13/10/2014

China's War with Japan de Rana Mitter



Soyons clairs, je ne m'attends pas à ce que ce billet attire autant l'attention que celui sur Marvel's Agents of Shield, mais c'est pas grave: de même que je m'impose de temps en temps de lire des bouquins sérieux, je dois m'imposer de chroniquer les plus intéressants.

China's War with Japan 1937-1945 est un livre qui vise à décrire à travers une narration cohérente la guerre sino-japonaise non pas sous l'angle de l'un des protagonistes mais à travers tous les angles importants du conflit. Paradoxalement un exercice assez rare (à en croire la quatrième de couverture) parce que l'un des principaux protagonistes - le Kuomintang de Chiang Kai-shek - ayant perdu la guerre civile dès la fin de la guerre sino-japonaise, l'histoire s'est réécrite sans lui, avec d'un côté le Parti Communiste Chinois qui a présenté a posteriori les nationalistes comme des collaborateurs ou des fascistes n'ayant en rien lutté contre les Japonais, et de l'autre les Américains, soucieux de se montrer sous leur meilleur jour.

Jusqu'à présent j'étais toujours surpris de voir que les relations sino-japonaises sont encore tendues alors que les relations franco-allemandes (hors politique économique) sont plutôt apaisées. Ce livre m'a fait comprendre pourquoi.

En fait, ce qui est fascinant dans cette narration c'est de lire à quel point la guerre en Asie était encore la résultante de l'ordre colonial. Les Anglais, par exemple, ne voulaient pas aider les Chinois, quand bien même c'étaient des alliés contre les Japonais, parce que bon, pour Churchill, c'étaient des inférieurs longtemps dominés par les Anglais. Les Anglais vont même jusqu'à refuser de soutenir les Chinois en Birmanie en 42 (la seule route terrestre qui menait des territoires alliés à la Chine non occupée passait par la Birmanie) ce qui précipite une retraite catastrophique à travers la jungle.

Le bouquin est vraiment très bon, parce qu'il se lit facilement, et surtout parce qu'il présente l'ensemble des points de vue sans prendre parti. Il redonne aux Nationalistes de Chiang Kai-shek le rôle qui leur échoit dans la résistance contre les Japonais sans pour autant l'exonérer de ses terribles choix stratégiques et de la corruption de son gouvernement. Mais il montre également dans quelle mesure la PCC a pu se renforcer en grande partie parce qu'il était peu impliqué dans des conflits frontaux avec les Japonais, ce qui lui a donné la meilleure main une fois la guerre finie pour prendre le contrôle du pays. Il démontre également comment Mao a utilisé la guerre pour assoir son pouvoir au sein du Parti Communiste Chinois.

On comprend bien à quel point les alliés, Américains en tête, on tout fait pour garder la Chine dans le conflit pendant qu'ils se focalisaient sur l'opération Overlord en Europe tout en dépensant le moins possible d'argent et en engageant le moins possible de troupes. Le conflit en Chine mobilisait en effet un demi-million de soldats Japonais! Un choix qui se défend tactiquement mais qui a précipité (avec d'autres facteurs) des massacres sans nom, des famines affreuses et une déliquescence générale de la Chine politique et administrative. Il est frappant de voir que toute la rhétorique occidentale décrivant ce conflit "mineur" insistait sur l'inaction de Chiang Kai-shek et son manque de volonté de botter les fesses aux Japonais alors même que son armée était en déliquescence, manquait cruellement de matériel, faisait face à des manques de vivres pour l'armée comme pour les populations civiles et à une inflation galopante qui rendait le moindre salaire (ou la moindre solde) inconséquent.

Bref, c'est un récit qui me semble équilibré, même si je ne suis pas spécialiste de la question et qui, je crois, me permet de comprendre un peu mieux comment aujourd'hui encore ce conflit influence la perception que la Chine a d'elle-même et des autres grandes puissances mondiales. C'est le premier livre que je lis sur l'histoire de la Chine, mais sans doute pas le dernier; après-tout, maintenant que je suis ici, ce serait pas mal de comprendre un peu mieux où je suis!

5 commentaires:

  1. Très intéressant.

    C'est une sujet que je suis un peu par la bande, via le forum uchroniste "1940, la France continue". Le destin alternatif de la Chine (qui restera sans doute nationaliste) dessine en creux quelles furent les tensions de cette époque dans la région.

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  3. Une autre chronique du même livre, par un lecteur spécialisé.
    http://bit.ly/1vmVKMF

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    1. Ah purée, je remballe... Il est sévère...

      Pas de doute qu'il y a un travail de "réhabilitation" de Chiang. Mais je ne suis pas du tout d'accord sur le fait qu'il ne soit jamais montré sous ses facettes négatives: amateurisme, autoritarisme, erreurs stratégiques sont mentionnés, mais contextualisées. Après c'est peut-être faux quand même hein, je suis pas expert (encore une fois).

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  4. Oui, je me disais qu'il y avait matière à de multiples uchronies: Wang Jingwei négocie avec succès une reddition en 39, les Japonais consolident la Chine occupée, la Chine libre se dépeuple (rien à bouffer, terreur politique) et une grosse partie de la Chine devient Japonaise, du coup les Japonais ont 500 000 hommes de plus pour le reste de l'Asie, aïe aïe aïe...

    Ou alors, effectivement, Chiang Kai-shek l'emporte en 49, scénario intéressant puisqu'il ne fait plus confiance à personne, ni les russes, ni les américains et certainement pas les Anglais. Et là ça change toute l'ère post-coloniale, Corée, Vietnam, etc.

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