20/08/2015

The Corner (Hiver - Printemps)


Il y a quelques années, j'avais parlé de The Corner, la série télévisée de David Simon adaptée de son livre écrit en collaboration avec Ed Burns (un flic de Baltimore). J'avais pleuré devant mon écran en regardant cette famille très réelle se disloquer à cause de la dope. Puis j'avais chouiné en lisant le billet de blog de David Simon annonçant la mort de DeAndre. La série était magnifique de réalisme social et d'humanité.

Et ils ont enfin eu la bonne idée de traduire le livre qui est à l'origine de tout. Enfin, pas tout traduire, juste la première moitié (la suite n'est jamais sortie en français). Une demi-année dans un coin de rue de Baltimore, donc. Les matchs de basket. Le cri "Five O" hululé à chaque voiture suspecte. Une paire de Nike flambant neuve. Une veine qu'on peine à piquer. Un centre communautaire décrépi. Une grossesse presque désirée à 13 ans. Des plans sur la comète. Des souvenirs de la vie d'avant. De la débrouille de rue. Des mensonges éhontés entre junkies. Des enterrements précoces. Des flics qui cognent. Des merdeux qui glandent. Des petits vols merdiques. La quête perpétuelle d'une dose...

J'avais trouvé la série merveilleusement belle, mais le bouquin est encore meilleur. David Simon écrit avec un talent immense. Il vous met dans les chaussures de ces vrais gens qui gravitent à jamais au croisement de deux rues sans gloire. C'est ignoblement pessimiste, et pourtant ça regorge de moments lumineux, de petites victoires qui font un bien fou. Et tout de suite après d'une analyse accablante qui n'augure rien de bon pour ces quartiers et les institutions en faillite.

Je sais que je suis chiant avec mon "David Simon par ci, David Simon par là", mais ce bonhomme sait aussi bien écrire du journalisme de première bourre (sérieux, vous en connaissez beaucoup des gars qui prennent un an de congé sabbatique pour aller parler avec des drogués ?) que scénariser la plus meilleure série télévisée du monde et des univers voisins.

C'est une épée, le Simon, et vous ne le voyez pas plastronner dans les médias ou se rengorger de son succès critique. Ça fait aussi parti de mon admiration : il est raccord avec ce qu'il écrit.

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