31/08/11

Munin parle de CLEER (sous un faux nom)


Cédric avait déjà parlé de CLEER de notre voisin de blog Laurent-de-chez-Smith-en-face. Un an après tout le monde, j'ai écrit ma propre critique, mais en choisissant un angle différent de celui utilisé habituellement ici. Pour cette raison, ma critique figure sur mon blog "pro", sous mon vrai nom, à cette adresse : http://www.modeli.fr/cleer/2011/08/31. Mon prochain billet reviendra à des trucs plus classiques : de la Fantasy, des héros avec des épées, des batailles, tout ça.

26/08/11

Demain, à l'aube, je franchirai le Rubicon


Bon, fini de rire. Wastburg est officiellement en vente chez les libraires. Si vous avez une librairie de quartier, vous pouvez susurrer à votre bien-aimé vendeur des mots tendres tels que "Wastburg, de Cédric Ferrand, ISBN 978-2-36183-061-8". Il en sera tout retourné.

Si vous préférez utiliser l'internet, de multiples sites vous permettront de craquer en quelques clics : Amazon.fr, Fnac.fr, Decitre.fr... Vous avez le choix.

Vous pouvez même le commander directement sur le site des Moutons électriques (les frais de port y sont gratuits).

Vous avez un iPad ou une tablette du même acabit ? La version ePub est en cours de production et devrait être prête avant la fin de l'année.

Et aussi, jusqu'au vendredi 9 septembre minuit, Elbakin.net organise un concours avec 10 exemplaires de Wastburg à gagner.

Je rappelle que le prologue et le premier chapitre sont lisibles gratuitement pour se donner une idée du roman.

Pour mémoire, Wastburg peut être classé dans la catégorie des romans de fantasy, plus précisément du médiéval-fantastique. L'action se déroule dans une cité (Wastburg) coincée entre les deux bras du delta d'un fleuve. À l'ouest, le Waelmstat, royaume en fin de règne dont le trône vacillant est disputé par des princes tous plus consanguins les uns que les autres. À l'est, la Loritanie, une terre d'autant plus étrange que personne ne s'intéresse vraiment à elle, pas même ses habitants. Wastburg est la zone tampon entre ces deux peuples. C'est une cité-franche, un espace de liberté qui se débat pour garder son autonomie.
Le récit change de point de vue à chaque chapitre, mais tous les protagonistes ont un point en commun : ils sont membres de la Garde. Qu'ils patrouillent dans les rues sordides de Wastburg, qu'ils soient matons dans les geôles ou qu'ils fassent payer les taxes, ils sont tous témoins ou acteurs d'une série de manigances qui vise à destituer le burgmaester, le maître de Wastburg. Car ça fait très longtemps que cet homme domine la cité, à un tel point que personne ne se souvient de comment il est arrivé au pouvoir.
Action, enquête et magie... Les ingrédient de Wastburg sont classiques et empruntent beaucoup aux écrits de Fritz Leiber (Lankhmar). Il n'y a ni elfe ni dragon, c'est une fantasy plus terre à terre. Le style de l'écriture est rigolard, avec un usage un peu gaillard de l'argot pour décrire une cité tantôt hilare, tantôt lugubre.

21/08/11

Le Faiseur d'histoire


Michael Young est doctorant en histoire. Et pas un bon. Sa thèse sur la prime jeunesse d'Adolf Hitler est mal foutue, il va se planter. Sa petite-amie Jane, qui bosse sur la création d'une pilule capable de stériliser les hommes, le quitte avec pertes et fracas. Ça ne va pas bien pour Michael. Il va croiser par hasard le chemin d'un scientifique en avance sur son temps mais écrasé par la culpabilité, et de leur rencontre va naître une idée folle : envoyer une pilule stérilisatrice dans le passé pour empêcher la naissance d'Hitler. Mais le Temps est capricieux. Retord. Tout ça va merder, mais à grand échelle.

