23/05/2013

Cloud Atlas de David Mitchell



Je n'ai pas vu le film Cloud Atlas récemment sorti sur les écrans, mais j'en ai pas mal entendu parler au point que, en attendant d'avoir l'occasion de le voir je me suis lancé dans la lecture du bouquin (le titre Français est Cartographie des Nuages). J'ai mis presque deux semaines à finir le bouquin, avec au final une opinion mitigée, le sentiment que l'ambition de l'auteur était peut-être au-delà de ce qu'il a été capable de produire.

Et clairement, de l'ambition il y en a. Cloud Atlas n'est pas un roman linéaire, c'est une série de six histoires faiblement liées sinon chronologiquement, qui sont toutes exposées (sauf l'histoire centrale) en deux parties. Les histoires se suivent d'abord de manière ascendante chronologiquement, puis de manière descendante si bien que l'on termine avec le dénouement de la toute première histoire.

Cette construction, évidemment, n'est pas faite pour faciliter la lecture. Elle rappelle un peu les exercices de construction d'un Calvino, mais sans la volonté avouée de jouer sur la forme, ce qui fait qu'on s'interroge un peu au final sur l'intérêt réel, au-delà du tour de force qui n'est (comme mentionné plus haut) que partiellement réussi à mon sens.

Chaque histoire - à l'exception peut-être de la quatrième dont le personnage n'est pas très intéressant et le contexte pas engageant - est prenante en elle-même. The Pacific Journal of Adam Ewing est le journal de bord d'un avocat du 19è siècle qui a du se rendre en Australie pour affaires et embarque sur l'Île de Chatham (à l'ouest de la Nouvelle-Zélande) vers la Californie. Letters from Zedelghem est une nouvelle épistolaire qui raconte l'exil dans la Belgique de l'entre-deux guerres d'un jeune compositeur de bonne famille britannique bisexuel et manipulateur. Half-Lives, the First Luisa Rey Mystery est un roman d'enquête journalistique sur l'implantation d'une centrale nucléaire sur la côte américaine peu après Three Miles Island. The Ghastly Ordeal of Timothy Cavendish raconte la déchéance et la rédemption d'un éditeur véreux de la scène londonienne contemporaine. An Orison of Somni ~451 se situe dans un futur indistinct; c'est un témoignage enregistré par un clone serveur de restaurant qui a brisé son conditionnement psychologique et a atteint l’ascension. Enfin, Sloosha's Crossin' and Ev'rythin' After est le récit oral d'un vieil hawaïen rescapé de la Chute: il raconte sa jeunesse et la fin de sa communauté pacifiste aux mains des sauvages Kona.

La force de chaque récit est non seulement dans ce qu'ils racontent - et il faut reconnaître à Mitchell à l'exception possible sus-mentionnée un vrai talent pour rendre des personnages très disparates intéressants et intriguants - mais aussi dans leur construction très différente et un travail poussé sur le langage. A l'exception peut-être de l'histoire de Luisa Rey pour laquelle ça n'est pas marquant, chaque histoire a sa langue propre, entre l'écriture empesée du 19è, le jargon londonien upper class de Cavendish, la langue déformée par la société corporatiste de Somni ~451 et l'Anglais décrépit d'après la Chute. C'est un moyen d'immersion puissant et qui fonctionne bien.

La faiblesse de Cloud Atlas n'est pas tant dans les histoires elle-mêmes qui sont presque toutes de bonne tenue, mais dans l'articulation entre les histoires. On attend longtemps de percevoir un lien autre qu'une mise en abyme un peu artificielle (chaque récit référence le précédent d'une manière ou d'une autre) et une connexion ténue entre les personnages centraux que je ne vous dévoilerais pas. Il manque un thème fort qui puisse s'imposer au fil des histoires. Il existe, il y en a même peut-être plusieurs, mais ils ne sont pas suffisamment lisibles pour emporter le lecteur au-delà des ruptures répétées entre les récits.

Au final, je suis tout de même content d'avoir lu le bouquin, c'est une expérience différente et Mitchell doit certainement être loué pour cette volonté de faire autre chose, autrement. Néanmoins je ne reste pas convaincu qu'il ait réussi son pari. Du coup, je vous laisse seuls décider si vous êtes suffisamment intrigués pour donner sa chance à Cloud Atlas ou si l'absence de continuité est un obstacle que vous ne pensez pas pouvoir surmonter...

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