17/03/2014

Tolkien et ses Légendes de Isabelle Pantin



J'ai toujours détesté les commentaires de texte quand j'étais étudiant. L'idée de disséquer une oeuvre et d'essayer à toutes forces de trouver dans la vie de l'auteur des concordances avec ce qu'il écrit m'a toujours répugné et déplu. Pourquoi, du coup, ai-je acheté Tolkien et ses Légendes, bouquin de 300 pages écrit petit sur l'oeuvre de Tolkien? Sans doute la surprise de voir ce genre d'ouvrage en poche dans ma librairie de quartier.

Finalement, je ne regrette pas ma lecture, même si elle a été ardue. Le plus difficile c'est l'absence d'un fil directeur: même si tous les chapitres sont intéressants par eux-mêmes et apportent de l'eau à la réflexion on ne sent pas de continuité dans le raisonnement, ce qui est un peu un comble pour une thèse. Je suis convaincu que si je n'avais pas connu très bien (pour l'avoir lu 5 ou 6 fois) le Seigneur des Anneaux et le Silmarillion, j'aurais rapidement décroché.

Mais finalement, comme indiqué plus haut, je ne regrette pas d'avoir tenu la distance. Récemment, suite au visionnage des films du Seigneur des Anneaux avec mes enfants, je me suis replongé dans le roman et j'y ai trouvé peut-être plus encore de plaisir que précédemment. Cette immersion totale qui provient du fait qu'on sent à toutes les étapes de la lecture que le décor, l'univers, n'est pas en carton pâte, qu'il n'a pas été créé de toutes pièces pour se conformer à la trame du roman mais qu'au contraire il la précède, c'est cela (entre autres) qui fait la magie et l'intemporalité du Seigneur des Anneaux.

Finalement, à la lecture de Tolkien et ses Légendes j'ai pu mettre le doigt sur certains des aspects de l'oeuvre qui me plaisaient particulièrement sans forcément avoir réussi jusque là à les articuler. Ce qui ressort de ce bouquin (et c'est là finalement sa thèse, qui est exprimée un peu plus clairement en conclusion) c'est que bien que Tolkien ne se réclame d'aucune influence littéraire classique, bien qu'il critique, voire dénigre les approches du Conte de ses contemporains, son oeuvre, le corpus que la thèse appelle le Legendarium n'est pas pour autant née de rien: Tolkien est, comme tous, le produit de son temps, de ses contemporains et de ses prédécesseurs. Il a créé les Terres du Milieu non pas comme exercice littéraire (dans un premier temps) mais comme un exercice de création qui n'est devenu un potentiel littéraire que plus tard. Ce sont autant l'influence de certains écrits (antiques ou plus récents) que le rejet d'une grande partie de la fiction de son temps qui ont forgé cet univers.

Au final, Tolkien et ses Légendes est un bouquin intéressant pour ceux qui voudraient creuser sur l'analyse de l'auteur et de ses pièces maitresses. Parce qu'il ne procède pas à une dissection des textes (ce que je craignais un peu) il ne les dénature pas, il les contextualise. Evidemment, c'est jargonnant à souhait, bourré de références à la littérature qui me sont passées au-dessus de la tête et parfois inutilement abscons, mais vu d'où je venais le fait que j'ai pu le lire est le signe que ça reste quand même assez largement accessible, et surtout intéressant.

Evidemment, je ne recommanderais sa lecture qu'à ceux qui non seulement apprécient Tolkien mais ont envie de l'analyser plus en profondeur, et je suis bien conscient que ça ne fait pas grand monde. Mais bon, pour une fois qu'on a une universitaire qui s'intéresse à un des univers qui a façonné la littérature qu'on aime, et qu'en plus elle produit quelque chose d'intéressant et de lisible...

1 commentaire:

  1. Ca doit vraiment être passionnant à lire ! Tiens, il va falloir que je relise la trilogie dans peu de temps...

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