30/01/10

Furies déchaînées


J'ai eu comme une impression de déjà-vu en achetant le troisième volume des aventures de Takeshi Kovacs. En rentrant, j'ai fouillé dans ma bibliothèque et j'ai compris pourquoi :


C'était effectivement du recyclage de la couverture d'Ex-Kop, la suite de Kop dont je n'avais pas parlée ici car elle était oubliable. Ce n'est pas illégale de réutiliser la couverture d'un autre livre, mais moi, ça m'a échaudé.

J'avais adoré Carbone modifié, vibrant hommage modernisé au cyberpunk, je n'avais pas aimé sa suite Anges déchus, qui sentait le réchauffé, alors je comptais sur Furies déchaînées pour renouer avec le charme initial du cycle.

Cette fois-ci, Takeshi Kovacs est embarqué dans une mission de nettoyage d'un secteur miné de saloperies technologiques qui évoluent dans leur coin. Il fait ça car il veut échapper à l'attention de son propre double illégal qui a été envoyé pour le descendre. Et comme ça ne suffisait pas, une proche de Kovacs se prend pour la réincarnation littérale de Quell, une passionaria qui est l'écho futuriste d'une Che Guevara anarcho-troskysto-Julien Coupatesque. Bref, Kovacs est bien occupé.

Richard Morgan est toujours fort pour empiler les détails techno-biomécaniques pour donner du volume à son décor. Ses personnages sont obsédés par les dernières innovations nano comme des membres de la secte Apple agenouillés devant Steve Jobs. Le hic, c'est qu'à force de matraquer le lecteur avec des arguties cybertechniques, il est lassant. On ne comprend pas comment tout ça marche, du coup l'étalage de détails fatigue la lecture.

Mais ce qui m'a fait décrocher au bout de 350 pages sur les 650 que comptent le livre, c'est la vacuité de tout ce merdier. Autant Carbone modifié était un polar bien gaulé avec une intrigue tarabiscotée qui mettait intelligemment en scène la technologie du transfert de corps, autant ses suites sont un délayage continu sans réel intérêt. Les personnages défilent, aussi lisse que des prothèses chromées. Et c'est bavard un auteur qui n'a rien à dire : une scène de cul, une baston, des divagations techno-corporelles, des considérations politiques simplistes, des scènes de surf indignes de Point Break...

C'est vraiment dommage qu'après un bon roman cet auteur se soit laissé aller à pisser de la page en série pour continuer sur sa lancée. On dirait un chanteur qui a une bonne chanson et qui compose à la va-vite 9 autres rengaines pour pouvoir faire un disque.

Même si l'autre titre de Richard Morgan, Black Man, ne met pas en scène Kovacs, je ne me sens pas le courage de rempiler. Et en plus, l'auteur s'est lancé dans une trilogie fantasy intitulée A Land Fit For Heroes. Quelqu'un a goûté ?

28/01/10

Steamkeupon

Une question pour nos lecteurs éclairés : si je ne veux pas mourir idiot, quel est LE roman steampunk que je dois lire ? Si possible, un livre qui ne soit pas édité par Bob. D'avance, merci.

23/01/10

Le royaume blessé


Au contraire de Philippe, je n'ai aucune sympathie pour Laurent Kloetzer, pas le moindre a priori favorable. Il avait décrit son univers dans Casus Belli ? La belle affaire : n'importe qui pouvait écrire dans ce magazine, j'en suis la preuve vivante. Il a déjà été publié chez Mnémos ? Ça ne m'étonne pas, ils ne publient que de la fantasy de supermarché dans cette boite. Il a un blog ? Ne me faites pas rire, les blogs sont la quintessence de la vacuité de cette génération de rôlistes qui se prennent au mieux pour des lecteurs éclairés et au pire pour des plumitifs.

On va donc laisser de côté le copinage bisounours qui fait de chaque auteur français de fantasy un nouveau prodige (comme cette propagande imbécile qui fait passer Jean-Philippe Jaworski pour un auteur) et dire la vérité vraie. Quelqu'un doit dire que le roi est nu.

C'est quoi, Le royaume blessé ? Déjà, c'est pas loin de 800 pages. Ça ne s'avale pas comme de la petite bière, c'est une traversée au long cours. Dans une espèce d'Europe distordue et légendaire, un peuple alterne les grandes heures et les moments moins glorieux. Ce sont les Keltes. On pourrait les croire en fin de race tant la civilisation des Atlans, le peuple qui a le dessus dans la valse de l'Histoire, est bien plus moderne. Mais ce sont finalement la gloire des Atlans qui est en train de partir en lambeaux alors que leur empire vole lentement en éclats sous l'action de l'érosion du pouvoir. Alors les Keltes ont une certaine marge de manoeuvre. D'où des soubresauts tumultueux, des guerres de clans, des tentatives désespérées pour réanimer la flamme d'une fierté entière. Dans cette espèce de renouveau kelte, des hommes de légende se forgent une immortalité constituée de faits d'armes racontés dans les auberges et d'un trône souillé du sang de l'ennemi et des alliés.

Or un jeune homme simple, fruit de la culture atlan, se met en tête de raconter la vie d'un de ces Keltes dont l'existence dépasse l'entendement. Au fil de ses pérégrinations, il rencontre des contemporains de cet homme, des amis, des parents, qui lui racontent des tranches de vie, des moments charnières de sa destinée. De plus en plus obsédé par cette histoire qu'il a l'impression de pouvoir toucher du bout des doigts, notre homme va finir par s'aventurer en terre kelte pour en apprendre plus. Et en marchant dans les pas de cet homme qui l'obnubile, il va prendre la mesure de ce peuple tout en vivant ses propres tribulations.

