07/06/2014

The Bridge


The Bridge, aussi connu sous les noms Bron et Broen (en suédois et danois). Au départ, c'est l'histoire d'un tueur qui dépose le cadavre d'une femme sur un pont, pile poile à la frontière entre la Suède et le Danemark. Dès lors, un tandem de flics transfrontaliers se monte pour suivre l'enquête à cheval sur les deux pays :
  • Saga Norén, la Suédoise, qui a la particularité d'avoir le syndrome d'Asperger, à savoir des symptômes autistiques qui affectent son empathie, sa sociabilité, sa capacité à comprendre le second degré et tout ce qui est implicite au niveau sociétal.
  • Martin, Rohde, le Danois, qui vient de subir une vasectomie car il a 5 enfants avec 3 femmes différentes. C'est le bon gars, surtout en comparaison des lacunes empathiques et émotionnelles de sa partenaire.
Et rapidement, on comprend que ce n'est pas tout à fait une chasse au tueur en série comme les autres. L'assassin a un message sociétal à faire passer : s'il cible certaines victimes, c'est qu'il est là pour déranger le bourgeois et montrer du doigts les dysfonctionnements du petit paradis de la social-démocratie. Ce n'est pas tant un tueur qu'un révélateur. Et ça change agréablement du sempiternel clone de Hannibal Lecter qui a mal digéré ses leçons de catéchisme ou qui en veut aux femmes.
Sauf que...

Le scénario ne va pas au bout de sa logique sociale. On comprend aux trois-quarts de la saison de 10 épisodes que tout cet habillage façon "le Edward Snowden sanglant qui veut ouvrir les yeux du peuple scandinave", c'était du pipeau, en fait le tueur est motivé par un prétexte d'une banalité polaresque effarante. Exit le terrorisme de la vérité, c'était une vengeance comme les autres. Ah.

C'est d'autant plus décevant que l'atmosphère de The Bridge est excellente. Les acteurs alternent entre le Suédois et le Danois en fonction des exigences de l'enquête, et on se retrouve donc à entendre parler deux langues pas habituelles. Ça fait rudement du bien au tympan. Le traitement des personnages est très bon (même si j'ai de gros doutes sur la capacité d'une détective ayant  le syndrome d'Asperger à mener une carrière d'enquêtrice, mais je suis loin d'être un expert en autiste fonctionnel), on se laisse embarquer dans cette enquête qui a le cul entre deux chaises. Alors certes, au final la dualité nationale n'est pas vraiment mis de l'avant par le scénario. Pour être franc, le scénario pourrait très bien se dérouler dans un unique pays sans que l'intrigue en souffre le moins du monde. C'est juste un gimmick pour intéresser deux publics nationaux différents en même temps. Et ça plait comme idée, car il y a déjà une version franco-anglaise qui se déroule sous la Manche (Le Tunnel) et la version américaine se passe entre le Texas et le Chihuahua.

Décevant, donc. Certes, ce n'est pas un traitement des différences nationales façon Dany Boon/Benoît Poelvoorde, c'est toujours ça de pris, mais c'est une série qui n'assume pas son ambition jusqu'au bout. Elle était sensée me parler de deux pays, et j'ai peiné à voir une différence à l'écran (à moins que ça ne soit ça, le message, au final : Suède ou Danemark, c'est kif-kif bourricot). Elle était sensée me faire courir après autre chose qu'un énième tueur en série, pourtant les révélations finales sont d'un classicisme pompier. Reste quand même une chouette balade oscillatoire entre Malmö et Copenhague qui confirme la force d'un polar scandinave qui n'est pas juste un phénomène éditorial.

Saga et Martin ont remis le couvert pour une seconde saison, mais je préfère en rester là pour le moment.

2 commentaires:

  1. Bien aimé Tunnel, la version franco-anglaise qui est passée sur Canal au début de l'année, avec le même petit coup de mou sur la fin, quand on découvre les Vraies Motivations du tueur. J'imagine que le renvoyer à sa banalité était le seul moyen qu'ont trouvé les scénaristes pour ne pas refaire V pour vendetta avec des ø et des å.

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    1. C'est dommage, il y avait de quoi faire avec une chasse à l'homme qui utiliserait à son tour la populace, par exemple.

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