29/04/2014

Les feux follets de Satan, de John Flanders (1935)

Épisode 7


Numéro 160 de la collection Fantastique / SF / Aventure




Histoire de clarifier ce qui suit pour ceux qui ne seraient pas dans la confidence, « John Flanders » était l’un des nombreux pseudonymes de Jean Raymond Marie de Kremer, alias « Jean Ray », le plus grand auteur fantastique francophone du XXe siècle, auquel je voue une admiration sans faille depuis l’âge de cinq ans (parce que ma maman, qui avait des idées bien à elle sur l'éducation, me lisait des Harry Dickson pour m’endormir).


En deux mots

Trois orphelins londoniens sont confiés à leur oncle, qui gère une maison de correction quelque part dans le nord de l’Angleterre. L’endroit est hanté, son précédent propriétaire a disparu dans d’étranges circonstances, et une bande de brigands de grands chemins rôde aux alentours. Quant à l’intérieur… l’oncle est une brute avinée, son domestique est sénile, les pensionnaires sont martyrisés par des surveillants sadiques.

Bref, il est temps de faire le ménage dans tout ça.

Aucune date n’est donnée, mais on est encore au temps des diligences et des pistolets à deux coups, ce qui nous situe plutôt dans les premières années du XIXe siècle, voire à la fin du XVIIIe, que dans les années 1890 ou 1920. Peu importe, d’ailleurs.


Pourquoi c’est bien

Parce que Jean Ray / John Flanders est le pape de suspension d’incrédulité. Si vous aimez les intrigues cartésiennes où on peut pointer qui fait quoi sur des petits papiers, fuyez !

Les feux follets de Satan s’adressent aux amateurs du Grand Nawak, où l’on peut croiser des fous qui retrouvent soudain la raison pour ourdir des vengeances compliquées, des assassinés qui ne le sont pas vraiment, des types mystérieux qui sortent de nulle part pour expliquer un pan de l’intrigue tout en reconnaissant qu’ils ne comprennent pas tout, ou carrément lire des phrases comme « Un coup sourd ! Un cri inhumain, suivi d’un profond silence ! La tête de [XXXX] tomba au pied du poteau de torture. »

On perd assez vite le fil des machinations (cousues de fil rouge) des uns et des autres, puis on arrête de se demander qui est qui parmi tous ces types masqués qui rôdent autour du château, et on se laisse porter.

Bien sûr, à un moment, il faut conclure, et l’auteur se charge de vous expliquer que donc, parce que, étant donné que, hop hop hop, ce ne sont pas ces droïdes que vous recherchez et ces brigands n’étaient pas ce que vous pensiez, et ils vécurent heureux pour le restant de leurs jours, là-dessus je vais me coucher, surtout n’oubliez pas d’éteindre les lumières et de nettoyer les flaques de sang dans les coins, et à la prochaine !

On obtempère, tout content, et ce n’est qu’une fois à la maison qu’on se surprend à avoir comme un doute sur la marchandise qu’on vient de vous vendre, mais à ce moment-là, il est trop tard, et puis c’était quand même une chouette histoire, alors bon, ce n’est pas grave…


Pourquoi c’est lovecraftien

Ça ne l’est pas pour un kopeck.

C’est rayien au possible, en revanche. On dirait un Harry Dickson en un peu plus long et un peu plus bordélique.


Pourquoi c’est appeldecthulhien

Voyons…

Château hanté ? Oui.
Méchants très méchants ? Oui.
Sociétés secrètes ? Oui.
Personnages pittoresques prêts à être repris tels quels ? Oui.

La seule difficulté pour en faire un scénario de L’Appel de Cthulhu, ou d'autre chose, est d’avoir assez de talent pour faire avaler de grandes rasades de n’importe quoi aux joueurs et de faire en sorte qu’ils en redemandent. Mais ça, y a pas à tortiller, ça s’appelle le talent, on l’a ou pas, et Jean Ray en avait à revendre.

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