Je reproche souvent à la fantasy de manquer de contenu. Ce sont souvent des personnages sans nuances qui vivent des quêtes censément initiatiques dans des univers aussi complexes que celui de Placid et Muzo. C'est souvent le festival du cliché tant dans la narration que dans le propos. Comme il y a la malbouffe, il existe une sorte de malfantasy composée de cycles (inter)minables, de recettes éculées et d'effets de mode. Et bien c'est peu dire que Laurent Kloetzer est à l'opposé de cet écueil.

Le royaume blessé m'est resté longtemps dans les mains. Ça respirait bon la lente construction d'un mythe. Pas le truc où un jeune paysan découvre en 6 chapitres qu'il est le fils du roi et qu'il doit mener son armée pour reprendre la couronne injustement spoliée par l'infâme oncle du héros. Non, je parle de mythe dans ce que ça comporte de symbolique, d'idolâtrie et d'allégorie. À mesure que le héros collecte les fragments de la vie de son héros, on mesure le parcours d'un homme extraordinaire qui, à l'image de son peuple, alterne grandeur et décadence. Chaque anecdote façonne un peu plus la glaise de ce portrait et affine ses traits. Ici, une blessure due à une jeunesse désinvolte. Là, une ride pour un amour trop souvent perdu. Le récit à deux niveaux fait s'opposer la vie hors du commun d'un Kelte qui veut marquer son temps et celle, plus simple, d'un témoin qui vit par procuration.

C'est long parce que le roman ne se contente pas de raconter que les bons moments. On s'attarde au contraire sur des choses en apparence futiles mais qui participent elles aussi à la mue de cet homme en gloire. Bien évidemment, les rencontres fortuites du narrateur qui a la chance de se trouver au bon endroit au bon moment pour rencontrer les bonnes personnes peuvent sembler artificielles. Elles font partie du jeu.

Mon seul regret tient à la nature de cet univers qui est un écho déformé de notre passé. Les Atlans romains, les Keltes celtes, ce héros qui ne s'appelle pas Alexandre, c'est efficace, mais ça ne rend pas justice au talent de l'auteur. Il pourrait tisser un univers réellement différent et cohérent sans s'appuyer sur ce faux-semblant, à mon sens.

Pendant 800 pages, j'ai marché dans les chaussures de cet être mémorable qu'est Eylir Ap'Callaghan. J'ai senti le poids de ses regrets, l'usure de son épée, la colère qui cogne dans ses tempes. Dans les passages les plus puissants, il m'a semblé entendre la voix de Lisa Gerrard chanter Summoning of the Muse en superposition à la plume de l'auteur. Je ne peux pas dire ça de beaucoup d'auteurs qui prétendent écrire de la légende.

Bref, ce n'est pas sorcier de comprendre que la petite gloriole de Laurent Kloetzer est totalement infondée. Ce n'est rien qu'un de ces trentenaires qui a trop de temps libre. J'espère pour lui qu'il a un emploi alimentaire car il n'est pas prêt d'avoir sans place dans un catalogue France-Loisir. Alors ne comptez pas sur moi pour chanter ses louanges avec les autres. C'est favoritisme et renvoi d'ascenseur dans ce milieu.

21/01/10

Ça marche aussi avec la fantasy

Lu sur The Economist (la traduction au débotté est de bibi) :

Les nombreuses personnes qui lisent un bestseller, par exemple, ne lisent peu ou pas d'autres romans. À l'opposé, le lectorat d'un obscur bouquin est composée en grande majorité de lecteurs qui lisent énormément. Ce qui veut dire que les livres les moins connus sont critiqués par des gens qui ont les plus hauts standards, tandis que les bestsellers sont jaugés par des gens qui ne s'y connaissent pas. Un Américain qui n'a lu qu'un livre cette année a de très grandes chances d'avoir lu "Le Symbole perdu" de Dan Brown. Et il a très certainement adoré.
On peut en déduire de cet argumentaire une vérité toute simple : Cédric lit The Economist au lieu d'écrire.

17/01/10

Das Boot


Marcher dans les souliers d'un autre pour partager son point de vue, même pour un court instant. Parce que la guerre filmée par les Alliés, la resistance racontée par les maquisards ou l'horreur documentée par Claude Lanzmann, c'est bien, mais montrer le point de vue allemand, c'est pas mal non plus.

Il a fallu attendre 1981 pour que le réalisateur Wolfang Petersen (qui est capable aussi bien de réaliser des épisodes de Tatort que le film Une histoire sans fin) enfante Das Boot, l'adaptation d'un livre autobiographique. Et paradoxalement, c'est le public allemand qui critiqua sévèrement le film à sa sortie pour oser dépeindre positivement des soldats allemands.

