24/01/2013

La cité des jarres


Erlendur est un commissaire islandais. Divorcé, il voit très rarement son fils et à des rapports compliqués avec sa fille, une droguée notoire. Un jour, il est appelé sur une affaire somme toute banale : un homme solitaire a été retrouvé assassiné chez lui. Erlendur fouille dans la vie du gars et découvre assez vite que c'était un violeur n'ayant jamais été condamné pour son forfait. De là, la mort du criminel impuni va mener le commissaire à brasser de la vieille merde que tout le monde avait gentiment laisser se sédimenter (et je crois que c'est ce qui est montré sur la photo de couverture).

La cité des jarres (aucun rapport avec Maurice et Jean-Michel) est un polar très classique sur le fond et dans la forme. Un flic dépressivo-solitaire qui mène l'enquête sans écouter ses collègues, en envoyant chier sa hiérarchie et en se dépatouillant avec une situation familiale emmerdante au mépris de sa santé personnelle, on en trouve treize à la douzaine. D'ailleurs pour être franc, les images mentales que je me faisais d'Erlendur finissaient systématiquement par prendre l'apparence de Kenneth Branagh incarnant Kurt Wallander tant les flics scandinaves sont tous interchangeables à mes yeux d’Ostrogoth. Et puis, désolé, mais le nom Erlendur me donnait l'impression à chaque phrase que j'étais en train de lire du Tolkien. Mais ce que je reproche le plus narrativement, à Arnaldur Indridason, c'est l'indifférence qu'il a pour les subalternes d'Erlendur. On ne sait rien d'eux, ils se contentent d'être là, sans épaisseur, sans réelle existence. Ça manque cruellement de densité. Et même si l'intrigue centrale est basée sur une particularité islandaise très précise (que je tairais), j'ai trouvé le livre très peu islandais. Bon, en même temps je méconnais tellement l'Islande que je suis bien en peine de vous dire à quoi devrait ressembler un bouquin islandais, mais là à part des noms très locaux et deux ou trois anecdotes, je ne me suis pas senti embarqué dans cet ailleurs insulaire. C'est sans doute que l'auteur s'adresse à ses compatriotes, il n'a donc pas besoin de décrire une Islande faite de clichés pour les gens comme moi, mais je pensais découvrir un pays et je n'ai rien appris de bien neuf sur cette île.

Au passage, l'enquête est assez intemporelle (il y a des ordinateurs, des portables, des voitures, mais on ne sait pas trop si c'est les années 90 ou 2000) jusqu'à ce que l'auteur parle de Netscape, ce qui ancre immédiatement le récit dans le passé. C'est dingue comme un mot peu suffire à rendre un texte vieillot.

10 commentaires:

  1. Pas terrible cette série, même assez ennuyeuse...

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  2. Assez curieusement, j'aime bien... C'est très lent et assez classique dans ses prémisses, mais petit à petit il y a une ambiance hivernale qui se pose, et qui devient de plus en plus oppressante au fil des bouquins.

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  3. Pitié. Les trucs avec Erlendur, c'est écrit sous Nembutal...

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  4. Premier et dernier livre de cet auteur, pour ma part... Assez raccord avec ce qui a été écrit : chiant et pas immersif.

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  5. Pour le moment, j'ai beaucoup apprécié chacun des livres que j'ai lu de l'auteur. Notamment parce qu'il prend son temps et ne succombe pas à non plus à la tendance du rebondissement à la louche. Concernant ses subalternes, la part qui leur est consacrée évoluera au fil des ouvrages, Arnaldur Indridason allant même jusqu'à leur laisser "le premier rôle" dans les deux derniers titres parus (La Rivière noire et La muraille de lave).

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  6. En même temps, c'est clair que si on veut du rom'pol où ça pétarade, c'est pas le genre de la maison... Après, "chiant et pas immersif", franchement je suis pas d'accord. C'est une affaire de goût, et en ce qui me concerne je n'ai trouvé ça ni chiant, ni manquant de profondeur. Bon, c'est une suite, avec des personnages terriblement normaux et sans traits hors du commun, qui évoluent dans un monde morose qui ne les intéresse pas vraiment. Petit à petit, on découvre les petites rancoeurs, les défauts misérables de quelques collègues, on voit qui sont les chevaliers usés et les connards pas assez malins pour sortir du lot. On voit la famille de Erlendur, ce qu'il en reste, son histoire banale, et petit à petit le malaise autour de lui prend forme.

    Bref, moi j'aime bien, na.

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  7. Mon billet ne le montre peut être pas assez, mais je n’ai pas détesté.
    J’aime cette langueur scandinave, toutefois je ne vois rien de neuf par rapport à Wallander.

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  8. Dans les deux ou trois premiers tomes, c'est vrai que c'est proche de Wallander, et je pense que ce n'est pas pour rien que les deux sont souvent comparés. Mais là où Wallander est un vivant aux problèmes personnels très contemporains, Erlendur est plutôt un fantôme d'un autre temps, un dépressif qui n'arrive même plus à promener son spleen dans les paysages lunaires de l'Islande, tellement il est déphasé et complètement paumé. Wallander est un mec banal, et assez attachant dans ses failles très humaines, Erlendur est un mort vivant, fragile, qui ne comprend plus rien à la vie et que tout ennuie (et dont l'état s’aggrave de titre en titre...)

    Enfin voilà ce que je pense de tout ça. Faudrait une fois que je prenne le temps de parler des bouquins que je lis...

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  9. D'abord, merci à Cédric pour cette chronique, j'hésitais depuis un moment à me lancer sur du Indridason, et je vois que ce n'est pas ce dont j'ai envie, en tous cas en ce moment.

    Ensuite, j'ai lu plusieurs Wallander, mais je suis rarement transcendé. Je trouve finalement que l'adaptation de la BBC rend beaucoup mieux l'ambiance et le personnage que les bouquins eux-mêmes. Bizarre, non?

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    1. Je suis bien d'accord avec toi, Ben : je préfère regarder Branagh incarner Wallander que lire les bouquins.

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