Alors oui, remonter dans le temps pour tuer Hitler, c'est le b.a.-ba de la SF. La fantasy a son jeune paysan qui se découvre prince d'un royaume spolié par son oncle maléfique, la SF tient absolument à tuer Hitler. Il y a des idées fixes, comme ça. Mais Stephen Fry n'écrit pas juste un histoire de voyage dans le temps, son uchronie est l'occasion de parler de la vie étudiante anglaise, des différences culturelles entre l'Angleterre et les États-Unis, de l'évolution de société vis-à-vis de l'homosexualité, de l'héritage familial... Son histoire est très bien montée, avec juste ce qu'il faut de retournement sans verser dans le grand n'importe quoi historique. On grince des dents en voyant la couverture en se disant que ça va être le festival du point Godwin, mais Fry est trop malin pour faire de son Le Faiseur d'histoire un livre racoleur sur le nazisme.

Si j'ai une chose à lui reprocher, c'est certains passages du livre où la narration classique laisse place au récit sous la forme d'un script de film. Non seulement ça n'apporte rien à l'histoire, mais ça laisse un désagréable goût de résumé. Comme si Fry n'avait pas été inspiré pour écrire ces passages importants de l'intrigue et qu'il se contentait de les survoler. C'est dommage car j'aurais aimer entendre ce que ses personnages avait à penser sur ces évènements plutôt que d'assister au scène de loin par ce stratagème.

Le livre se termine sur une post-face qui fait le tour de la carrière de Fry. Cet homme a une vie incroyablement riche et malicieusement contradictoire. Je suis sorti de cette excellente lecture avec la ferme intention de regarder l'intégrale de A Bit of Fry and Laurie, de Blackadder et de Jeeves and Wooster et de suivre régulièrement son site.

15/08/11

Pour atteindre l’inaccessible étoile

À la base, c’est Gromovar qui a posté une réponse à une question rhétorique de Sylvie Denis :
Pour quelle raison bizarre et irrationnelle des êtres humains adultes, responsables et occidentaux, pourvus pour la plupart de conjoints et de progéniture, de métiers, de positions sociales même, enfin bref, des gens comme vous et moi, lisent-ils des histoires d'empires galactiques, de batailles spatiales, d'aventuriers stellaires et autres fariboles situées dans des futurs aussi lointains qu'improbables ?
Et bien moi, ce qui m’intrigue, c'est que personne ne remet en cause les habitudes de lecture des amateurs de littérature blanche. Comment expliquer que des femmes intelligentes et émancipées puissent lire Katherine Pancol ? Que des gens qui votent et font du compost acceptent volontairement de lire Jean d'Ormesson ? Que des personnes s'administrent volontairement un livre de Franz-Olivier Giesbert sans y être obligé par un jugement du tribunal ? À mon sens, c'est là que réside la vraie incongruité.

Ainsi, ça serait à nous, amateurs de SFFF, que reviendrait le fardeau de la charge. Mais qu'y a-t-il de si sidérant à vouloir, l'espace de 500 pages, échapper au tumulte de la semaine de la mode, du dernier off faussement transgressif lâché pendant la visite du salon de l'agriculture ou des entrevues complaisantes de David Pujadas servant la soupe à qui mieux-mieux ? Vous croyez que je me reconnais dans un livre où Stéphane Bern dresse le portrait des chienchiens d'un Ostrogot à particule ? Que je me sens concerné par le dernier prix Femina ou n'importe quelle autre boursoufflure germanopratine ? Il faudrait que j'achète le dernier Christine Angot pour être considéré comme un français moyen ? Que je lise de l'autofiction racoleuse ou un livre pondu par Amélie Nothomb en 3 nuits d'insomnie ?