Das Boot raconte en longueur (293 minutes) la vie de dingue de sous-mariniers allemands enfermés dans une carcasse de fer. Oh, ce ne sont pas des scouts, ils torpillent les bâtiments anglais ou américains, mais surprise, ce ne sont pas des nazis pour autant. Ce sont des marins allemands, envoyés au fond des mers pour couper le ravitaillement adverse par une hiérarchie qu'ils ne comprennent pas et qu'ils rejettent. Pas de SS, pas d'idéologie nauséabonde, ce sont des hommes à part qui sont à des postes de combat extrêmes, enfermés avec leurs propres faiblesses d'humain. Intimité oblige, les rapports humains sont exacerbés : la folie d'un seul homme suffit à mettre tout l'équipage en danger, car chaque sous-marinier est un rouage vital. Chaque mine qui explose secoue le spectateur comme un prunier. Rien qu'à regarder ses hommes vivre les uns sur les autres, on sent la sueur qui colle, l'odeur de pet du voisin, l'insoutenable tic nerveux du collègue d'à côté. Tout comme la série Oz rendait le spectateur captif l'espace d'un épisode d'une heure, Das Boot vous rend claustrophobe pendant 293 longues minutes d'une apnée qui n'en finit pas de durer.


La presque totalité du budget du film est allée dans la construction d'un vrai sous-marin d'époque. Ce n'est donc pas un jeu d'écran vert ou un décor de studio savamment construit : c'est du réel. Les vagues vicieuses qui claquent contre la coque sont celles de la mer du Nord. Et donc les acteurs sont restés très longtemps enfermés dans ces quelques mètres de promiscuité. Ils ont le tein blafard d'une endive enduite de crème Nivéa. Dans leurs yeux, le ras-le-bol de ces conditions de tournage donne au spectateur une idée de la folie du regard des hommes qui ont réellement vécu ces scènes de guerre. Ça craque de partout, les joints sont sur le point de lacher, tout comme les nerfs de l'équipage. Et les ordres qui déboulent de Berlin sont de plus en plus fous, de plus en plus éloignés de la réalité de la mer. Mais on oublie vite qu'ils sont allemands : ce sont des sous-mariniers, avant tout.

C'est au final un huis-clos bien plus efficace que l'éternel combat entre cowboys et indiens. Et surtout, ça vient douloureusement souligner le lent supplice des 118 hommes d'équipage du Koursk.


13/01/10

Huxley vs Orwell

Ce n'est pas parce qu'un livre de SF ne s'est pas réalisé qu'il est périmé. La preuve : on ne brûle pas les livres, mais Fahrenheit 451 reste malgré tout terriblement évocateur.

Et un jour de glandouille virtuelle où je cliquais plus vite que mon ombre pour ne surtout pas faire quelque chose d'utile, je suis tombé sur cette courte bande-dessinée en anglais :



Je trouvais la comparaison des deux oeuvres très intéressantes, mais je me suis rendu compte par la même occasion que je n'avais lu aucun des deux livres (ce qui ne m'empêchait pas d'avoir un avis dessus). Manquement que j'ai réparé pendant la trêve des confiseurs.

1984 est effectivement très effrayant dans sa dystopie car on remarque chaque jour à quel point les caméras envahissent l'espace public. Même si elles ne font pas baisser la criminalité, elles couvrent de plus en plus de bout de terrain, en silence. En Grande-Bretagne, où elles pullulent, on discute même d'une idée : diffuser les images de ces caméras de surveillance sur le Web et offrir une récompense aux citoyens qui signalent un crime ou un délit. De la sous-traitance. Car ce n'est pas le tout de multiplier les images, il faut traiter cette montagne d'informations. Big Brother est omniprésent mais pas omniscient car il manque paradoxalement de yeux. Pour digérer le flux d'images, il faut encore, pour l'instant, des hommes.
Mais plus envahissant encore, c'est les caméras personnelles. Désormais, le moindre iPod est capable de filmer. Ce qui donne ces images merveilleuses lors de la cérémonie des JO de Pékin : les délégations d'athlètes ne défilaient pas, ils avaient tous leur téléphone portable à la main et filmaient/photographiaient ce moment magique en oubliant presque que les caméras de télévision étaient là pour saisir cet instant. Puis ces images se retrouvent sur le Web, où l'on s'affiche, où l'on s'intimise. Quelle est la durée de vie de ses clichés volés ? On ne le sait pas puisqu'on débute. Mais c'est là, accessible. À un tel point qu'un détective privé passe maintenant plus de temps sur Facebook que dans la rue pour retrouver quelqu'un.
Alors un totalitarisme basé sur la perte de l'intime et sur la manipulation de l'information, c'est fascinant de proximité. Bien sûr, on ne franchit pas la ligne jaune, ça reste de la SF, car on vit dans des démocraties, non ? On est pas Chinois, nous.
Bref, 1984 est un bouquin superbement écrit qui raconte une histoire d'amour dans un monde qui a arraché le coeur de ses habitants pour les protéger de la crise cardiaque. C'est un livre envoûtant car l'on croit pouvoir toucher sa réalité du bout des doigts. Quelque part, c'est rassurant car 1984 sert un peu d'épouvantail : on regarde ses personnages se débattre et on l'on est rassuré de vivre dans un monde qui n'a pas encore basculé dans cette folie là.

