13/11/2012

Bone de Jeff Smith


J'entends souvent parler de réticence à l'égard de la série Bone de Jeff Smith (9 tomes disponibles en VF et une intégrale en un volume disponible en VO) à cause des graphismes simplistes des personnages principaux (les cousins Bone, qui donnent leur nom à la série). Ces personnages, dont les courbes rappellent les personnages du Peanuts de Charles Schultz, évoluent dans un contexte graphiquement réaliste, parmi des personnages humains et monstrueux qui ne rappellent en rien ce style de bande dessinée humoristique.

C'est regrettable. Ça n'a pas empêché Bone de trouver son public aux US, mais je soupçonne que ça a rendu la commercialisation en France compliquée. Après tout, c'est compréhensible; on a beau dire qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture, difficile quand on achète une BD de ne pas se former une impression avant tout graphique. Le clash inattendu entre ce style cartoon et le trait réaliste peut rebuter au premier abord. Et pourtant, comme dans l'Usagi Yojimbo de Sakai, au bout de 15 pages on oublie complètement cette particularité, parce que les personnages sont superbement croqués, et l'histoire rapidement prenante. 

Difficile de parler de Bone et de vous convaincre que c'est une BD exceptionnelle sans en raconter l'histoire et pourtant le faire serait vous gâcher le plaisir. Disons sans rentrer dans le détail que les cousins Bone (Fone Bone, le "héros" généreux et naïf, Phoney Bone, avare et manipulateur et Smiley Bone, guilleret et dingo) sont chassés de Boneville suite aux malversations de Phoney Bone. Alors qu'ils sont perdus au milieu d'un désert de rocaille, une pluie de sauterelles les propulse dans une vallée luxuriante et riante, au moins en apparence. Mais dès le début, on sent qu'une menace rode, même si les habitants de la vallée - et en particulier la jolie Thorn dont Fone Bone tombe éperdument amoureux - ne s'en rendent pas compte.

D'une certaine manière, Bone est un hommage subtil au Seigneur des Anneaux dans le sens où l'univers patiemment décrit et qui charme le lecteur par sa poésie - sa magie, disons le mot - glisse lentement mais surement vers une fin apocalyptique. Hommage, mais pas copie. Le talent de Smith est dans le rythme du récit qui, lorsqu'il risque de devenir anxiogène est rehaussé par une touche d'humour (que ce soit le dernier plan à la noix de Phoney Bone pour s'enrichir, un poème d'amour rose bonbon écrit par Fone Bone pour Thorn ou les considérations culinaires des Stupid Stupid Rat Creatures qui ont mille occasion de dévorer les succulents et dodus Bones au fil du récit...)

Parce qu'au-delà des apparences suggérées par le choix graphique cartoon des personnages principaux, Bone n'est pas une bande dessinée pour enfants. Non pas que les enfants ne puissent la lire, ils y trouveront certainement leur compte. Mais il y a là une profondeur, un tragique qui passera sans doute au dessus de leurs jolies têtes blondes pour par contre marquer profondément les adultes.

J'ai relu la série récemment d'un bout à l'autre. Ma dernière lecture complète datait d'il y a presque dix ans, autant dire que si j'avais des souvenirs assez précis des premiers tomes, j'ai complètement redécouvert les derniers, et je suis tombé de nouveau sous le charme d'une des bande dessinées les plus originales des années 90. Alors ne vous laissez pas rebuter par un mélange graphique pour le moins surprenant, laissez vous porter par le récit, le bonheur est garanti. 

6 commentaires:

  1. Je suis fan de Bone, je les ai tous depuis leur sortie en N&B, et j'ai même hésité à les racheter en couleurs. C'est vrai que mes enfants aiment les chiper pour les lire, mais beaucoup de choses leur passe au-dessus de la tête. Cependant, ils sont fascinés, et un peu effrayés, par le récit (le seigneur des criquets a été à l'origine de quelques cauchemars).

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  2. Je fais partie des Ostrogots qui n’arrivent pas à passer outre la couverture.

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  4. Moi non plus mais tu viens de me le vendre!

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  5. Oui, oui, 100 fois OUI, superbe série !
    J'ai réussi à trouver les derniers tomes qu'il me manquait en occasion il y a quelques mois, j'ai ENFIN pu découvrir la fin de cette série. Par contre c'est le bazar dans la parution française, les tomes couleurs/noir-et-blancs se ressemblent comme deux gouttes d'eau mais ils n'ont pas le même découpage de chapitres.
    Gare aux rats-garous amateurs de quiche...

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  6. STUPID, STUPID RAT CREATURES!

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