25/11/2016

Perfidia


James Ellroy. Je l’ai connu via L.A. Confidential en film, puis j’ai essayé de le lire avec Le Dahlia noir, un polar inspiré par le meurtre de sa propre mère. C’était intense. Ça cognait, quoi. Des flics violents, corrompus, avec une étrange droiture. Mickey Cohen, des femmes fatales, des acteurs homosexuels, des matchs de boxe… Je me souviens avoir peiné sur ces livres, il y a dix ou vingt ans. Et après son quatuor centré sur Los Angeles et sa trilogie américaine, Perfidia est le premier titre d’un nouveau quatuor prenant toujours pour cadre la cité des anges mais dans les années 40 au lieu des années 50. Une bonne raison pour réessayer de lire du Ellroy, quoi.

Et donc quelques jours avant l’attaque sur Pearl Harbor, des flics du LAPD enquêtent sur l’assassinat d’une famille japonaise. Forcément, ça va être délicat car le casus belli  japonais va rapidement mettre le feu aux poudres d’un patriotisme aveugle. On va vite mettre les résidants japonais en camp, par mesure de précaution et par peur d’une cinquième colonne. Surtout que l’enquête va impliquer un scientifique du LAPD qui est d’origine japonaise.

Le hic ? Le récit met en scène 88 personnages différents. C’est infernal. On est constamment en train de passer d’un point de vue à l’autre. Oh, c’est bien écrit, Ellroy est en total maîtrise de son style, mais on est noyé dans la masse de protagonistes qui font vivre ce décor. Et bon nombre de ces personnages étaient déjà présents dans l’un des sept précédents livres de l’auteur. C’est donc du fan service permanent. T’as vu, lui là, c’est un merdeux mais plus tard tu sais qu’il deviendra important. Tu le sais, hein ? Et ça veut aussi dire que les scènes de boxe, les éruptions de violence des flics sous tension, les magouilles entre chefs de la police et de la mafia, les prostituées qu’on opèrent pour qu’elles ressemblent à des stars d’Hollywood… tout ça je l’avais déjà lu dans les deux romans d’Ellroy sur lesquels je m’étais déjà autrefois étouffé.

Pire, j’ai eu tout du long l’impression que l’auteur était complaisant avec ses personnages. Quand ses flics irlandais pintés traitaient leur prochain de chinetoque ou de sale pédé, l’écriture semblait trahir la jubilation de l’auteur. Bon, faut dire qu’Ellroy se revendique ouvertement conservateur et réac’, alors ça teinte forcément son travail, surtout quand il s’entête à écrire des histoires amorales dans un décor en dégradés de gris.


Bref, j’ai trouvé ça poussif, pas nouveau et souvent gratuit. Je pensais en apprendre plus sur la situation des japonais pendant la guerre, mais comme Ellroy s’en moque éperdument, je suis resté sur ma faim. Ce nouveau quatuor sent bon l’éternelle redite du polar qui veut faire absolument dans le noir c’est noir il n’y a plus d’espoir (ohoh). Pas besoin d’en tartiner des tomes et des tomes, on avait compris dès le début.

2 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord...
    Encore un surfait médiatique...

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  2. Marrant, le cheminement que tu as eu avec Ellroy est aussi précisemment le miens. Découvert avec le formidable film LA Confidential (le seul rôle d'envergure de Kim Basinger?), j'ai lu Black Dahlia avant d'aller voir la piètre adaptation de De Palma. L'écriture anarchique (s'il avait écrit de la SF, ca aurait été du cyberpunk à la Gibson) et la quantité effroyable de personnages ont eu raison de moi. Ellroy, no more.

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