15/03/2014

Le Baiser du rasoir


J'avoue, c'est en voyant plusieurs chroniqueurs citer Wastburg en parlant de ce roman que ma curiosité a été titillée. Parce que oui, c'est quand même l'histoire d'un ancien garde de Basse-Fosse qui s'est fait virer des forces de l'ordre pour devenir dealer de drogues. Et qui pis est, on le surnomme Prévôt. Pis y'a des histoires de magiciens qui protègent la cité. Et quand l'anti-héros décide de prendre sous son aile un gamin des rues, je commence à comprendre où les gens veulent en venir.

C'est donc du roman fantasy hardboiled. Prévôt se met dans les emmerdes, balance une vanne sardonique avant de se faire casser la gueule dans une ruelle. C'est rempli de l'exact montant de cynisme que vous imaginez : les riches sont des salopards, les gardes des crevures, les magiciens des bâtards... L'amour est décevant, seule l'amitié reste assez solide pour rester debout.

La fantasy et le noir sont tellement des genres convenus que leur mélange donne un truc prévisible au possible. Prévôt, le salopiaud qui a quand même bon fond sous des dehors de crevard, enquête sur la mort d'un enfant. Évidemment, ce n'est que la partie émergée d'un iceberg de merde congelée, le danger qui menace Basse-Fosse est bien plus grand que cela. Forcément, Prévôt va faire fausse route et se tromper de coupable : c'est un passage obligé. Inévitablement, le vrai coupable est celui que le lecteur n'est pas sensé soupçonner. Sauf que c'est si entendu comme mécanique, qu'à la seconde où l'auteur essaye de vous enfumer, vous savez qu'il ne faut pas regarder ce qu'il cherche à vous montrer mais plutôt vous attarder à son autre main, qui est en train de réaliser le tour de passe-passe. Et Daniel Polansky n'est pas un bon empalmeur.

Mais bon, un tour de magie, même connu, quand c'est bien réalisé, c'est toujours plaisant. Encore faut-il que l'habillage ne soit pas bâclé. Or Basse-Fosse, pas une seconde elle n'a pris vie sous mes yeux. Le héros avait beau fumer des joints de drogue inspirée par des noms fantasy, toute cette construction n'est qu'une grossière adaptation du noir à la fantasy. Avec ses Chinois fourbes, ses Noirs détestés, difficile de parler de dépaysement. Pire, le discours du héros sonne parfois affreusement moderne, comme quand il parle d'hypothermie (un mot créé en 1889, donc pas vraiment dans le ton). Ça donne au final un énième décor en carton-pâte avec une intrigue conventionnelle où les motivations du coupable paraissent aussi minces que le papier des clopes que le héros passe son temps à rouler pour coller aux clichés du genre. Restent les dialogues cyniques, évidemment.

5 commentaires:

  1. Pas mieux Mister Ferrand http://www.quoideneufsurmapile.com/2012/05/harry-potter-does-le-grand-sommeil.html

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    1. Ah ben oui, tiens, j'aurais dû copier/coller ton texte au lieu de tartiner le mien.

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    2. "Feignants de l'imaginaire" : l'expression colle effectivement très bien à ce phénomène, Gromovar.

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  2. c'est frustrant j'en suis au 3/4 du livre... donc j'ai pas envie de me spoiler en lisant ton point de vue ici....bon je vais me grouiller de finir.

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    1. ouep j'avoue la fin est totalement a chier ! c'est un roman passable.. il détend.. mais le coté monstre de l'au-delà à 3 francs six sous... franchement c'est un peu pourrave. et les drogue au nom à la con.."tarrasque" " souffle de farfadet" c'est tout naz...

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