À l'inverse, Le meilleur des mondes est plutôt mal foutu. Il propose un monde pas très crédible qui a anesthésié son peuple avec des antidépresseurs et une débauche de sexe. Un monde frivole qui s'est débarrassé de la culture car elle est trop complexe à gérer. Et ça, en apparence, c'est trop éloigné de notre réalité pour qu'on adhère au bouquin. Comment croire que l'excès de plaisir est un défaut ? C'est pas très fort comme dystopie.
Et puis l'on se regarde aller. Une emission japonaise très rigolote à la télévision. Un site internet génial avec des photos de chats qui parlent en mauvais anglais. Et puis ce film avec Éric et Ramzi, si tordant de rire. Sans oublier cette application iPhone totalement indispensable. Tout ces petits rien qui, accumulés, font nos vies, finalement. C'est quand même pas un crime de se relâcher un peu après une journée de travail, non ?
On se rend compte un jour que certains auteurs d'avant, non seulement écrivaient des romans légèrement plus intéressant que Twilight mais en plus avaient des correspondances avec d'autres penseurs et dévoraient d'autres livres avec l'avidité d'un ogre. Et d'après mes calculs, les journées ne faisaient déjà que 24h. Paradoxalement, dans un univers qui va beaucoup plus vite, où il est plus facile d'accéder à de l'information, où l'on peut écrire aux antipodes en quelques minutes, notre écriture se raréfie. Comme si les outils qui étaient censés nous libérer étaient devenus notre principale centre d'intérêt. Apple va-t-il sortir une tablette ? Quel sera la prochaine innovation de Google ? T'as signé la dernière pétition sur Twitter ?
Notre génération a conquis la plus noble des choses : le droit à l'indifférence. Le meilleur des mondes l'avait prévu depuis longtemps, mais comme on a le nez dedans, on n'ose pas se l'avouer. Car le comble de l'indifférence, c'est de faire semblant de l'ignorer.

Bref, lire 1984 et Le meilleur des mondes, ça vous transforme en réac'. On referme ces livres et on se prend pour un petit Éric Zemmour en puissance, fustigeant la technologie, dépassé par la modernité, sans comprendre que le monde change. C'est insidieux, mais on se surprend à moins glander dans les jours qui suivent. On prône la simplicité volontaire, on se met à vouloir revendre sa télé. Mais ça ne dure pas, car l'inertie nous rattrape vite. Un autre livre coup de poing nous frappe et l'on a soudain de nouvelles lubies.
Mais merde, il y a des décennies, des hommes ont imaginé les écueils de notre présent. Oh, ils se sont trompés sur certains détails, ils ont forci le trait sur certains points. Mais ils ont imaginé les travers de la société, ses dérives idéologique, cette envie de la masse de dormir et de cesser de s'indigner. Et ces deux auteurs-là n'avaient même pas le wifi...

12/01/10

L'enjomineur, 1792


Après ma première expérience bordagienne, certains commentateurs ont cité les romans de l'auteur qu'ils avaient appréciés. Et j'ai choisi pour ma seconde expérience un titre qui n'avait pas été défendu dans les commentaires. Par esprit de contradiction ? Pas seulement. Montréal est une ville étrange où les librairies francophones sont approvisionnées aléatoirement. Si c'est pas du Nothomb ou du Dan Brown, les nouveautés débarquent ici avec 3d6 mois de retard... quand elles arrivent.

Or donc, L'enjomineur, 1972 se déroule sans surprise pendant la Révolution française. On y suit deux personnages aux chemins parallèles :
- Émile, jeune homme au coeur d'or, que l'on dit fils de la fée Mélusine et qui travaille comme journalier dans la campagne vendéenne. Son passé trouble (il a été abandonné à la naissance et élevé par un curé) est un peu trop classique, mais comme on peut le deviner sur la couverture du roman, Émile est l'ami des fadets.
- Cornuaud, la teigne, qui débarque à Nantes après avoir violé une fillette sur un négrier. Il a été envoûté par une femme à la peau d'ébène qui le pousse à des actes sanglants contre sa volonté. C'est un voyou, un vrai, qui joue du couteau et qui cavale sans arrêt pour ne pas avoir à payer le prix de ses actes.

C'est la Révolution, mais avec un arrière-goût de soufre et de poison. En plus des magouilles entre cordeliers, montagnards et jacobins, il faut compter sur des cabales étranges qui font des sacrifices en l'honneur de dieux anciens. La France n'est pas tant déchirée entre royalistes et républicains qu'entre l'esprit des Lumières et l'obscurantisme des croyances de l'ancienne France. Les forêts sont encore profondes et sombres. Les marais abritent des choses pas catholiques. Et même à Paris, à l'ombre de la guillotine, ça tripatouille des rituels symboliques entre deux réunions plénières. C'est diffus.

Un scénario ? Non. Pas de quête, pas de prophétie. C'est pour le moment (car ce n'est que le premier livre d'une série) que la description de deux parcours qui vont bien évidemment s'entremêler en même temps qu'ils viennent se glisser dans la trame même de l'Histoire. Car on voit des éléments clés de la Révolution par le truchement des héros, pas nécessairement en étant au premier plan, mais les évènements avancent, il se passe toujours quelque chose à Paris. On part de l'arrière-pays comme des députés du Tiers qui s'arrachent à la boue de la province pour monter à Paris où tout va plus vite, où tout sent plus fort. Et à la grand ville, il faut faire avec les complots en cours, les manigances des uns, les turpitudes des autres. Et comme nos deux amis ont un chacun un passif magique, on se doute bien qu'ils vont être à un moment ou un autre la clef de voûte d'un merdier fantastique. Et je ne veux pas vous spoiler, mais ça m'étonnerait pas que le gros Capet et son Autrichienne finissent par y passer.

