29/11/2011

Black Man



L'Humanité a évolué. À mesure que la société s'est féminisée, les cueilleurs ont éliminé les chasseurs. Un consensus social sous forme de pax femina. Et puis des biologistes chinois ont eu une idée : créer des soldats en réintégrant des gènes chasseurs. Des bébés in vitro à l'atavisme hyper masculin. Des hommes, des vrais. Câblés autrement. Individualistes, insensibles, intraitables… incontrôlables. Après avoir été employés comme chiens de guerre sur différents fronts, ces inadaptés (surnommés les trifouillés ou treizes) ont été déportés sur Mars et pratiquement tous été interdits de séjour sur Terre. Et justement, Carl Marsalis est un trifouillé. Il a tout vécu : les missions louches comme mercenaires, le séjour sur Mars où la réalité n'est pas tout à fait à la hauteur de la propagande coloniale, les séjours en prison. Marsalis est de retour sur Terre et a le droit d'y séjourner car il a accepté une mission : chasser les autres trifouillés en vadrouille sur Terre. Et justement, un treize vient de débarquer de Mars après avoir mangé tout l'équipage de sa navette. Marsalis connait bien ce genre de monstre puisqu'ils ont le même patrimoine génétique.

Black Man est un roman qui aborde donc un peu la question de l'atavisme. Sommes-nous condamnés à agir selon nos gènes ? Les trifouillés ne sont pas les seuls anormaux de ce monde futuriste, il y a aussi des variantes bonobos ou hibernoïdes, eux aussi condamnés à la haine des humains non-trafiqués. Marsalis est un petit salopard dans son genre, sans état d'âme. Évidemment, il va croiser une femme qui va le brasser, parce que l'OGM humain a un cœur malgré tout. Mais il va surtout passer son temps à laisser sa violence intrinsèque exploser. Les scènes de combat se suivent et se ressemblent. Richard Morgan ne lésine pas quand il s'agit de détailler les nombreuses bastons et les scènes de sexe racoleuses. À oui, parce qu'évidemment, les femmes sont attirés par les trifouillés et les hommes les détestent, c'est viscéral. L'enquête est bordélique à souhait, inutilement tarabiscotée. On suit un tueur en série dont on n'a rien à foutre, et les traditionnelles magouilles corporatistes qui servent de retournement final sont un passage obligé du cyberpunk, certes, mais du coup l'intrigue est bancale au possible.

J'avais adoré Carbone modifié (Philippe avait détesté) du même auteur, puis je m'était emmerdé avec ses suites. Black Man n'arrive pas à retrouver la magie du premier roman : son univers est vide. Une énième variation des États-Unis divisés entre Jésusland et une Bordure plus libertarienne. Mais tout ça manque cruellement de véracité. La mafia péruvienne est originale quand elle débarque, mais on se rend compte qu'elle n'a aucune profondeur. Le décor est en carton-pâte. Mars ne sert qu'à justifier un art martial à basse gravité. C'est creux. Le lecteur ne peut pas vraiment s'incarner dans Marsalis, puisqu'il est par essence en opposition avec notre nature molle de cueilleur. Black Man est au final une pâle copie de Blade Runner qui n'apporte rien de neuf sur la question de la post-humanité. Un énième bouquin cyberpunk qui aurait plus sa place dans la collection Shadowrun.

PS : ce roman a gagné le prix Arthur C Clarke en 2008. Ouille.

7 commentaires:

  1. Je le savais bien, que le succès de Carbone Modifié n'était dû qu'à ce qu'il se comparait flatteusement à un roman Shadowrun.

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  2. Je suis d'accord que le contexte est plus intéressant que l'intrigue et que l'auteur abuse de "fuck", mais j'ai personnellement trouvé le beaucoup plutôt pas mal.

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  3. totalement hors sujet mais a la suite de la vue de ce trailer http://www.elbakin.net/fantasy/news/John-Carter/15893-John-Carter-:-le-trailer-complet-est-arrive, je souhaitais savoir si les bouquin dont son inspiré le film son bien ?
    Reno

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  4. Anonyme1/12/11

    si je ne m'abuse, on nous a promis de parler de Marid Audran en ces murs et on attend toujours. On nous ment, on nous spolie.

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  5. @ Atreyou : je n'ai pas lu ces bouquins, et je crois que Philippe est complètement à l'ouest en ce moment.

    @ Anonyme : je ne me souviens pas avoir évoqué Gravité à la manque (que je n'ai pas lu). J'avais promis de lire Tous à Zanzibar, mais le livre m'est tombé des mains très rapidement.

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  6. Anonyme2/12/11

    oops, la promesse était de Philippe.

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  7. Les bouquins de John Carter sont datés, évidemment, mais ce sont des classiques des romans d'aventure. C'est un plaisir de lecture un peu comme de lire du Jules Verne, quoi.

    Pour Marid Audran, effectivement, je suis à l'ouest, mais je n'ai pas oublié (ça se passait dans les commentaires sous ma contre-critique de Carbone modifié, Cédric).

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