11/01/2014

The Republic of Thieves


L'avis de Cédric

J'ai déjà lu de la fantasy écrit par un auteur dépressif : c'était quand Steven Burst divorçait dans la vraie vie et faisait subir la même épreuve à son assassin de héros, Vlad Taltos, dans Teckla. C'était d'un réalisme consommé, pour sûr. Ça n'en faisait pas pour autant de la bonne littérature, mais ça donnait au moins une situation dramatique rarement traitée en fantasy, c'était toujours ça de pris.

Puisque Scott Lynch avait publiquement parlé de sa dépression, je m'attendais donc à lire la prose d'un Michel Delpech de la fantasy, avec un Locke Lamora dont l'humeur fait le yoyo. Tout débute avec une situation grandiloquente : Locke est empoisonné, moribond. Et pour survivre, il doit dire oui à un contrat normalement inacceptable pour lui : mettre ses talents de menteur et d'escamoteur au service d'un parti politique afin de voler une élection dans un pays voisin de Camorr. Et comme toujours avec Scott Lynch, il y a une seconde intrigue, qui se déroule pendant la jeunesse de Locke, au cours de laquelle les Salauds Gentilhommes doivent monter une pièce de théâtre dans un autre pays lui aussi avoisinant Camorr. Évidemment, les deux intrigues sont reliées et se répondent dans le temps.

Je compare toujours les aventures de Locke Lamora à du Ocean's Eleven medfan car c'est vraiment ce que je viens y chercher : de l’esbroufe, un plan qui se déroule avec des accrocs et qui permet aux héros de montrer qu'en fait, ils avaient tout prévus depuis le départ et qu'en fait, tin-tin-tin, la débâcle momentanée faisait partie du plan. Et j'adore aussi Camorr, ce reflet de Venise avec les vestiges d'une ancienne civilisation basée sur le verre.

Et bien je n'ai rien lu de tel dans ce troisième opus. 9o% de l'intrigue se déroule hors de Camorr, dans des cités dont on ne sait rien ou presque et qui peinent à prendre vie pendant la lecture. C'est un vaste décor en carton-pâte. Je m'en serais moqué si j'avais eu mon content d'arnaques et d'épate. Hélas, sur ce point également, Scott Lynch ne livre pas la marchandise. Une campagne électorale semblait sur le papier un décor idéal pour des coups de bluff, de la manipulation à gogo, des coups en trois bandes et tout. Mais le résultat est faiblard. Des petites magouilles sans envergure. Je rêvais de Ocean's Eleven, j'ai eu droit à Marche à l'ombre. Surtout qu'à la fin, on comprend que cette élection n'avait finalement aucun enjeux réel. Ça rend l'intrigue encore plus risible et décevante. Quand aux passages au sein de la compagnie de théâtre, c'est là encore mou du genou. Deux trois clichés sur les acteurs, une arnaque ou deux mal branlées... Le soufflé retombe avant d'avoir le temps de monter.

En fait, le vrai but de ce 3ème volume, c'est de raconter une histoire d'amour impossible. Ce que Scott Lynch fait en long, en large et en travers. Mais c'est de la romance sur le mode "Je suis tombé amoureux au premier regard" avec du "Je t'aime moi non plus" à gogo. On sait dès le départ qu'ils vont conclure après une longue incompréhension, c'est cousu de fil blanc. Et mal écrit. C'est une succession de dialogues où Locke est maladroit et imbue de lui-même pendant que la demoiselle s'interdit de tomber amoureuse. C'est nunuche.

Et le bouquin finit sur deux trucs que je ne vais pas dévoiler en détails : une grosse révélation sur le passé de Locke (qui ne m'intéresse pas, son statut d'orphelin démerdard me suffisait amplement) et une bonne vieille prophétie des familles pour annoncer le contenu des 4 prochains bouquins de la série.