J'ai tout de suite pied quand je m'immerge dans les univers de China Miéville. C'est écrit avec un talent rare et il y a une idée géniale par page. Et vous voudriez que je retourne au gruau littéraire en m'infligeant un Orhan Pamuk sur la déliquescence de l'amour dans l'Istanbul de 1975 ? Vraiment ? Que je me cogne une pastorale de Pascal Sevran, comme ça, gratuitement ? Qu'est-ce qu'il y a de si enlevant dans un roman sur les chats d'Anny Duperey ? Quelle révélation je loupe en ne lisant pas le dernier Pierre Assouline ? La lecture de "L'Accro du shopping attend un enfant" va-t-elle m’aider à supporter la morosité de la vie de bureau ? Les aphorismes boiteux de Paulo Coelho feront-ils de moi un meilleur être humain ? Je ne pense pas.

Chacun sa came. Moi, c'est la SFFF. L'espace d'une anthologie, je vis en Cimmérie. La semaine suivante, je furette dans le dédale des couloirs de Gormenghast. Je frissonne d'effroi et de froid en lisant le Terreur de Dan Simmons. Entre deux enquêtes du juge Ti, Asimov m'explique comment pourrait fonctionner les circuits d'un robot ou une utopie socio-probabiliste. Pendant ce temps, Robert Charles Wilson fait se télescoper des univers entiers sans oublier de mettre en scène des personnages touchants. Alors excusez-moi de ne pas être capable de savourer Guillaume Musso. De renâcler devant les souvenirs d'enfance de Guy Carlier. Mais il y a Cory Doctorow qui est en train de m'expliquer que le futur c'est maintenant. Fritz Leiber veut me raconter comment le Souricier gris et Fafhrd ont dilapidé leur or dans les bordels de Lankhmar. Des mondes incroyables. Des aventures extraordinaires. Des auteurs talentueux. Mais, Patrick Poivre d'Arvor, non merci.

Imaginer l’ailleurs. S’y croire pour quelques heures. Faire comme si. Parce que les nouvelles anxiogènes nous submergent. Parce que l’ordinaire nous assiège. Parce qu’inventer ces terres lointaines nous oblige à penser en dehors de la boite. Et que pendant ce temps-là, on ne traine pas au PMU.

D'autres répondent à cette question :

13/08/11

Naked


David Sedaris est un drôle de zigoto qui se présente nu au lecteur. Nu dans le sens où, à travers 17 nouvelles, il nous raconte sa vie de banlieusard en Caroline du Nord, son héritage grecque, ses études un peu merdiques, ses expériences de vie toujours foireuses, son homosexualité, ses étranges relations avec sa famille... Le tout servi avec un plume douce-amère qui dézingue des personnages incroyables tout en dessinant un portrait acidulé de l'auteur. Il ne s'épargne jamais, racontant des anecdotes sincères mais qui déboulent systématiquement sur des situations abracadabrantes comme quand Sedaris décide d'imiter Jack Kerouac en compagnie d'une fille tétraplégique ou qu'il découvre qu'il aime les garçons alors qu'il est dans une colonie de vacances en Grèce. C'est féroce, c'est intime, c'est écrit avec brio. Sedaris a le don pour vous embarquer dans ses histoires de famille (son père est ingénieur chez IBM, sa mère est l'incarnation du sens de la répartie), pour vous peindre l'appartement de sa grand-mère en deux coups de cuillère à pot et d'arriver à vous faire rire avec les premières menstruations de sa soeur. Naked offre les tranches de vie de Sedaris avec une rare authenticité. Qu'il fréquente un camp de nudistes, qu'il repeigne un appartement avec un faux esclave noir ou qu'il vous explique les derniers jours de sa mère, David Sedaris sait vous raconter ça comme si vous y étiez. C'est une vraie vie américaine.

Quelque part, c'est la rencontre (assez improbable) entre l'écriture cynique de Shalom Auslander (pour ce regard critique sur l'univers qui l'entoure et les expériences de jeunesse un peu folles) et Tina Fey (car ils ont en commun cette obsession du mono-sourcil grecque et cet art de l'auto-dérision consommé).

L'auteur a écrit sept autres recueils qui mélangent histoires inventées et anecdotes personnelles, dont en particulier les efforts de Sedaris pour vivre en France sans parler un mot de Français.