L'écriture de Bordage est bourrée d'argot et de patois, c'est assez truculent. Ça sent le terroir quand ça se passe dans le bocage vendéen, la pisse et le sang quand on circule dans Paris. Ces mots peu ordinaires participent à l'immersion en cascadant tout au long des chapitres. Et l'auteur ne donne pas de leçon d'histoire. Il utilise bien évidemment la chronologie pour camper son monde, mais ne part pas dans des explications oiseuses. Il n'explique pas ce qu'est un jacobin, quelle est la motivation de Danton, mais le lecteur n'est pas pour autant perdu puisqu'il a le double point de vue d'Émile et Cornuaud pour se faire son idée des tenants et des aboutissants de cette Histoire en marche.

J'ai failli ne pas donner sa chance à ce roman à cause de sa couverture un peu trop amatrice à mon goût. Je sais pas, la présence des fadets au second plan, Émile en train de voler.... Je trouve la composition maladroite. Mais derrière se cache un livre avec de la gouaille de rue, une chronique de la Révolution qui flirte avec un Jonathan Strange & Mr Norrell mais avec plus de couille.

Étonnant, non ?

09/01/10

Waylander


Yeah, un assassin tout de noir vêtu, une arbalète à deux arcs : enfin du medfan urbain avec des contrats sur des notables, des stratagèmes pour s'approcher de sa cible, des mises à mort originales, des trahisons, de la magouille... Ça me changera les idées.

Sauf que, 440 pages plus tard, ce n'est pas ça que j'ai lu. Du tout. Waylander est l'Assassin. Surnommé aussi le Voleur d'Âmes (avec les majuscules qui vont bien), c'est un vrai bâtard qui n'accorde aucune valeur à la vie humaine, à part si on le paye pour tuer. Un salopard, mais qui ne tue pas les femmes et les enfants. Non, faut pas pousser. Après avoir tué un roi, Waylander porte secours par faiblesse à un prêtre mystique qui est capable de voyager dans le monde astral. Un peu de bonté du prêtre touche l'Assassin tandis que le prêtre apprend le goût du sang au contact du criminel. Et comme ça ne suffisait pas, Waylander se retrouve plus ou moins obligé de compléter une quête : retrouver l'Armure de Bronze, une protection magique qui est cachée dans une grotte remplie de loups-garous. Parce que l'homme qui possédera l'armure magique pourra gagner la guerre. Ah oui, je vous l'ai pas dit, mais le coin de pays où tout ça se passe est envahi par des méchants appelés les Chiens du Chaos (là encore, les majuscules sont importantes) qui pillent, tuent et violent (oui, dans cet ordre là) à gogo.

David Gemmell a (enfin, avait, car il est mort) un don assez incroyable pour décrire la guerre en la vidant totalement d'intérêt. Les deux armées se foutent sur la gueule, se battent pour contrôler un convoi de ravitaillement, montent un siège... le tout avec un rare manque d'enthousiasme dans l'écriture. Les guerriers se ressemblent tous et ont autant d'épaisseur qu'un timbre. Gemmell ne décrit absolument pas son décor, du coup on a l'impression que les personnages évoluent dans une structure en carton-pâte ou devant un écran vert.

Le héros est intraitable-mais-avec-un-sombre-passé-qui-le-rend-humain et se laisse embarquer dans la quête de l'armure magique pour des raisons particulièrement connes. Si on ajoute à ça le prêtre qui fonde un ordre de mystiques sanglants qui lutte contre une Confrérie d'assassins sensés être super balèzes alors que même la petite copine de Waylander, qui est danseuse, arrive à les découper en rondelles, on obtient une soupe très insipide. Les personnages vont et viennent sans raison, certains débarquant comme par magie quand l'auteur en a besoin. Restent les nombreuses scènes où Waylander tue son prochain avec son arbalète et ses dagues, pour la plus grande jubilation du lecteur avide de meurtre.

Pour utiliser une analogie dont j'abuse souvent, Waylander est un peu au medfan ce que le porno est à l'amour. C'est efficace pour se branl... euh pour passer le temps, mais c'est totalement vide de sens.

Si au moins Gemmell avait un univers intéressant, mais non : les deux nations en guerre manquent totalement de personnalité. De plus, sans carte pour se représenter la géographie du pays, impossible de comprendre les tenants et les aboutissants de cette invasion.

De ce que je comprends, ce roman explique des points du background de l'univers de Gemmell qui sont utilisés dans d'autres romans de l'auteur. Mais ça sera sans moi. Bob ne m'aura pas sur ce coup-là.

Efelle m'avait pourtant prévenu en utilisant le bingo fantasy...

07/01/10

The Prisoner


D'abord, je ne suis pas le fan ultime de la série télévisée de 1967, j'en garde toutefois le souvenir d'une mini-série en avance sur son temps, avec un décor balnéaire, une série de numéros Deux inquiétants, des plans d'évasion voués à l'échec et le leitmotiv "Who is number One ?" suivi de l'implacable réponse, évidente : "You are, number Six." C'était très fort, ça se suffisait à soi-même, c'était culte, alors pourquoi vouloir absolument en faire un remake ?