C'est peut-être moi qui ai changé depuis le second volume de la série. Si j'avais lu ce livre dans la foulée des deux autres, ça serait peut-être mieux passé. Là, au lieu de me laisser embarquer par Scott Lynch, je n'ai fait que voir les défauts du livre s'empiler. Je voulais sincèrement m'en mettre plein les yeux avec un récit hâbleur dans un décor que j'aime à retrouver. Et tout semble avoir été fait pour que je n'obtienne pas ce que je suis venu chercher. Comme si le livre était tellement en retard qu'il n'avait pas été travaillé par son éditeur.

L'avis de Philippe

Je suis globalement du même avis de Cédric, mais je nuancerais quelque peu son point de vue. Je crois que mon camarade-chroniqueur a été trahi par les souvenirs enjolivés qu'il avait des deux premiers. Ayant relu les deux premiers opus avant d'attaquer celui-là, je mettrais en perspective les trois récits.

Effectivement, il y a du "heist" dans cette série, mais finalement l'auteur emploie toujours le même canevas : Locke conçoit un plan ingénieux, mais en le mettant à exécution il découvre une situation compliquée et se retrouve pris entre deux feux, mais à la fin il réussit à échapper aux moyens de pression que ses ennemis ont sur lui et finit sur une pirouette. Locke est présenté comme une sorte d'Arsène Lupin de la Fantasy, mais tout ce que le récit montre, c'est une sorte d'improvisateur chanceux aux plans grossiers - avec à chaque fois la même justification "d'habitude, je fais plus subtil, mais là je n'ai ni le temps ni les moyens".

Il ressort de tout cela que le 3e tome a exactement les mêmes défauts que les 2 premiers, mais sans en avoir les qualités, la vivacité et un certain charme désinvolte. Le monde, à force de ne pas être expliqué, est surtout commode et générique : des mages tout-puissants incarnant à l'échelle mondiale le précepte "Ta Gueule C'est Magique"; une race antédiluvienne qui a de façon très pratique, disparu en laissant les ruines et les artefacts nécessaires aux ressorts de l'intrigue...

Je serais un tout petit moins sévère que Cédric sur l'histoire d'amour, qui finalement est l'aspect le plus frais et le plus attachant de cette histoire qui ne décolle jamais. Pour le reste, je me rends compte qu'il m'aura finalement 3 tomes pour percevoir ce que Le Pendu avait compris tout de suite. Je pense être parfois trop indulgent avec ces récits, décrits plus qu'écrits, qui viennent combler mes frustrations de rôlite du 29 février. Mon côté Bob, quoi.

7 commentaires:

  1. Bon ben dommage. Cette série de fantasy était ma préférée depuis le premier volume...

    RépondreSupprimer
  2. Ah oui, ça refroidit quand même.

    RépondreSupprimer
  3. J'attendais avec impatience ce troisième tome. Je le lirai quand même mais je pars du coup avec un sacré a-priori. La série a tout de même le temps de se relever.

    RépondreSupprimer
  4. Et bien ouf, je ne suis pas le seul à en avoir pensé EXACTEMENT la même chose. Mais alors VRAIMENT EXACTEMENT la même chose.

    RépondreSupprimer
  5. Pour l'instant je suis dedans et j'aime bien, mais c'est pas du même niveau que les deux précédents tomes malheureusement.

    RépondreSupprimer
  6. Un détail cependant, le tome deux ne se déroulait pas non plus à Camor... et pourtant il ne t'a pas autant déçus, non ?
    Même si je suis assez d'accord sur le décor bien plus pauvre que celui des précédents tomes ou pour ce qui est du manque de dynamisme des intrigues et autres coup fourrés.
    Juste quelques news en passant, l'auteur n'a pas l'air très chaud pour continuer lui même son œuvre et pense livrer le flambeau à d'autres auteurs pour qu'ils étoffent son univers.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C’est vrai pour le tome 2, ça ne m’avait pas gêné.
      Masi s’il passe la main sur son œuvre, ça donne clairement une idée de son manque d’intérêt pour sa propre création.

      Supprimer