06/08/2012

Récits cruels et sanglants durant la guerre des trois Henri



C’est Gromovar qui ne cesse de faire de la pub pour Jean d’Aillon sur son blog (le bougre a même réalisé une entrevue très intéressante avec le monsieur). Il faut dire qu’ils ont des points communs : ce sont des économistes de formation et des fonctionnaires. Sauf que Jean d’Aillon se fait payer pour ses textes, contrairement à Gromovar. Et le romancier est un si bon économiste que lorsqu’il a compris que ses romans rapportaient plus que son traitement mensuel, il a abandonné la fonction publique pour devenir écrivain à temps plein. Comme quoi, ça sert, les études.

Récits cruels et sanglants durant la guerre des trois Henri est un titre qui ne ment pas au lecteur : ce sont effectivement trois histoires on l’on maltraite des gens.
Dans Le capucin exorciste, on suit une enquête qui fait suite à la mort d’un drapier. Cette histoire m’a fait penser à l’affaire Seznec car l’intrigue ressemble un peu à ce qui se serait passé si la fille de Quéméneur était partie sur les routes pour élucider la mort de son père.
Le faux-monnayeur bouilli tout vif est une courte histoire qui donne la part belle au travail du bourreau et aux magouilles monétaires. C’est du pain béni pour moi qui adore ce genre d’embrouille et de drame. Ça aurait pu se passer à Wastburg, c’est certain.
Mourir sur les chemins de Compostelle raconte comment un groupe de pèlerins pas si catholiques se fait méticuleusement étriper par le Bécut, un loup-garou, en terres protestantes. Un texte qui fait penser à La Compagnie des menteurs.

Jean d’Aillon a le coup de main pour vous raconter l’époque, c’est indéniable. Et même s’il évoque et met en scène les grands de ce monde, il raconte dans ces histoires des vies très ordinaires. Des spadassins en rupture de ban. Des marchands sans le sou. Des repentants. Des bourgeois avec les yeux plus gros que le ventre. Si j’ai un reproche à lui faire, c’est que ses enquêteurs sont interchangeables tant ils sont plats. Je n’ai sincèrement rien retenu de ces personnages qui meuvent l’enquête. Et puis le volume d’écriture de l’auteur à la faiblesse de sa force : on se retrouve souvent avec des notes de bas de page qui renvoient à d’autres romans. On sent bien que tout est dans tout, c’est intéressant de voir que les histoires sont imbriquées les une dans les autres, mais c’est également un brin casse-pied car on a l’impression de débarquer dans la 3ème saison d’une série sans avoir vu les épisodes précédents. Ce n’empêche nullement de comprendre l’histoire, c’est juste qu’on a le sentiment de ne pas avoir toutes les cartes en main.

Mais après cette première expérience d’Aillonesque, c’est à coup sûr un auteur que je vais suivre car il sait trousser une intrigue et rendre son décor passionnant. J’en ai lu, des polars historiques écrits par des fonctionnaires qui s’ennuient, et ils finissent invariablement par ressembler à des cours d’Histoire déguisés. Jean d’Aillon n’est pas de ce bois, bien au contraire. Si on apprend des choses, c’est parce que ses histoires sont aussi intéressante que l’Histoire.

3 commentaires:

  1. Content que ça t'ai plu.

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  2. Pour avoir lu pas mal de romans historiques et de polars historiques (et, au total, plus de mauvais que de bons), je dois dire que les romans de Jean d'Aillon sont, à mes yeux, un peu au-dessus de la moyenne. En particulier parce qu'il a su ancrer certains d'entre eux dans des décors qui n'étaient pas systématiquement ceux de Paris. Il a joué avec l'histoire locale, et notamment celle du sud-est de la France, de la Provence.

    Pour autant, les romans que j'ai lus de sa plume ne m'ont pas tous emballé. J'ai même trouvé que, dans certains, il tirait à la ligne. Généralement, j'en ai trouvé la lecture assez agréable, mais jamais vraiment prenante.
    Et, contrairement à toi, Cédric, j'ai buté sur le travers qui fait que je n'arrive pas à être totalement emballé : la propension de Jean d'Aillon à se lancer, dans certains de ses romans, dans des cours d'histoire et de géopolitique, soit dans le corps du texte, soit dans les dialogues entre personnages. Chez lui comme chez les autres auteurs du genre, je trouve ce procédé artificiel, et ça me fait momentanément décrocher du récit.

    Pour autant, les intrigues et les récits ont une saveur certaine, alors je me laisse aller à acheter un Jean d'Aillon de temps en temps.

    Un des romans qui caractérise le mieux ce que je ressens de l’œuvre de Jean d'Aillon est La ville qui n'aimait pas son roi (le 3ème tome de sa trilogie des guerres de religion, La guerre de trois Henri, tome qu'une bonne âme m'avait prêté ; je n'ai pas lu les deux premiers tomes, et la lecture du 3e ne m'a pas donné envie de m'y plonger) : la "petite" Histoire mêlée à la "grande", des personnages et des décors bien détaillés donnant une véracité et une vitalité notables au récit, et une touche un peu caricaturale des personnages, en une sorte d'héritage des romans-feuilletons de cape et d'épée où les gentils sont gentils (et beaux) et les méchants sont méchants (et souvent laids, d'où leur penchant pour la méchanceté).

    Jean d'Aillon, c'est, à mes yeux, moins bon que le Robert Merle de Fortune de France des débuts, mais meilleur que le Robert Merle du milieu et de la fin.
    Mais ça n'a pas le mordant du Néropolis de Monteilhet ou la truculence des Fosses carolines de Cavanna.

    Cela dit, tous les mauvais goûts (dont les miens...) sont dans la nature !

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    1. Je pense que mon enthousiasme est dû au fait que c'est mon premier livre du monsieur, du coup je n'ai pas encore vu les ficelles ni eu trop l'impression d'être assis dans un amphi d'Histoire.

      On verra bien à longue s'il tient la distance.

      Merci pour les titres cités, je vais voir si je peux trouver ça à Montréal (je doute).

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