06/04/2010

La conjuration des imbéciles


La conjuration des imbéciles est précédée d'une belle réputation chez bien des lecteurs. Il faut dire que son auteur, John Kennedy Toole, s'est suicidé à l'âge de 32 ans après que son livre ait été refusé par tous les éditeurs de la place. Or la mère de l'auteur s'est battue pour que l'héritage de son fils trouve le chemin de l'imprimerie. Elle a démarché et trouvé finalement une oreille attentive en la personne d'un éditeur qui a publié le livre. Le roman est devenu un classique et a même gagné le prix Pulitzer. Oh ironie...

Le roman suit plus ou moins la vie d'Ignatius J. Reilly, un homme atypique qui passe beaucoup de temps et d'énergie à ne surtout rien faire. Plus obèse que Carlos et Demis Roussos réunis dans un même corps, il se plait à coucher sur le papier ses pensées faisandées avec l'espoir d'illuminer le monde de son génie incompris. Bien évidemment, il vit aux crochets d'une mère alcoolique et simplette qui ne sait plus quoi faire pour que son fils trouve enfin un boulot. Ignatius va finir par sortir de sa chambre pour se frotter à la réalité du monde du travail. Mais ça fera des étincelles. Car l'ego boursouflé du monsieur ne passe pas dans les cadres de porte des recruteurs.

En plus de cet anti-héros, le livre est l'occasion de mettre en scène tout une ribambelle de personnages totalement loosers. Je ne vais pas vous les énumérer car cela serait vous gâcher le peu de plaisir qu'il y a à lire ce livre. Mais tous ces protagonistes ont un point commun (en plus de graviter autour de ce trou noir qu'est Ignatius) : ils sont bêtes. Ils parlent mal, pensent de travers, agissent en dépit du bon sens et vivent tous des petites vies bien merdiques, même quand ils ont de l'argent.

J'avoue, en lisant le premier chapitre, j'ai cru à un canular éditorial. J'ai pensé qu'Ignatius et John Kennedy Toole ne faisaient qu'un et que le suicide du second était une invention, du storytelling, du buzz à la mode des 60's. Mais non, ce pauvre jeune homme a bien existé et s'est bien cassé le nez à la porte des éditeurs. Toutefois, 530 pages plus tard, je suis bien obligé de reconnaître que ce n'est pas pour rien que ce livre n'a connu aucune reconnaissance du vivant de son auteur : c'est un mauvais roman. Et son succès posthume tient, à mon sens, au besoin que les lecteurs ont de se faire raconter une jolie fable éditoriale. On a envie de croire que ces salauds d'éditeurs ont poussé à la mort un génie ignoré, on veut découvrir un chef d'oeuvre tardif qui a failli partir à la poubelle. Alors on prête à ce livre des qualités imaginaires pour que la réalité colle au mythe de l'auteur tragiquement fauché par la déprime. Et j'ai peur qu'au final, les imbéciles de la conjuration soient en fait les lecteurs qui crient au génie avec le reste de la meute pour un mauvais roman.

J'exagère ? Quand La conjuration des imbéciles est devenu un succès des ventes, un margoulin du livre est allé exhumer le roman de jeunesse de John Kennedy Toole (qu'il avait écrit à l'âge de 16 ans) pour surfer encore plus longtemps sur le pathos du pauvre auteur. Hollywood en a même tiré un film sans intérêt.

Maintenant, un mot sur la traduction. Je suis quelqu'un de raisonnable quand il s'agit de moderniser la langue de Molière. La disparition des accents circonflexes ne me fait pas pleurer. Mais alors qu'on écrive des mots comme "coquetèle", "chaubize", "ticheurte" et "cloune", ça me sidère. C'est à vous former des armées de nazis de la grammaire, une pratique pareille.

12 commentaires:

  1. Oulala ! A éviter d'urgence donc.

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  2. Ce bouquin était dans ma pile depuis des temps immémoriaux. Il vient d'en dégager. Merci Cédric ! :)

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  3. Et ben exactement le même avis, je me suis emm.... comme jamais à la lecture de ce pavé. La réputation qui auréole ces pages m'a même fortement poussé à m'interroger sur ma compréhension globale... où se cachait le 'génie' tant évoqué par la critique ? Content (limite rassuré) de voir que je ne suis donc pas le seul à penser de même.

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  4. Anonyme24/9/11

    Hum... Comment dire... ? Il serait peut-être plutôt intéressant, voire judicieux, voire même le minimum requis de trouver de réels arguments pour pouvoir étayer de telles foutaises ! Apprendre à lire ne serait pas un luxe monsieur Cédric.

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  5. Anonyme14/12/11

    D'accord avec anonyme, je pense que Cédric n'a rien compris au livre. Ne serait ce que l'appropriation des mots tels ticheurte...

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  6. Anonyme28/12/11

    Moi j'ai plûtot souri en lisant le livre. Pas un chef d'oeuvre, mais des personnages attachants, des dialogues bien sentis.
    Pour l'orthographe, c'est pour se caller à la VO et c'est plutôt bien vu.
    Décoincez-vous un peu.
    "C'est à vous former des armées de nazis de la grammaire", au secours...

