25/10/2012

Chien de faïence



Tout commence quand un mafieux propose un drôle de marché au commissaire Montabalno : ce truand à la terrible réputation souhaite se rendre, mais il veut que la police y mette les formes. Pour pas qu’on dise qu’il s’est rendu en lâche. Et en même temps, il y a un vol étrange dans un supermarché de Vigata. Et une histoire de grotte… Tout ça finira par raconter une histoire très ancienne qui permettra à Andrea Camilleri d’évoquer la Sicile de la seconde guerre mondiale.

Cette seconde enquête est aussi passionnante que la première, La forme de l'eau. Montabalno s’incarne plus, on commence à voir que sa dépendance à la bouffe est une part importante de sa personnalité. Il ne veut surtout pas monter en grade, il a pour ami d’enfance le tenancier d’un bordel à ciel ouvert, son amante qui vient du nord a bien du mal à le cerner. Cette série est un délice. Elle parle de mafia sans cliché à la con, elle met en scène une Sicile honnête avec elle-même. Une salope vertueuse, une vraie.

Et il est impossible de parler des bouquins de Camilleri sans évoquer le cas de son traducteur : Serge Quadruppani. Car Camilleri utilise grosso-modo trois niveaux de langue : l’italien, le sicilien et l’italo-sicilien. Si les deux premiers se traduisent assez classiquement, c’est le troisième qui demande une belle gymnastique à Quadruppani. Il doit arriver à transmettre au lecteur français l’inconfort de proximité que le lecteur italien a en lisant les enquêtes de Montabalno. Et il réussit cet exploit en incorporant un soupçon d’argot méridional (mais pas trop, car comme il le dit lui-même, il ne veut pas faire du Pagnol), en conservant les inversions grammaticales originales (le héros ne dit pas « Je suis Montabalno » mais « Montabalno, je suis »), en usant d’une conjugaison parfois hasardeuse (mais pourtant totalement justifiée) et en dénaturant les mots comme le font les adjoints parfois très imbéciles du commissaire (qui disent « pirsonne » au lieu de « personne »). J’adore aussi la manière de parler des témoins qui disent « Mon fils, il fait le médecin à la capitale ». Le tout donne un enfer pour prof de français. On a parfois l'impression d’avoir entre les mains un exemplaire non relu. Certains dialogues osent un savoureux sabir italo-marseillo-pas-de-chez-nous qui sonne juste à mes oreilles qui n’y connaissent rien à la Sicile. C’est du travail d’orfèvre. Chapeau bas, monsieur Quadruppani.

1 commentaire:

  1. "bouquins d Camilleri"
    "comme le fond" ?
    "On a parfois le moment d’avoir entre les mains un exemplaire non relu"
    je confirme que c'est le cas avec ce billet :-)
    cela dit, ça donne tout de même envie de le lire !

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