6 épisodes de 40 minutes plus tard, le verdict est douloureux : faire du neuf avec de l'ancien n'est pas un gage de succès. Plusieurs choix scénaristiques sont venus foutre en l'air ce refaisage (je respecte la loi Toubon, moi) :
- l'île est remplacée par un oasis dans le désert. Au lieu de filmer dans un vrai village, on a le droit à des maisons dont on voit clairement qu'elles ne sont qu'une façade, comme dans les mauvais westerns. L'avantage, c'est que le désert, ça coûte pas cher à louer, comme décor.
- il y a un seul numéro Deux, Ian McKellen, qui est nickel dans son interprétation.
- numéro Six est un personnage stupide qui n'a rien à voir avec l'agent secret originel.
- il ne se passe rien pendant les épisodes (ou si peu).
- numéro Deux a un fiston qui ressemble à un fils Sarkozy.

Mais le gros changement, c'est la superposition de deux narrations : celle du Village, dont le héros ne cherche pas tant que ça à s'échapper, et celle du monde réel, où s'esquisse progressivement les raisons de son internement dans un village paumé au milieu du désert. Et c'est cette seconde narration, aussi intéressante qu'une pub pour un yaourt, qui très vite fait craindre le pire sur l'explication finale de la série. Craintes qui, hélas, ne font que se confirmer tandis que l'histoire avance : c'est bel et bien une resucée de La méthode du docteur Chestel.

Le Village n'est pas crédible, son assise est branlante dès le départ, son économie intangible, sa sociologie vaporeuse... Et l'explication finale n'explique en rien les trous scénaristiques, les incohérences et le mystère : le Village est aussi beau et aussi utile qu'une boule à neige.

Reste un complot bigbrotherien très moyen, des dialogues à double sens mais qui n'en ont aucun, des mystères jamais expliqués, quelques clins d'oeil à la série originale, et surtout, un ennui profond devant ces 240 minutes où l'on a aucune sympathie pour le personnage principal. On se rêve plutôt en numéro Deux pour lui faire subir des sévices tellement on a envie de lui claquer le beignet.

Dans le même genre d'histoire, le film avec Jennifer Lopez, The Cell, avait au moins une esthétique intéressante.

06/01/10

Pour en finir avec 2009

Tout comme en 2008, ce billet est l'occasion de faire un petit retour nombriliste sur les choses qui nous ont touchés/accrochés/fascinés/occupés en cette année 2009 finissante. C'est subjectif, mais ça permet de clore l'année en jetant un regard dans le rétroviseur. Ce sont des trucs dont nous avons pas nécessairement parlé dans nos billets car on ne savait pas comment aborder le sujet ou on trouvait que c'était déplacé d'en parler autrement que sous la forme de ce billet rétrospectif. Ce qui est présenté n'est pas nécessairement daté de 2009 car nous avons souvent du retard sur les phénomènes de mode et les tendances geeks.
-- Cédric

"
Les geeks se cachent pour voter"
Reprise des études et soif de quelque chose d'intellectuellement un peu plus consistant que des adaptations romancées de licences de jeux de rôle obligent, les bouquins que j'ai lus seraient plus à leur place chroniqués sur le blog Lectures Libres que le nôtre. 2009 ne restera donc pas dans les annales comme un millésime fort en matière de para-littératures et des autres sujets sur lesquels nous bloguons ici. D'ailleurs, je ne pense pas avoir fait plus d'1/10e des billets de ce blog bicéphale (tricéphale, si l'on compte Bob). Mais j'ai quand même quelques suggestions à faire, pour autant que ça intéresse quelqu'un, et l'envie de bloguer un peu plus souvent en 2010. Il se pourrait même que Bob revienne un peu plus fréquemment mais je n'en dis pas plus, de peur que cela ressemble trop à une résolution de début d'année...
-- Philippe

BD

Le choix de Philippe : Siegried (Alex Alice)
J'avais trouvé sympa, sans plus, du même dessinateur, le Troisième Testament, à qui je reconnaissais surtout comme qualité d'avoir précédé plutôt que suivi la masse des crypto-thrillers sur les frères siamois du Christ et autres évangiles apocryphes. Je n'étais donc pas préparé à la claque reçue en découvrant les planches magnifiques de cette adaptation de la tétralogie de Wagner. De la Fantasy épique comme je n'espérais plus en voir en BD. Chaque planche est une merveille de composition, associant à chaque fois le dynamisme du mouvement et la grâce de la pose. Je regrette juste, cependant, l'hégémonie de la colorisation informatique par rapport à la couleur directe, parce que quand on voit ce que le gars sait faire sur son blog avec des pinceaux... Waouh.




Le choix de Cédric : The Far Side Gallery
Je me suis fait un cadeau à moi-même cette année en m'offrant les 5 volumes de The Far Side Gallery. Ce sont des gags en une seule case qui débordent d'absurde et de cynisme. Chaque vignette me fait hurler de rire tant Larson est fortiche pour se moquer des hommes préhistoriques, des animaux, des voisins, du chien de Pavlov...
Avec le temps, il y a peu de BD que je relis avec attention sans me lasser. En fait, il n'y en a que deux : Calvin & Hobbes et The Far Side Gallery.
Parce que raconter une histoire drôle en une seule case, c'est déjà un exploit. Mais le faire en me faisant rire à chaque fois, c'est un miracle qui a pour nom Gary Larson.

Série télévisée


Le choix de Cédric : Six Feet Under
J'ai dévoré les 5 saisons de Six Feet Under d'un seul trait. Pourtant, à lire le pitch, ce n'était pas gagné. L'histoire d'un croque-mort gay et de sa famille, ce n'était pas une proposition gagnante. Et pourtant... Je me suis accroché à la douce folie de la famille Fisher dès le premier épisode.
C'est à la fois une chronique familiale et la découverte d'un milieu entrepreneurial très mésestimé. C'est bien écrit, superbement joué, très bien réalisé, si bien que les épisodes glissent à une vitesse folles et que l'on prend plaisir tout au long des 63 épisodes. C'est bien simple, j'ai versé ma petite larme lors du final de la série.