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  7. Anonyme20/1/12

    MAIS QUE LIT-ON ICI ???!
    Ce livre n'a pas son pareil, aussi bien le style que le fond sont uniques. Il vaudrait le coup d'oeil au moins pour son originalité. Bien sûr on a peut-être pas tous le même humour. Mais je trouve ça terriblement dommage d'avoir incité ceux qui ont posté des coms à jeter ce livre. Il est vraiment incroyable et je n'ai jamais autant ri d'une histoire. Si l'on peut se lasser de la fermeture d'esprit d'Ignatus et de ses colères répétées, pour ma part je regrettais de le terminer. Et les rebondissements du récit sont oufs.
    Bref, à lire absolument, au moins pour faire une découverte et pouvoir parler d'un genre vraiment particulier, que ce soit pour le rejeter ou en raffoler.
    (PS: je crois qu'on s'en fout de la vie de l'auteur)

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  8. Pour cette critique, je ne ferrai que ré-employer les mots d'Ignatius : "Cédric Ferrand Labels, écrivain à Hugin et Munin et quasi-mongolien." :)
    Non, je plaisante, mais faut reconnaître que j'ai eu une impression totalement inverse à ta critique. Ce livre est un chef-d'oeuvre !
    Concernant l'orthographe, vos exemples sont ridicules. Ce livre est à féliciter pour sa superbe syntaxe qu'il nous offre, rien qu'Ignatius parle d'un tel langage soutenu (pas tout le temps je veux bien l'admettre) que s'en est remarquable. C'est surement l'une des traductions les plus réussies qu'il m'ai été donné de voir dans un livre.
    Quand à l'humour, j'approuve, le livre est très drôle, je me suis souvent mis à rire tout seul.^^
    En bref, excellent livre, à relire dans quelques années.

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  9. Anonyme6/11/12

    Ne pas avoir compris les traductions coquetèle et autres est le signe évident d'un défaut de compréhension du livre, d'un absolu manque d'humour et sans aucun doute d'un a-priori négatif.
    Cela dit, il est désolant que cet homme et écrivain soit décédé aussi tragiquement. Il aurait sans doute encore eu des choses à dire concernant la conjuration des imbéciles car, hélas, elle semble subsister à jamais.
    Higelin Marc, un lecteur heu-reux!

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  10. Anonyme7/12/12

    c est un livre que j ai découvert il y a 15 ans,et c est le seul que je relis tous les ans....Comme disait Swift, "Quand un génie nait dans ce bas monde,on peut le reconnaitre au fait que tous les imbéciles sont ligués contre lui".
    Cedric, t as voté Hollande, et je suis sur que tu en es encore fier aujourd hui.....Tout est résumé.

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  11. Anonyme12/12/12

    Bonsoir.
    Je suis en pleine relecture (2ème fois cette année)de cette oeuvre à nulle autre pareille et je soupire déjà d'en être presque à la fin, vous savez, juste avant que la péronnelle Myrna ne rejoigne et finalement sauve ce monument de littérature qu'est Ignatius. Comme j'aurais aimé qu'il y ait une suite des aventures sociales de ce personnage dérangeant mais si attachant. Il y a des romans comme celui-ci que l'on ne se lasse pas de lire à l'instar d'"Une prière pour Owen","Le monde selon Garp" de John Irving, de "Tortilla flat", "Tendre jeudi", "Les raisins de la colère", etc de John Steinbeck. Tiens, que des "John" me direz-vous ! Non, j'ai également une passion pour l'ensemble de l'oeuvre d'un de nos écrivains et c'est un Emile, Zola de son nom. Pour en revenir à notre roman, "La conjuration des imbéciles", je crois connaître la recette pour trouver du plaisir à sa lecture : Un grand sens de l'humour, une connaissance des milieux sociaux "simples", "défavorisés", "ouvriers" et l'ingrédient suprême: Aimer l'humanité malgré ce qu'elle peut nous présenter de franchement "bizarre"! Merci à ceux qui ne sont pas des adeptes acharnés de l'autodafé!
    Cordialement. Higelin Marc

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  12. Anonyme6/1/13

    Bien entendu l'histoire n'est qu'un prétexte dans ce roman. Le 'critique' qui a osé écrire ce 'papier' cherche une bonne histoire efficace mais sans profondeur aucune : chez les personnages, les situations... A mourir de rire, ce roman l'est. Autant par les personnages loufoques que par les situations dans lesquels l'auteur se plaît à les rassembler. La complexité d'ignatius, sa vision du monde étroite, son déni perpétuel, mais également la manière dont il a à l'exprimer n'ont pas d'égal dans la littérature. Ni dans le monde réel (encore que ?). A vrai dire, si à la fin du premier chapitre le lecteur n'a pas au moins souri... alors il peut le refermer aussitôt. Oui : on est pas dans le 2ème, ni même 3ème degré ici, c'est bien plus loin que l'auteur va. Pour résumer La conjuration des imbéciles ? L'anti-candide absolu. Merci Toole.

    A vrai dire, ce bouquin c'est un peu comme le daïquiri du vendeur de fripes du début.

    Citation :
    - Qu'est-ce que c'est que ce truc que vous buvez, hein ? On dirait une boule de neige au jus d'ananas.
    - Même si je vous le décrivais, je doute que vous soyez en mesure de le comprendre.

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