25/01/2014

Bliss Stage


Et puis un jour les Autres attaquent en passant par le rêve. Leur tactique est étrange : tous les adultes tombent en catatonie avec un air béat (bliss en anglais) sur la figure. Pas vraiment morts, en animation suspendue comme les compagnons d'Ulysse dans Ulysse 31. Et les gamins doivent alors apprendre à se débrouiller seuls dans un univers qui s'effondre sous les coups de butoir des Autres qui se manifestent maintenant sous la forme de grosses créatures destructrices.

On joue 7 ans après cette invasion onirique. Et on incarne des gamins survivants qui sont fédérés par le seul adulte du coin qui ne s'est pas endormi. En terrassant un Autre, ils ont récupéré une technologie étrange qui permet à certains de ces gamins de se projeter entre le rêve et la réalité et d'y matérialiser leurs émotions sous la forme d'un robot géant qui leur permet de lutter à armes égales contres les Autres. Sauf que les émotions des gamins, c'est instable. Et le combat est usant. Pour repousser les Autres, il faudra faire des sacrifices.

C'est donc un jeu de rôles narrativiste où les joueurs incarnent aussi bien des pilotes (ceux qui se plongent dans une cuve de gelée pour entrer en stase afin de se projeter à la fois dans le rêve et dans la réalité) que des ancres (ceux qui restent dans la réalité pour monitorer leurs collègues). On y jette les dés parfois pour savoir si le combat tourne à l'avantage des gamins ou des Autres, mais bien franchement, c'est pas compliqué. La gestion du robot géant est très légère, mécaniquement. On lance une poignée de dés et on décide où vont les dés pour déterminer si la victoire passe par une blessure ou un autre sacrifice. Le coeur du jeu, ce sont les relations entre les gamins, qui sont chiffrées et qui sont le carburant du robot. Ton épée gigantesque qui tranche les Autres en deux, elle est d'autant plus forte que ton lien avec ton petit frère est tenu. Ton bouclier est d'autant plus solide que ton amour pour ta petite copine est enflammé. Mais du coup, quand tu n'es pas en train de te battre, le soap entre les gamins fait varier les scores et modifient le profil du robot. Si tu romps avec ta copine parce qu'elle t'a trompé, ton bouclier va être vachement moins costaud la prochaine fois que les Autres vont t'attaquer. Le pire, c'est quand un autre pilote y passe : les autres encaissent alors des points de bliss qui vont immanquablement les pousser vers l'état léthargique des adultes.

C'est en fait un univers à fignoler soi-même. La nature des Autres est à décider collégialement par les joueurs. Le décor de jeu est celui où les joueurs se sont réunis pour jouer (dans mon cas, ça veut dire que la partie va quand même sacrément ressembler à Tribe 8). L'identité de l'adulte, les buts du groupe, ses ressources... Tout ça se décide en groupe, par consensus. Le but du MJ n'est d'ailleurs pas d'incarner l'opposition mais de faire émerger une entente entre les joueurs. La narration se construit encore une fois en groupe en décidant tous ensemble si la prochaine scène est un briefing de mission, une scène de récupération, une scène d'action... Les joueurs fixent eux-mêmes les objectifs du groupe (détruire les Autres, réveiller les adultes, fonder une nouvelle société...), donc le MJ n'a vraiment rien à préparer à l'avance.

Ne vous attendez pas à un système de jeu qui émule la survie dans un monde post-apo ou un truc qui détermine précisément la portée du poing-canon de votre robot : c'est tout géré à la louche, narrativement. Ce qui compte, c'est de raconter collectivement une histoire, pas de simuler dans le détail des combats à la Pacific Rim en se demandant combien ça fait de dégâts un coup de poing de robot géant. Les fans de Robotech ne retrouveront pas le plaisir de l'escalade de l'armement.

Mais si vous aimez incarner des gamins qui grandissent trop vite et qui luttent jusqu'au bout pour repousser une menace cauchemardesques (l'auteur conseille aux joueurs de s'inspirer de leurs pires rêves pour déterminer la nature des Autres), c'est parfait. Le livre est splendide, qui pis est. Il y a de nombreux exemples concrets sur comment articuler une scène ou utiliser une règle, c'est très clair. Et il y a des idées toutes simples pour avoir un rendu ludique excellent (comme nommer les personnages secondaires que l'on crée d'après nos amours de jeunesse afin de s'attacher émotionnellement à eux).

4 commentaires:

  1. Ca a l’air super original comme jeu ! C’est tiré d’un roman ou d’un manga ?

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  2. Réponses
    1. Et j'ajoute que l'univers (malgré de grosse différences) m'évoque une série animée dramatique que je recommande toujours chaudement : Bokurano.

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