Le choix de Philippe :
Cette année, j'ai suivi les conseils de Cédric. Je n'ai donc vu que des séries déjà chroniquées ici : the Wire, the Tudors. Je ne vais pas faire une nouvelle fois un panégyrique de Kaamelott, donc je passe.

Roman

Le choix de Philippe : le Royaume blessé
De 2009, je retiens quatre livres : Janua Vera, de Jaworski, Luna Park de Bret Easton Ellis, et le Royaume blessé de Laurent Kloetzer. C'est ce 3e que je choisis finalement de mettre à l'honneur, parce que de Janua Vera et Luna Park, tout le monde a déjà amplement parlé, et The Terror avait déjà été mis à l'honneur par Cédric l'année dernière.

Avant d'être abonné au flux RSS de Laurent Kloetzer, je le suivais déjà en tant qu'auteur, et ce depuis Mnémos 1e époque, chez qui était paru Mémoire vagabonde, un roman de Fantasy-Renaissance dont l'ambiance faste et décadente me faisait penser à Venise, ses doges, son carnaval, ses bals... Puis il y avait eu la Voie du Cygne, une magistrale enquête exploitant la symbolique du jeu de l'oie se déroulant dans le quartier très particulier de la Petite Dvern (décrite dans Casus Belli n°23 de la nouvelle formule).

Le Royaume blessé se déroule dans le même univers que les deux précédents romans de Kloetzer, mais alors que les précédents privilégiaient l'atmosphère urbaine et se déroulait autour de la ville de Dvern, le Royaume blessé embrasse un monde entier, continents, mers et océans, et se déroule sur plusieurs décennies. On y suit deux intrigues entremêlées. La première est l'ascension dans la société impériale, civilisée et raffinée, d'un jeune homme, le narrateur, qui se prend de passion pour l'histoire des keltes, un peuple tribal évidemment inspiré de nos celtes. C'est l'histoire de l'un d'entre eux, Eylir Ap'Callaghan, que le narrateur va reconstituer au grè des rencontres avec ceux qui l'ont cotoyé, et c'est cette seconde intrigue qui constitue l'autre intrigue du roman. Ce roman-gigogne mêle la fantasy recherchée du récit du narrateur, dans lequel on retrouve des thèmes et des questions chers à l'auteur, et les épisodes de la vie d'Eylir qui sont autant d'hommages aux épisodes de sword & sorcery des pulps. Les deux se répondent sans cesse, les interventions du narrateur annonçant ou reprenant les thèmes de la biographie d'Eylir. A cela s'ajoute les nombreux hommages plus ou moins cachés à l'âge d'or de la sword & sorcery (à Robert E. Howard, évidemment, mais aussi à Moorcock, à Leiber, ou à David Calvo ;-). Au final, Laurent Kloetzer a prouvé que, contrairement aux allégations de Bob, oui, on peut faire de la fantasy épique en un seul volume, à la fois hommage aux classiques et résolument moderne. Chapeau bas.


Le choix de Cédric : Conan
Les lecteurs fidèles de ce blog savent déjà que j'ai été attiré par Lovecraft, Lieber et Howard cette année. Une sorte de quête des origines. C'est donc fort naturellement Conan qui a été le plus marquant pour moi cette année du point de vue romanesque. La réédition des nouvelles originales par Bragelonne et le travail de remise en contexte a été une très belle occasion de combler mon inculture en la matière. J'ai découvert le contexte éditorial du pulp, la dure vie d'écrivain dans les années 30 et un héros qui n'est pas seulement un champion du monde de bodybuilding. Ce que j'ai trouvé fascinant également, c'est la porosité entre les nouvelles de Lovecraft et Howard. Ce n'était pas un univers partagé, mais il y avait comme un écho entre ces deux écritures, comme s'ils partageaient la même névrose malgré la distance.
Je trouve toujours que les gens qui écoutent la BOF de Conan en boucle sont des bourrins, mais je suis bien content d'avoir pu lire les nouvelles à l'origine de ce mythe barbare.

Film


Le choix de Cédric : Moon
Réalisé par le fils de David Bowie pendant un énième mouvement de grève du cinéma, Moon est un film simple à l'ambiance délicieusement rétro. Sam Rokwell y incarne un homme isolé pendant 3 ans sur la Lune pour faire tourner une usine énergétique. Il se retrouve confronté à lui-même (dans tous les sens du terme) en espérant son retour sur Terre où l'attendent femme et enfant.
Il y a du This is Ground Control to Major Tom dans ce film très épuré qui fait des clins d'oeil à 2001 Odyssée de l'espace. Pour une petite production, les décors extérieurs sont très bons et l'atmosphère d'enfermement de la base lunaire très bien rendue. J'ai été sous le charme, c'était comme un long épisode de la Quatrième dimension, la couleur en plus.



Le choix de Philippe :
En dehors de films d'animations vus en famille (l'Age de Glace 3, Là-haut) et des films de Clint Eastwood, je ne crois pas avoir vu grand-chose en 2009. Si l'on ajoute aux raisons familiales le fait que les différents sites de VOD ne fonctionnent pas dans l'univers Apple, on comprendra que là aussi, j'ai assez peu de conseils à donner...

