30/04/2014

La découverte de l’Atlantide, de Dennis Wheatley (1936)


Épisode 8


Numéro 101 de la collection Fantastique / SF / Aventure, 1984

(la première édition française est de 1938)



En deux mots

En voyage à Madère, une jeune Anglaise, riche à millions et traînant un entourage encombrant, rencontre un scientifique allemand. Celui-ci possède une énorme bathysphère capable d’explorer les grands fonds et un navire aménagé pour la transporter sur zone. Mieux : après une vie de recherches, il pense avoir localisé l’Atlantide.

Seule difficulté : le financier sur lequel il comptait vient de laisser toute sa fortune dans un krach boursier. L’Anglaise se laisse convaincre d’investir, à condition de participer à l’expédition. Ils n’ont pas plus tôt pris la mer que leurs ennuis commencent…


Pourquoi c’est bien

Pour 1936, la bathysphère est juste à la limite de la science-fiction : huit places, assez d’air pour des plongées de longue durée, sans oublier un système de pinces et de foreuses lui permettant de poser des charges de dynamite (indispensable à l’archéologie sous-marine, la dynamite : quand vous trouvez un bâtiment atlante, faites tout sauter, puis recueillez les débris dans de grands paniers). Quant au navire d’escorte, il est doté d’un sonar primitif. C’est sympa de voir toute cette technologie en œuvre !

Le savant allemand n’est pas très sympathique, mais ce n’est pas un nazi, et les autres étrangers ne sont pas (trop) caricaturaux.

Au chapitre des regrets, les aventures de nos héros dans les profondeurs commencent un poil tard – il y a aussi une intrigue policière à la surface qui prend de la place.

En définitive, l’Atlantide proprement dite est un poil décevante : un grand jardin avec une douzaine de beaux jeunes gens en jupettes, le genre de décor qui aurait fait le bonheur d’une série télé des années 70. Comme de bien entendu, l’arrivée des gens de la surface va faire dérailler ce petit paradis.


Pourquoi c’est lovecraftien

On pourrait penser qu’avec un thème pareil, l’assimilation au mythe de Cthulhu serait instantanée, surtout qu’au gré des chapitres, s’y ajoutent des pieuvres mangeuses d’hommes et des « sirènes » préhumaines adorées par des Atlantes dégénérés. Le professeur baptise même « Dagon » la sirène géante qui mange d’un des membres du groupe, c’est dire.

Et pourtant, partant de matériaux identiques, Wheatley… fait du Wheatley, pas du Lovecraft. Et Wheatley, c’est du costaud, du concret, de la viande rouge et des alcools forts, plus une touche d’humour à la Wodehouse et un peu de sexe (hors champ, bien sûr, mais les Atlantes sont beaucoup plus libérés que les gens de la surface).

Je n’aime pas trop faire parler les morts, mais Lovecraft aurait certainement trouvé tout ça platement commercial, tout en relevant quelques idées intéressantes.


Pourquoi c’est appeldecthulhien

Posons

a) un groupe composé de deux cousines anglaises, dont une milliardaire, d’un officier de marine britannique à la retraite, d’un prince roumain, d’un comte suédois, d’un jeune premier américain et d’un savant allemand trouillard.

b) un scénario qui repose sur des plongées dans les grands fonds.

Comment faire rentrer les premiers dans le second, autrement qu’avec un chausse-pied ? Wheatley ne donne même pas l’impression qu’il y a là comme une difficulté, et du coup, ça passe.

C’est une leçon. Dennis Wheatley en a plein d’autres à enseigner aux gentils meneurs de jeu.

Et puis, un roman où l’on peut lire les répliques suivantes, lors du premier contact avec les méchants Atlantes dégénérés, fait forcément vibrer une corde sensible dans le cœur de certains rôlistes :

« Ils nous prennent sans doute pour des monstres qui se sont pris dans leurs filets, suggéra le docteur. Il va donc falloir nous battre !
— Et c’est fort triste, murmura le comte Axel. Mais c’est eux ou nous… et malgré leur nombre écrasant, nous avons la dynamite. »


Bilan

La découverte de l’Atlantide est un roman de son temps, pas très cthulhien, mais parfait pour une session « aventures années 30 ». Incidemment, la préface mentionne une suite, The Man Who Missed the War, parue en 1945, mais jamais traduit en français. Il faudra que je m’y intéresse à l’occasion.

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