27/09/2012

Trilogie new-yorkaise



La Trilogie new-yorkaise de Paul Auster est une sorte d’Inception littéraire. Composée de trois romans enchâssés les uns dans les autres, elle confirme l’idée qu’un écrivain écrit toujours le même livre car les trois histoires parlent de détectives un peu amateurs qui surveillent leur cible et finissent par perdre pied avec le réel et à douter de leur propre identité.

Dans Cité de verre, Quinn est un auteur de polar qui fuit toute publicité personnelle. Il se cache derrière un pseudonyme. Un jour, quelqu’un le prend pour le détective Paul Auster. Il accepte le qui pro quo et se met donc à vivre dans les traces du héros de ses romans en enquêtant sur un vieux bonhomme qui a eu des idées très arrêtées sur l’éducation de son fils. Quinn, plongé dans une affaire déstabilisante, va perdre les pédales entre ses différentes identités qui vont se télescoper. Cette histoire fait de multiples références à Don Quichotte, avec une très belle thèse de l’auteur qui pense que Quichotte se moque de son entourage en simulant la folie pour voir jusqu’où ses proches iront pour l’accommoder dans son délire. Ça entre évidemment en résonnance avec la trajectoire troublée de Quinn qui s’y perd un peu à force de prétendre être un autre.

Dans Revenants, Blanc engage Bleu pour filer Noir. Or ce dernier ne fait rien de son emploi du temps, si ce n’est écrire. Bleu écrit régulièrement des rapports à son client, mais l’ennui et la monotonie vont enflammer son imagination et l’inviter à inventer une intrigue bien plus complexe qui pourrait expliquer cette enquête barbante. Et si Noir et Blanc était la même personne ? À force de se poser des questions et de délirer, Bleu va patiner dans la choucroute et commencer à sérieusement entamer son capital de santé mentale.

Dans La chambre dérobée, c’est l’histoire d’un pigiste polyvalent qui voit un jour débarquer la femme de son meilleur ami d’enfance avec qui il a perdu tout contact. L’ami a disparu en laissant derrière lui des manuscrits et des consignes précises : s’il pense que les œuvres sont éditables, qu’il les fasse publier et qu’il partage l’argent avec sa veuve. Mais l’amitié d’antan, qui était asymétrique, va continuer d’écraser notre pigiste qui se retrouve à jamais dans l’ombre (et le lit) de son vieil ami. Surtout quand il se met à vouloir écrire une biographie sur le disparu.

Il y a de l’intertextualité entre ces trois histoires, c’est un peu trois variations autour d’un même thème. S’il y a un truc que Paul Auster n’aime pas, ce sont les explications. Le lecteur est très souvent laissé en plan au milieu du mystère sans savoir pourquoi tout ça part de traviole. L’auteur s’en moque : il est là pour raconter le vertige identitaire de ses personnages de l’intérieur. Il faut accepter l’idée qu’Auster se joue autant de nous que de ses personnages.

Je ne sais toujours pas si j’ai aimé cette trilogie. Cédric l’a apprécié, le lecteur un peu moins, mais moi j’ai été trop souvent insatisfait par le manque de réponse. Toutefois le rédacteur du blog ne semble pas d’accord avec les autres.

3 commentaires:

  1. "Cité de verre", notamment, ça troue le popotin, tout de même.

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  2. Ca fait longtemps que je veux découvrir Paul Auster. Maintenant je sais par où commencer :)

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  3. Moi de mon côté, j'avais beaucoup aimé.

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