03/07/2012

Opération Utopie



Loin de la mégapole, trois résistants qui ne se connaissent pas apprennent à travailler de concert pour mener à bien une mission : exfiltrer une pensionnaire d’un asile discret du bord de mer. Il y a Mary, volontaire mais minée de doutes suite à la mort de son amour de résistant. Il y a Henri, fonctionnaire plus habitué aux réunions de comités sectoriels qu’aux barbouzeries. Il y a Jérôme, un peu paumé mais bien intentionné. Et ils apprennent sur le tard à se faire confiance tandis que de multiples dangers les guettent. Il y a les agents, les pions d’un système que nos trois héros cherchent à renverser. Il y a un mystérieux tueur qui sévit dans la région. Et puis cet asile qui héberge des patients hors du commun.

C’est donc une histoire classique de résistance. Réseau. Mot de passe. Coup de feu dans la nuit. Opération Utopie, c’est Philip K. Dick fait de la résistance, une grande vadrouille où Big Moustache est remplacé par de l’Ubik. Ce sont les Twisted 50’s, une dystopie où les états ont été phagocytés par les Agences. Où l’humanité attend l’arrivée promise des extraterrestres. Où l’administré bien propre sur lui ignore qu’à l’ombre des gratte-ciels de verre et d’acier, des hommes et des femmes ont décidé de faire vaciller une société étouffante où le destin d’un être humain est déterminé par la note qu’il obtient au Concours. Un monde avec des guerres coloniales lointaines, des quotas de production et des mots comme Ordre, Progrès et Discipline gravés au frontispice des bâtiments administrés par les différentes Agences. C’est le décor du jeu de rôles RétroFutur dont Opération Utopie est en quelque sorte la scène d’ouverture.

Et donc Tristan Lhomme écrit une histoire qui doit embrasser tous les éléments-clés de l’univers. Une intrigue qui montre à la fois le scénario-type du jeu (vous incarnez des résistants qui luttent contre le système) et qui brosse le décor de jeu à grands coups de rouleau. Du surnaturel. La mafia. Des planques. Une ville infinie. Une technologie impossible. Une administration oppressante. Il n’est pas là pour faire dans le détail, il doit tout montrer, comme une visite du musée du Louvre au pas de charge. Ça ne veut pas dire que c’est mal écrit pour autant : malgré les limites imposées par l’exercice d’exposition de l’univers, Tristan Lhomme raconte une solide histoire de cavale avec du drame, des dilemmes et des trahisons. On embarque dans son récit, et à la fin du livre, on veut jouer à RétroFutur pour prolonger la visite de ces Twisted 50’s qui ont eu la mauvaise idée de sombrer avec Multisim.

J’ai hâte de lire un autre livre de Tristan Lhomme. Un roman moins rôlistique où il pourra prendre le temps de développer ses personnages à sa guise sans devoir vendre un décor de jeu. Car ce qu’il arrive à écrire sous contrainte laisse présager de belles choses quand il aura toute sa liberté. Et ça tombe bien, je le crois devenu très libre.

3 commentaires:

  1. Oooh, je me demandais ce qu'il devenait. Il a écrit des romans fantasy / SF pour enfants-ados qui sont très sympas et qui évitent de filer Harry Potter à un enfant qui n'aime pas lire de gros livres ^^;

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    1. Je pense que tu confonds avec Jean-Luc Bizien.

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    2. Ah, bah non, même pas. Avec Erik L'Homme. *facepalm* oui, bon, autant pour moi, j'ai pas beaucoup dormi récemment.

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