17/06/2016

Hap & Leonard


Ça se passe dans le fin fond du Texas, pendant la bascule de Reagan à Bush. Mais alors poisseux, le Texas. Gras comme une barre chocolaté panée jetée dans l’huile bouillante. Les gens y sont fauchés, ça sent le début de la fin. L’Amerikana. Et dans ce coin de paradis vivent Hap et Leonard. Hap est blanc, Leonard est black. Hap est bon comme le bon pain, Hap pense que les gens sont tous des connards. Hap est un peu hippy, Leonard a fait le Vietnam. Hap est hétéro, Leonard est ouvertement gay… Et entre eux, il y a une amitié à la vie à la mort. Une bromance qui fait que dès que l’un des deux fait une connerie, l’autre rapplique. Hap se laisse embobiner par une ex dans un plan foireux ? Leonard déboule et sauve les miches de son pote en lui disant « Je te l’avais bien dit ». Leonard se fout dans une merde noire en allant insulter le shérif raciste du coin ? Hap ira jusqu’à ce faire froisser les côtes pour défendre son ami, même quand Leonard prend des risques insensés en ouvrant sa grande gueule. Et comme ils n’ont pas de blé, Hap et Leonard sont de tous les mauvais coups.

J’ai découvert ces deux zigotos via les six épisodes de la première saison de la série télévisée qui leur est consacrée. Produite par Amazon, elle raconte une petite histoire de chasse au trésor qui part très vite en sucette quand Hap et Leonard entrent dans la danse. C’est un duo d’enfer sur lequel on sent l’ombre tutélaire des frères Coen. Ces deux repris de justice sont parfaits, surtout que Leonard est incarné par Michael K. Williams, le Omar Little de The Wire (ah oui, tiens, un jour il faudra qu’on vous parle de The Wire, sur ce blog). Quand à Hap, il est incarné par James Purefoy, le type qui a failli être James Bond (mais le rôle a finalement été donné à Pierce Brosnan. Quand le rôle de 007 a été à nouveau disponible, il a lâché V pour Vendetta et s’est fait encore couper l’herbe sous le pied).

Dans le générique, il était indiqué que c’était tiré d’une série de bouquins de Joe R. Lansdale, alors je suis allé faire un tour à la bibliothèque pour prolonger le plaisir. Lansdale est un texan qui a fait le fermier, le chercheur d’or, le plombier avant de vivre de son écriture. Sa série compte une dizaine de titres. La première saison adaptait le premier livre, et le plan final de la saison indique que la seconde saison suivra le second roman. Les bibliothèques municipales étant ce qu’elles sont, j’ai dû me contenter de débuter ma lecture par le 3e titre (Le Mambo des deux ours) au cours duquel Hap et Leonard partent dans une ville dirigée par le Klan afin de retrouver Florida, l’ex de Hap, qui est une avocate noire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Et autant j’ai adoré la série télévisée, autant l’écriture de Lansdale est encore plus délicieusement humoristique que son adaptation au petit écran. Il y a des passages entiers où les protagonistes parlent pour ne rien dire, si ce n’est faire les malins auprès des mauvaises personnes. Leonard se surnomme lui-même « Le nègre le plus malin du monde » et prend un plaisir vicelard à faire chier tout le monde avec des répliques qui font monter la pression. Et il est très souvent question de son homosexualité, dont il parle ouvertement, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde (ce qu’elle est, pour le lecteur, mais pas vraiment pour les pedzouilles texans que Leonard prend un malin plaisir à asticoter).

Bref, je vais lire les dix autres livres de la série, c’est certain. Et je vais attendre la sortie de la prochaine saison. C’est du très bon polar rigolard et sociale. Je suis content d’être le témoin de cette amitié pleine et entière entre Hap et Leonard. Même quand Leonard est cet insupportable connard machiste avec son petit copain Raul. Ou quand Hap se fait mener par le bout du nez par Christina Hendricks (aka Joan « Red » Holloway dans MadMen).


Une inspi JdR ? Alors attendez. Deux vauriens qui foncent tête baissée dans les emmerdes, qui tirent constamment le diable par la queue et qui, quand ils se font casser la gueule, se relèvent pour aller finir le boulot coûte que coûte. Ben oui, mon neveu : c’est du Noir, c’est donc du pain béni pour Hellywood, même si ça se passe à une autre époque et dans un autre coin des USA. Hap et Leonard, ce sont deux PJ, c’est certain.

1 commentaire:

  1. J'ai lu mais j'ai pas vu. C'est super. Faut voir aussi que Joe Lansdale a une oeuvre enorme dont pas mal de fantastique, des polars, des westerns, des BD et des filmes, dont Bubba Ho Tep, et meme du Mythos.

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