05/11/2014

D. de Robert Harris



Robert Harris, c'est le haut du panier du thriller historique (et, dans un cas au moins, uchronique), un auteur à l'écriture précise, aux scénarios méticuleusement documentés et aux personnages attachants malgré leurs faiblesses. Je n'ai pas aimé tous ses romans (j'avais trouvé Archangel plutôt faiblard) et je ne les ai pas tous lus, mais disons que je suis positivement prédisposé à son égard.

D. (An Officer and a Spy en VO) raconte l'affaire Dreyfus de l'intérieur à travers les mémoires (fictives) de Marie-Geogres Piquart, protagoniste majeur de l'affaire et probablement l'homme à qui on doit la révision du procès de Dreyfus et son ultime blanchiment. Le récit débute avec la fin du premier procès et la nomination de Piquart, en grande partie pour "services rendus" au Ministre de la Guerre, à la tête de la division des Statistiques Nationales, camouflage du service d'espionnage intérieur Français.

En enquêtant sur une nouvelle affaire d'espionnage, Piquart va être amené à creuser l'affaire Dreyfus (contre l'avis de ses hommes) et découvrir les multiples barbouzeries (comme on dirait aujourd'hui) qui ont mené à sa condamnation. Tout cela, c'est de l'histoire.

Le talent de Harris est de faire de cette histoire un thriller, au rythme inhabituel, certes, mais tout de même. Piquart est un personnage central attachant, bien qu'un peu rigide, plus soucieux de droiture et de justice que de se soumettre à la raison d'état. La première partie du roman est donc une longue exposition à la fois de l'affaire Dreyfus et de ses protagonistes mais aussi de Piquart lui-même, de sa personnalité et de ses relations. Elle n'est pas pour autant lassante d'autant que cette fin de XIXè siècle Parisien est très bien rendue.

C'est à partir du moment ou Piquart découvre (comme tout bon espion) qu'il ne peut faire confiance à personne qu'on s'enfonce plus avant dans le thriller lui-même. La tension monte graduellement, pour finalement retomber lorsque la menace Piquart est "écartée" par les pouvoir militaire.
Mais la dernière partie qui relate le procès en révision est tout simplement haletante, impossible de lâcher le livre.

Bref, An Officer and a Spy est à la fois un excellent roman historique et un excellent thriller. Il éclaire de façon accessible un épisode sombre de notre histoire où les préjugés des gouvernants les ont progressivement enfermé dans des choix de plus en plus absurdes et misérables, jusqu'à ce que l'édifice de mensonge qu'ils avaient eux-même bâtis pour se protéger s'écroule sur leurs têtes. Je n'irais pas jusqu'à suggérer que les contextes sont comparables, mais l'omniprésence des préjugés dans la sphère publique n'a pas disparu et à ce titre D. est peut-être une intéressante leçon de choses sous couvert de divertissant espionnisant...

3 commentaires:

  1. "Préjugés" plutôt que "préjudices", non ?

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  2. Décidément, je perds mon Chinois. Corrigé, merci Tristan.

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  3. Merci pour ce retour, je n'en avais absolument pas entendu parler. Et ça m'intéresse bien, du coup.

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