avant lui. Si vous voulez vous faire une idée plus précise, il existe à partir du site officiel chez Dark Horse plein de pages gratuites disponibles.
Notons pour finir qu'un film serait en préparation - vu l'engouement pour les super-héros, le contraire aurait été étonnant - pour une sortie en 2012. La fiche IMDB est déjà prête !
Pour avoir des avis d'experts sur le sujet :

03/05/09

Quadrant Alpha: Flash Special 1, l'affaire Bob

Malgré des goûts parfois un peu merdiques - selon Bob (quand même, des Fleurs pour Algernon : si c'est pas de la SF mièvre et sentimaliste, ça ! ;) ), El Jc est un gars sympa, qui vient souvent par ici. Il a du flair, il a compris que l'arrivée de Bob sur notre blog augurait d'un grand avenir. Bravo pour le flash, c'est très amusant de voir une "création" prendre vie en dehors de nos billets.

Quadrant Alpha: Flash Special 1, l'affaire Bob

01/05/09

Tout est sous contrôle


Tout d'abord, il est important de noter que ce livre a été publié dans la Perfide Albion en 1996. Soyons honnête, si Hugh Laurie ne triomphait pas dans Dr. House, ce livre aurait continué d'être ignoré par les éditeurs français. Mais l'audience télévisuelle étant ce qu'elle est, un petit malin s'est dit qu'il y avait un coup marketing à faire en traduisant le roman de Hugh Laurie pour profiter de sa popularité auprès des fans de la série qui manquent de jugeotte et qui achètent tout et n'importe quoi pour peu que leur acteur favori soit en couverture. Et ça tombe bien, je suis ce genre de fan.

Thomas Lang est un ancien militaire qui vivote à Londres. Quand un jour on lui propose d'assassiner quelqu'un pour une grosse somme d'argent, il décide d'aller prévenir la victime du complot. Hélas, ce faisant, il met les pieds dans une série de mensonges, machinations et autres malversations qui vont n'avoir de cesse de lui rendre la vie difficile. Il lui faudra tout son aplomb et son sens de la répartie pour nager en eau trouble et survivre parmi un banc de requins internationaux.

Le grand, le très grand talent de Hugh Laurie, c'est l'acidité corrosive de son écriture. Chaque ligne contient une attaque acerbe, chaque dialogue est truffé de causticité à très haute concentration, la moindre scène est décapante. Le personnage principal étant le narrateur, il est constamment en train de dialoguer avec le lecteur pour lui faire part de sa vision cynique du monde. Quand on aime les saillies sadiques du Dr. House, on ne peut qu'aimer la truculence d'un tel roman, qui fait du héros une sorte de cousin germain du sardonique docteur. Le héros donne son avis persifleur sur tout, tout le temps, il n'y a pas de répit. C'est à la fois la grande qualité et le grand défaut du livre : ça finit quand même par lasser. À force d'être systématique, l'ironie se dilue, tant est si bien que la seconde moitié du roman m'a presque indifféré. C'était comme si j'avais regardé 4 épisodes de Dr. House à la suite et que je faisais une overdose de sarcasme. Quand au final du livre, il est d'autant plus mauvais que le début était jouissif.

Mais Hugh Laurie a du talent. Ses chansons me font rire. Surtout celle-là. C'est un grand comique dont les pitreries sont, à mes yeux, dignes de celles des Monthy Python. C'est dommage que nous n'ayons pas accès à toute sa production anglaise avec Fry, le peu que j'en vois sur youtube me fait croire que Gregory House n'est finalement qu'une simple facette de son immense talent multidisciplinaire.

Pour finir sur Tout est sous contrôle, le 4ème de couverture déclame que Hugh Laurie a inventé avec ce roman le "réalisme sarcastique". Je me demande qui est le plus menteur des 2 : un rédacteur de 4ème de couverture ou un député véreux ? Sans aller jusqu'à la création d'un nouveau style littéraire, Tout est sous contrôle est un roman d'espionnage un peu daté (oui, c'est con, mais le 11 septembre est passé par là) qui fera grincer des dents les fans du médecin misanthrope qui se délecteront de cette méchanceté acidulée. Ceux qui ne l'aiment n'achèteront pas le livre et éviteront donc de faire une poussée d'urticaire en retrouvant sur papier ce qu'ils détestent à la télévision.