20/01/2013

Philby


Philby est sans doute le transfuge le plus emblématique de l'occident. Le brillant élève de Cambridge qui part soutenir les Viennois en 34 avant d'épouser une communiste juive. Puis il couvre la guerre d'Espagne, ce qui lui donne les lettres de noblesse nécessaires pour entrer aux services secrets anglais, ce qui lui permettra d'approvisionner les Russes avec des secrets encore plus croustillants. Le livre s'attache à sa jeunesse, pour montrer comment il aurait été recruté à son retour de Vienne et comment ses différents agents de liaison ont travaillé pour le faire monter en grade afin d'accéder à des réseaux plus intéressants. On en apprend finalement peu sur les 4 autres Magnificent Five, mais le portrait du provoquant Guy Burgess est délicieux. L'accent est également mis sur la folie systémique russe qui s'invente des traîtres à la chaîne et massacre ses agents les plus fidèles. Philby n’apparaît pas comme un héros dans le récit, mais la théorie principale de l'auteur est que la trahison de l'anglais était une idée de son père (un triclassé espion explorateur ornithologue qui s'est converti à l'Islam) afin que les Russes l'exfiltrent et lui donnent des responsabilités plus grandes en URSS, ce qui lui aurait permis d'accéder à des secrets encore plus enfouis. Ce n'est pas une théorie inintéressante, mais elle donne l'impression que Littell cherche à dédouaner Philby, comme s'il essayait de nier sa trahison. Il y a des passages un peu faibles (comme la rencontre entre Philby et de Gaulle), mais c'est au final un court roman (280 pages) qui livre la marchandise avec un vrai portrait d'espion en jeune homme, comme le promet le sous-titre.

Ça donne envie de lire l'autobiographie de Philby (My silent war)

3 commentaires:

  1. J'ai essayé de lire un autre roman de Little (l'hirondelle avant l'orage) mais je le trouvais écrit avec des sabots de plomb. Celui-ci ne me tente pas plus, en conséquence...

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    1. Je trouve qu'avec Littell, la matière arrive souvent à sauver l'écriture. Mais c'est vrai qu'il faut un peu se faire violence avec le style.

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  2. Celui-ci est bien écrit avec un style narratif original.

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