02/05/2014

Le vingt-sixième rêve, de John Buchan (1926)


Épisode 11


Numéro 88 de la collection Fantastique / SF / Aventure, 1983




Un petit mot sur l’auteur

Né John Buchan en 1875, notre écrivain meurt Lord Tweedsmuir en 1940, après une carrière politico-diplomatique dans les rangs du parti Conservateur, qui l’a conduit à devenir gouverneur général du Canada… et, apparemment, à faire du renseignement pendant la première guerre mondiale.

Il a trouvé le temps d’écrire soixante-dix romans, dont Les 39 marches, adapté au cinéma par Hitchcock. Le préfacier en fait une sorte de chaînon manquant entre la grande aventure victorienne à la Rider Haggard et les romans d’espionnage sensiblement plus désabusés de John Le Carré ou de Graham Greene.

Bref, un client costaud, avec du métier, et ça se sent.


En deux mots

En 1913, le narrateur fait la connaissance d’un jeune homme qui, chaque année, le premier lundi d’avril, rêve qu’il est dans une grande maison et quelque chose s’approche de la pièce où il se trouve… À raison d’une pièce par an, il sait qu’il ne reste plus que sept ans avant qu’il ne se retrouve face à face le quelque chose en question.

Après diverses péripéties dont une guerre mondiale, en 1919, le narrateur rencontre une étrange jeune fille, héritière d’une île grecque. Pas de chance, les habitants du coin la détestent : son père était un fou pervers et dégénéré que la bonne société londonienne comparait à Gilles de Rais. Et bien sûr, elle insiste pour vivre sur son île, pas question de se laisser chasser de chez elle par « ses » paysans.

Comme de bien entendu, les problèmes des deux jeunes gens finissent par converger…


Pourquoi c’est bien

Ce n’est pas bien, c’est excellent !

Le style a un peu vieilli, mais l’ensemble reste très efficace.


Pourquoi c’est lovecraftien

Le narrateur trouve dans les papiers du père de l’héroïne – celui qui s’adonnait à la magie noire – un manuscrit en grec médiéval qui décrit une cérémonie à d’anciens dieux, sacrifices humains compris. Une fois traduit, ce document joue un grand rôle dans la suite du roman.

Ensuite, il se rend sur la petite île, où il réalise vite que les villageois, excellents chrétiens par ailleurs, ont bien l’intention de liquider celle qu’ils prennent pour une sorcière, histoire d’être sûrs d’en être débarrassés.

Du coup, ils apprécient moyennement les étrangers qui viennent mettre leurs grands pieds dans leurs petits plats.


Qu’en pensait Lovecraft ?

Dans Épouvante et surnaturel en littérature, « Grand-papa Theobald » consacre un paragraphe élogieux à John Buchan, où il emploie des expressions comme « efficacité remarquable » ou « extrêmement impressionnant ». Toutefois, il ne parle pas du Vingt-sixième rêve, peut-être parce qu’il était paru trop récemment pour avoir rejoint sa bibliothèque.


Pourquoi c’est appeldecthulhien

La première partie, un peu longue, est très « Belle Époque », autrement dit victorienne avec des automobiles. On enchaîne rapidement sur la guerre, et on retrouve nos héros, fraîchement démobilisés, dans une époque nouvelle, qu’ils trouvent bizarre : l'aube années 20. Nouvelles mœurs, nouvelles musiques, nouvelles habitudes… et ils ont du mal à se réadapter.

Rien que pour ces chapitres de transition, ça devrait être une lecture obligatoire pour tous les meneurs de jeu de L’Appel de Cthulhu, tiens !

Ensuite, viennent quelques chapitres londoniens où on découvre à quel point la bonne société de l’époque est minuscule, snob et cancanière.

Après, c’est l’histoire – arrêtez-moi si vous la connaissez – du gars qui débarque sous un prétexte foireux au milieu d’un village plein de sectateurs (ou assimilés).

En plus, notre narrateur s’avère être un héros incompétent. Il se perd sur l’île, son expédition de secours se disperse, puis le laisse tout seul, toutes ses tentatives pour rejoindre le manoir foirent et aggravent sa situation… bref, on sent le joueur poissard qui rate tous ses jets de dés – sauf ceux qu’il ne faudra surtout pas rater, à la toute fin.

Tout cela est traité sur le mode mineur, avec beaucoup d'ambiance et des adversaires humains, mais sans monstre. C'est un roman d'aventures avec une touche de fantastique, pas le contraire ! On ne voit rien de vraiment probant, mais rien ne vous empêche de décider qu’il y a une grotte pleine de trucs visqueux là-haut dans les collines…

(Au fait, le roman est fourni avec un plan de l’île, excellente habitude des romanciers des années 20 qui ne peut que faire plaisir aux rôlistes.)


Bilan

Le vingt-sixième rêve est à la fois une lecture plaisante et un scénario prêt à servir pour L’Appel de Cthulhu. Mieux, la thématique grecque & petites îles perdues dans la mer Égée en fait aussi un scénario pour Byzance An 800. Il suffit de revenir mille ans en arrière, de remplacer Londres par Constantinople et le narrateur par un investigateur, et le tour sera joué.

5 commentaires:

  1. Vraiment excellente, cette série d'articles! Je ne suis même pas rôliste, mais diable, ça donne envie.

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  2. ça donne envie de le lire et de redécouvrir cet auteur quelque peu oublié !
    Bel article.
    Olivier.

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  3. Tristan, le titre Anglais c'est The 26th Dream ?

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  4. En anglais, c'est The Dancing Floor.

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  5. dévoré en 2 jours, c'est une lecture longue en bouche, un peu surannée mais délectable. Merci pour ce conseil.

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