Jeu

Le choix de Philippe : la danse des oeufs


Grâce à la ludothèque municipale, nous avons testé cette année en famille des dizaines de jeux, assez pour remplir les colonnes d'un blog entièrement consacré au sujet. Des jeux coopératifs, des jeux d'adresse, des jeux de mémoire, de tout ! Mais si je ne devais en retenir qu'un, ce serait celui-là. Le concept est simple : on lance un dé pour savoir comment attraper un oeuf (en le lançant, en criant "cocorico" le premier), et si on réussit on en lance un deuxième pour savoir où le coincer : sous l'aisselle, entre les jambes, sous le menton... Et on continue, jusqu'à ce que l'un des joueurs laisse tomber ses oeufs. Ca se joue à 4 maxi en théorie, mais faites comme nous : achetez plusieurs boîtes pour y jouer à 10, à partir de 4 ans.



Le choix de Cédric : Space Hulk
Je suis retombé en adolescence en tuant de l'alien dans les couloirs sombres d'un vaisseau perdu dans l'espaaace. Le souvenir de mes après-midis passés sur Space Crusade me sont remontés à la figure avec cette nouvelle édition de Space Hulk qui est magnifique et très marrante à jouer. On dégomme du genestealer comme Sigourney Weaver dans Aliens, on prie pour que notre arme ne s'enraye pas et on avance au coeur des ténèbres. Le grand retour gagnant d'un classique du jeu de plateau.

Blog

Le choix de Philippe : Fantasy au petit-déjeuner
Cette année, j'ai été plus présent dans les commentaires des blogs que dans les colonnes du mien. Je suis tout content de la dynamique et des liens qui se créent et permettent de vraies discussions, et beaucoup de blogs - sur la Fantasy ou non - sont très bien alimentés, en quantité comme en qualité. Cependant, je tire un coup de chapeau à Fantasy au petit-déjeuner, qui a réussi à créer un rendez-vous régulier autour d'un concept amusant : un livre de Fantasy critiqué en vidéo au moment du petit-déjeuner. Je suis d'ailleurs jaloux du concept, et c'est pourquoi je réfléchis à un nouveau blog, révolutionnaire, que j'intitulerais "Fantasy à l'apéritif". Salvek, tu n'as qu'à bien te tenir !


Le choix de Cédric : Boulet
Oh, je sais, ce n'est pas original. Mais Boulet me plait car il ne fait pas du dessin politique. Quand il raconte ses histoires, j'ai l'impression qu'il est dans ma tête, comme dans Dans la peau de John Malkovitch. J'attends les mises à jour de son blog avec la fébrilité d'une fan de Twilight en train de mouiller sa petite culotte devant le poster d'un beau ténébreux, je le confesse.



La grosse déception de l'année


Le choix de Cédric : Le final bâclé de Battlestar Galactica
S'il y a bien eu un scandale cette année c'est la fin ratée de Battlestar Galactica. Quatre saisons magnifiques gâchées par une explication finale plus bancale qu'une zyglute (certains comprendront cette allégorie). Que de frustration après que la série ait fait monter la sauce pendant tant de temps. À mes yeux, c'est aussi criminel que Highlander II.
Le vraie génie, ce n'est pas seulement de raconter une bonne histoire, c'est de savoir retomber sur ses pieds à la fin. Si seulement j'avais cessé de regarder la série 10 épisodes avant la fin officielle... j'avais alors un final pessimiste qui au moins ne trahissait pas 4 ans de fidélité télévisuelle.

Le choix de Philippe : la fin des Malazan Books of the Fallen
Steven Erikson promettait beaucoup. Chacun des tomes de sa série était à la fois plus ambitieux et plus intimiste que le précédent, et il semblait avoir trouvé l'équilibre entre "high fantasy" et "dark-gritty-truc fantasy". Chaque année sortait un nouveau pavé, mais - peut-être en raison du rythme de parution trop rapide ? - les derniers tomes s'engluent dans une action de plus en plus ralentie, les innombrables personnages se fondent les uns dans les autres en une série de stéréotypes caricaturaux, et les gimmicks deviennent des tics d'écriture agaçants. Du coup, je n'ai même pas acheté le tout dernier tome : j'attends la fin de la série, en poche, pour y revenir.

Ce que l'on a aimé détester

Le choix de Philippe : Lost, la Fantasy de gare, Cédric pour sa productivité et son talent, et à peu près tout ce sur quoi Bob a écrit.

Le choix de Cédric : l'omniprésence de Facebook/Twitter dans la sphère sociale, la nouvelle mode des vampires à l'eau de rose (dont les fans ont le regard aussi vide qu'une poule décapitée quand vous leur parlez de Bram Stocker, Anne Rice ou Deneuve et Bowie dans Les Prédateurs), la mode soudaine des polars nordiques, les romans à suspens qui tentent de copier le Da Vinci Code en mettant en scène le trésor des Cathares du 13ème évangile des Roses-Croix de la confrérie maudite de la malédiction du complot des Templiers francs-maçons d'obédience anachorète, les livres qui reçoivent des prix littéraires mais qui font rien qu'à me décevoir, les livres de fantasy avec des couvertures plus kitsch que la garde-robe des Deschiens... J'arrête là sinon on va croire que je suis un personnage de Jean-Pierre Bacri.