23/09/2013

Le Cycle de la Mort Rouge


Je m'étais promis de ne plus écrire de billets sur des merdes littéraires pour ne pas devenir l'Odieux connard de la SFFF, mais manque de bol, quand j'écris j'ai une furieuse tendance à lire des mauvais titres, sans doute pour me rassurer en me comparant. Je sors donc de ma réserve bloguesque pour parler du Cycle de la Mort rouge, une trilogie qui m'a fait hurler "Mais c'est pas possible un ramassis de conneries pareil" à chaque page. Et il y en avait plus de 900, des pages.

Or donc, une nuit, un vampire capable de mettre son corps en feu apparaît dans une boite de nuit et improvise un méchoui avec ses congénères qu'il réduit en cendres. Et il recommence le lendemain dans une autre ville. Et encore une autre fois. Du coup plusieurs personnes vont se mettre à enquêter pour comprendre qui est ce vampire mystérieux et comprendre ses motivations (et il y a du boulot sur ce dernier point, croyez-moi, car l'auteur lui-même ne semble pas trop le savoir). Évidemment, rien n'est ce qu'il parait de prime abord : complot international, trahison de dernière minute, amouuur impossible et murènes mutantes (oui, oui) seront au menu. 

Je vais avouer un truc tout de suite : j'avais déjà lu cette série de Robert Weinberg quand j'avais 20 ans et que je vibrais en lisant Vampire : la Mascarade. J'avais A-DO-RÉ. Et je ne cache pas qu'en relisant cette trilogie, il y avait chez moi une volonté de retrouver cette passion juvénile en embrassant la rétro-littérature. Hélas, comme les compilations des meilleures musique de films jouées sur synthétiseur, il est des choses qu'il faut laisser reposer dans le passé.

C'est donc une histoire de vampires, mais on se retrouve bizarrement à ne pas suivre des personnages vampires. Un détective humain qui sert de véhicule à l'esprit d'un vampire endormi, un mage juif gros-bill, des jumeaux mystérieux... Et les personnages vampires sont majoritairement issus des clans non affiliés à la Camarilla, du coup c'est sans doute la série de livres la moins bien foutue pour comprendre cet univers. Ce qui caractérise les personnages de cette histoire, c'est leur niveau de puissance : ils sont tous ultra bourrins. La riche et belle milliardaire peut arrêter le temps. La Giovanni est la plus grande tueuse du clan. L'Assamite est la plus efficace dans son domaine. Le mage est le type le plus puissant du monde. C'est une surenchère permanente qui devient risible au bout de trois chapitres. Évidemment, plus l'histoire avance, plus l'auteur est obligé d'en rajouter pour maintenir le suspens artificiel : non, la belle milliardaire avec des super-pouvoirs n'est pas morte dans l'explosion finale du premier volume : elle s'est réfugiée dans une capsule de secours de la NASA qu'elle avait planqué là avant la rencontre avec le Méchant.

Les décors sont risibles (le summum étant la description de Paris, où les gens sont tous décrits comme des connards, où le vampire du coin s'appelle Jean-Paul et où le plus vieux vampire de la place se nomme... Phantomas), les dialogues surexplicatifs particulièrement lourdingues (Quoi ? Vous êtes donc une momie, un être millénaire dont le corps ne peut pas être détruit suite à un puissant sortilège ? C'est bien ça ?). Mais c'est sans compter sur les tics d'écriture de Robert. Les personnages ont tous un surnom. La fille, c'est La Dague des Giovanni. Alors l'auteur, pas con, au lieu de d'écrire "dit Machine" il met systématiquement "dit Machine, la Dague des Giovanni". Avec Trucmuche, le cappo di tutti capi, c'est l'enfer. Car l'auteur semble persuadé que le lecteur à la capacité d'attention d'un poisson rouge : il est constamment en train de répéter les choses. Trois fois. En souligné. Gras. Et le truc bien, c'est qu'il ne s'embarrasse pas de littérature : quand les vampires utilisent leurs pouvoirs, il ne fait dans le poétique ou l'allusif : il cite texto le nom de la discipline telle qu'elle est décrite dans le livre de base. Mieux, il indique aussi les limitations : hop, ce pouvoir ne dure que 15 minutes, c'est dit, c'est fait. C'est limite s'il n'indique pas la difficulté des actions des personnages entre parenthèses.

Évidemment, l'intrigue est tarabiscotée comme il se doit à Vampire. C'est Untel qui se fait passer pour un vampire de tel clan pour faire croire à ses infants qu'il est mort alors qu'en fait il cherche à contrôler le Sabbat pour que la Camarilla ne réveille pas les... C'est rempli de "Mais en fait j'avais tout prévu à l'avance, je savais que tu savais que je ne savais pas, donc..." Et l'intrigue rebondit de capitale en capitale en arrivant à ne jamais donner vie aux endroits visités. Les montagnes de Bern, les catacombes de Paris, St-Louis : c'est tout pareil. Juste un prétexte pour raconter comme la bombasse assamite qui s'habille court va tuer le méchant mafieux qui tue des enfants. Je ne perds même pas mon temps à vous parler de la goule panthère, de l'assassin qui utilise des explosifs et des pièges à la D&D qui protègent l'antre de Phantomas (allez, si, il y a un piège qui fait tomber les intrus dans un bac d'acide).

Le final à la Scoubidou est risible ("En fait, c'est moi le comte de St-Germain, vous ne vous en êtes jamais douté, hein ?"), on se demande juste pourquoi l'auteur n'y est pas allé franco en ajoutant des loups-garous en plus des ninjas italiens. C'est en lisant les remerciements de la fin qu'on comprend : l'auteur y remercie son fils de lui avoir expliqué le Monde des Ténèbres. C'est donc un écrivain pas tenté qui a écrit une trilogie décomplexée en se basant sur les explications de son adolescent de fils. Ça explique bien des choses.

C'est donc une lecteur totalement indispensable si vous voulez être mis le nez dans vos fantasmes boutonneux de Vampire. Les romans arrivent à superbement retranscrire nos premiers errements vampiresques où les citations de Václav Havel nous faisaient chier car ce qui comptait c'était de savoir combien de dégâts aggravés pouvait faire un Gangrel. Ce n'est pas le Vampire : la Mascarade du Succubus Club, c'est celui de Diablerie au Mexique. Et ça fait mal.

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