02/04/2010

Morlante


Ça partait mal, je n'arrivais pas à lire le titre du bouquin à cause de la police de caractère. Je croyais que c'était Mordante, mais non, c'est Morlante.

Morlante, c'est le nom d'une créature de légende chez les pirates, un croque-mitaine pour adultes. C'est une sorte de brutasse armée de deux machettes qui découpe tout ce qui bouge est qui est invincible. Elle est capable de génocider un équipage complet. Mais Morlante, ce n'est pas que cette machine à tuer. C'est aussi un écrivain sensible qui entre deux massacres rédige des histoires de piraterie qui se vendent comme des petits pains. Morlante vit donc sa vie d'écrivain sanguinaire sur une mer des Caraïbes de la fin du 18ème...

Dans chaque librairie où je rentre depuis quelques mois, ce livre est toujours en tête de gondole avec un autocollant "On aime" censé refléter l'engouement que le bouquin suscite chez le personnel de la librairie. Alors forcément, un petit livre de 154 pages qui parle de piraterie, c'est tentant.

Déjà, 154 pages, c'est en comptant large. Les chapitres font 3 pages en moyenne et il y a très souvent une page de vide entre deux chapitres. Au final, c'est un livret très mince qui se lit en 1 heure et qui n'apporte rien. Le scénario n'est qu'une série de péripéties lamentables entre différents capitaines/pirates qui rivalisent d'imbécilité. C'est écrit sur un ton gaillard, en alternant une scène gore, un dialogue et une scène de cul. Car oui, ça baise à tout va sans Morlante, il n'y a pas que le sang qui gicle. C'est ça qui est supposé être le truc qui émoustille le lecteur. Et c'est assez pitoyable, au final.

C'est un délire d'auteur. Par exemple, au détour d'une page, le pirate très 18ème se met à chanter du Sex Pistols à tue-tête. Pourquoi ? On s'en fout, c'est un délire, tu vois.

Je ne connaissais pas Stéphane Dompierre, mais ce Morlante ne démontre pas une grande maturité d'écriture. Son Morlante ressemble à un vulgaire délire entre potes. Est-il ami avec tous les vendeurs des librairies dans lesquelles je vais ?

Bref, 10 euros/15 dollars pour 154 pages d'une très grande vacuité. Un prix pareil, c'est définitivement un acte de piraterie.

8 commentaires:

  1. Pas mieux :

    http://www.songe.fr/weblog/index.php/2010/02/12/405--roman-morlante-stephane-dompierre

    (à me relire, je trouve d'ailleurs que j'ai été bien gentil, j'aurais dû être plus virulent)

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  2. Un livre à base de pirates, j'aurais dû me douter que tu l'avais déjà lu, Pierre.

    Concernant ta remarque sur la disparition des accents circonflexes au Québec, ce n'est pas systématique dans la Belle Province. Les vieux comme nous autres, nous avons encore des habitudes accentuesques bien ancrées. C'est plus un problème de génération que de géographie, à mon sens.

    Mais il est vrai que de manière générale, l'homo quebecus prend beaucoup de liberté avec le corpus de règles grammaticales. Au début, je m'esbaudissais beaucoup de ces pratiques qui venaient heurter mes fondements linguistiques. Avec le temps, je fais de plus en plus corps avec cette partie du Québec qui ne comprend pas pourquoi des règles aussi vieillottes et archaïques devraient être respectées au pied de la lettre. Car pour la pratiquer tous les jours, cette langue, en faisant de la relecture sur des textes et en écrivant, c'est quand même un casse-tête permanent et contradictoire. Et quand tu dois expliquer une énième règle pas intuitive pour deux sous, tu comprends la lassitude grammaticale d'une partie des beaux provinciaux.

    Maintenant, je te rassure, des défenseurs de la belle langue à l'ancienne, il y en a beaucoup ici aussi. Bon, ce sont souvent des vieux avec des barbes de professeur marxiste qui pontifient sur la décadence orthographique.

    Mais il ne faut pas oublier une chose : le Québec parle français, soit. Mais s'il y a un truc que le Québec ne peut pas supporter, c'est que la France vienne lui donner des leçons. Car dans le passé, des ayatollahs lexicaux de la Vieille France qui venaient au Québec pour enseigner le bon usage du subjonctif à coups de trique sur les fesses, il y en a eu pléthore. Du coup, ça n'incite pas à la patience avec les maudits Français qui donnent facilement des leçons.

    Le Québec n'est pas un département éloigné. C'est une nation qui parle sa version du français et qui n'a pas envie de s'entendre constamment dire qu'elle écrit mal.

    Et moi, j'ai le cul entre deux chaises. J'ai une éducation de jacobin du verbe à appliquer à une réalité très éloignée. Parce que la parlure québécoise, maudit qu'elle est belle à entendre et à utiliser. Le joual, c'est un festival quotidien. Tant pis pour le Bescherelle.

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  3. N'oublions pas que l'accent circonflexe indique souvent la disparition d'une lettre. La plupart du temps d'un "s". Lettre qui a pu par ailleurs demeurer dans certains autres mots de la même famille. Des exemples il y en a quelques uns. Forêt, forestier, hôpital, hospitalier, fenêtre, défenestrer ...
    Certains puristes ne se sont-ils pas plaint de ces modifications à l'époque ? Il est probable que si.
    Alors ma foi ...

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  4. Ahahah je viens de lire le début du roman fourni par le lien sous le billet de Pierre. Trop drole (sans accent circonflexe). Vraiment rigolo le coup du perroquet empaillé, et du pirate avec deux jambes de bois et deux crochets. MDR LOL LMAO et tout ça.

    ...

    J'hésite à demander le remboursement.

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  5. Ah oui quand même ! Je vais donc rester sur mes souvenirs du Déchronologue en attendant une nouvelle chopine de Rhum

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  6. Il semble que ce petit livre n'est pas très apprécié par chez vous. Pourtant, moi j'ai bien aimé... peut-être parce que je suis Québécois ? Qui sait...

    J'avoue toutefois que le manque d'accents m'a aussi fait drôle - il faut le dire, c'est déconcertant ! Pourtant, il m'a été difficile de ne pas continuer la lecture et ce, dès les premières lignes du livre. Les combats sanglants et les répliques souvent obscènes sont bien véhiculés dans cette écriture qui est directe, sans perte de temps dans les détails infinis des arrières plans. Ça m'a accroché.

    Je ne vois pas ce livre comme étant mauvais, mais ce n'est pas une petite perle non plus. Pour moi, ce fut un court moment de plaisir et d’adrénaline ! Une lecture facile qui m'a permis de passer quelques heures amusantes.

    Je crois qu'il faut simplement s'accoutumer avec un style différent qui colle ou qui ne colle pas avec nous. Il y a de très bons auteurs Français comme il y a de très bons auteurs Québécois. C'est à nous de les découvrir et de s'y adapter.

    Pour moi, Stéphane Dompierre fait partit des mes belles découvertes des dernières années.

    -Patrick L.

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  7. > Pourtant, moi j'ai bien aimé... peut-être parce
    > que je suis Québécois ? Qui sait...

    Je suis Québécois et pourtant je n'ai pas aimé. Ce n'est pas une question de nationalité mais bel et bien une histoire de qualité littéraire.

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