07/12/2013

Perfect unrevised


Joe McDaldno avait déjà signé Monsterhearts, un jeu que j'affectionne tout particulièrement sans y jouer. Perfect est une autre de ses créations, un jeu de rôles dans la tendance des story games, à savoir un jeu de rôles sans MJ se déroulant dans un monde victorien dystopique. Un monde guindée où les citoyens ont troqué leurs libertés contre un ordre social stable et régulé. Un chouette endroit où la guerre c'est la paix, où la pudeur est obligatoire. Hélas, ce monde parfait ne convient pas aux PJ, qui sont tous des criminels qui ne supportent pas ce ordre moral, ces ligues de vertu et cette chape de plomb permanente. Artiste anarchiste, justicier de la nuit, poseur de bombes, agitateur... Ils vont essayer de faire péter le système de l'intérieur tandis que des agents tout de noir vêtus (façon Matrix) vont essayer de les attraper, les briser mentalement et les reprogrammer pour qu'ils rentrent dans le droit chemin.

Et donc, les uns après les autres, les PJ commettent un crime, se font poursuivre par la maréchaussée, se font sans doute chopper, résistent ou non à un interrogatoire vicelard pour finir par retourner dans leur quotidien morne avant de fomenter un nouveau crime, pour avoir l'impression de vivre un instant. L'enchaînement des scènes forme un cycle qui se répète jusqu'à ce que le criminel soit définitivement reprogrammé (à la Orange mécanique) ou qu'il devienne un héros (à la V pour vendetta) qui inspirera d'autres déviants. Et quand un joueur décrit son crime infâme, un autre joueur incarne les forces de l'ordre, disposant de ressources (et de points à investir) pour essayer de lutter contre les contacts du criminel et les éventuels sociétés secrètes qui l'aident à faire son indigne besogne.

Et je le dis comme je le pense : l'ambiance qui se dégage de ce jeu est géniale. En quelques pages, l'auteur esquisse un monde oppressant me faisant penser au jeu vidéo Dishonored. Il y a des règles de vie étranges, un ordre social bien aliénant comme il faut... Et y incarner des criminels me fait immanquablement penser à RétroFutur. La mécanique est finalement simple, le découpage en scènes aident à construire un récit fidèle à l'esprit de Fahrenheit 451 et 1984. Il ne faudrait pas oublier Brazil pour l'inspiration.

Mon seul inconfort à la lecture, c'est que chaque joueur incarne un criminel, mais ces personnages subversifs ne sont pas reliés entre eux par le jeu. Il manque à mon goût un principe narratif qui les mette en relation les uns les autres. Peut-être un concours dément pour être le premier à atteindre le statut de héros. Car en l'état, ça manque de liant entre les PJ. C'est normal, Cadence, le monde où se déroule Perfect, favorise l'isolement de ces anomalies ambulantes qui sont perdu dans une mer d'indifférence. Mais pour le moment, j'ai l'impression que le jeu produit des histoires parallèles dans une étrange natation synchronisée (oui, c'est bien du Vincent Delerm). 

2 commentaires:

  1. Ca fait aussi beaucoup penser à du Dark City ta description !
    Alléchant en tout cas

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    1. Faudrait que je revois Dark City, car je n’ai gardé comme souvenir que les mutations du décor urbain et l’affrontement final à la Dragon Ball Z.

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