06/08/2018

Further Tales of Cthulhu Invictus (2018)


Cette anthologie de Golden Goblin accompagne la réédition de Cthulhu Invictus pour la 7eédition de Call of Cthulhu, sur laquelle je me pencherai un de ces jours, sans doute assez prochainement. Elle ressemble beaucoup à sa grande sœur, dont j’ai déjà parlé ici. On retrouve à peu près le même casting que dans le premier volume, au service de la même idée : raconter des histoires lovecraftiennes à l’époque romaine. Le choix éditorial qui consiste à privilégier les histoires courtes est également le même, mais elles sont en moyenne un poil plus longues que dans Tales of Cthulhu Invictus.

Histoire de tuer le suspense tout de suite, je l’ai trouvé meilleur que ce dernier. Beaucoup d’auteurs ont essayé d’adapter le « mythe de Cthulhu » au matériau historique, ou de s’en affranchir tout en restant « lovecraftiens ». Ce n’est pas sensible dans toutes les histoires, et même quand l’effort est fait, ça ne fonctionne pas toujours, mais c’est mieux que de se persuader qu’on a réussi une synthèse alors qu’on s’est contenté de poser côte à côte un calamar et un glaive.

• Outposts, par William Meikle, est l’histoire d’un groupe de légionnaires envoyés en renfort dans un avant-poste, tout là-bas au nord du mur d’Hadrien. J’aime mes Pictes un peu plus howardiens que ça, et je l’ai trouvé à la fois très classique et pas très bien menée. Pas ma came.

• The Eye of Cybele, par Peter Rawlik, nous ramène au temps des guerres puniques, et spécifiquement à l’adoption par les Romains du culte de Cybèle, une mesure désespérée face à Hannibal. On suit donc les envoyés de la République dans leur quête de reliques divines, face à des sectateurs qui, pour être historiques, n’en sont pas moins étranges et menaçants. Mine de rien, elle fait réfléchir à la notion de culte, à l’épaisseur des voiles nécessaires pour couvrir des réalités indicibles… bref à un tas de choses qui seront bien utiles à un Gardien désireux de se lancer dansCthulhu Invictus.

• The Apotheosis of Osirantinous, par Edward M. Erdelac, nous promène sur le Nil, où l’empereur Hadrien traîne son ennui et son favori, Antinoüs. On y croise une paire d’investigateurs, un magicien égyptien sinistre-forcément-sinistre, une impératrice jalouse, une virée dans un tombeau plein de monstres, une apparition et un sacrifice humain (dans cet ordre). C’est peut-être légèrement trop d’ingrédients pour la place disponible, et la sauce, trop riche, a du mal à prendre.

• The Sybil at Cumae, par Penelope Love, est l’histoire toute simple d’une jeune fille qui s’égare dans l’antre de la sibylle et qui y fait une rencontre qui changera sa vie. Penelope Love exploite l’arrière-plan de l’agonie de la République et joue à fond sur la thématique des prophéties. Mieux, elle le fait dans le cadre gréco-romain, même si on est libre d’imaginer qu’Apollon est un masque pour qui-vous-savez. Je suis plutôt client pour ce que fait Penelope Love, et cette nouvelle m’a beaucoup plu.

• Turning the Tide, par Tom Lynch, nous raconte un voyage compliqué entre la mer Égée et Ostie. L’auteur arrive bien à rendre un sentiment d’isolement… qui n’a pas tellement lieu d’être, puisqu’en réalité, ce genre de trajet se faisait en vue des côtes, avec la possibilité de s’arrêter n’importe quand. Là, on a l’impression que ses héros naviguent sur un océan presque désert. Tout cela nous amène à une fin franchement gore et un peu gratuite. Ce serait l’histoire la plus faible de recueil, s’il n’y avait pas la suivante…

• Poisoned Gifts, par Konstantine Paradias, est une variation sur le mythe de la légion thébaine, et nous montre des autorités romaines préoccupées par la progression d’un culte bizarre venu de Palestine. Je ne sais pas si c’est le traitement « historique » d’un événement appartenant au mythe, ou l’impression d’évoluer dans un décor en carton-pâte, mais j’ai peiné pour la finir, et pourtant, elle n’est pas très longue.

• A Special Day, par Oscar Rios, nous parle d’un cordonnier tombé dans la dèche parce que son patron a estimé qu’il coûtait trop cher et que pour ce qu’il le payait, il pourrait embaucher deux esclaves. Elle est toute simple, on voit très vite vers quoi elle se dirige, mais elle fonctionneet on se laisse embarquer. C’est une bonne histoire qui, comme souvent chez Rios, reste à hauteur d’homme, là où l’on raconte les meilleures histoires.

• The Eighth Hill, par Christine Morgan, nous parle d’un augure alcoolique confronté à des présages carrément anormaux. Elle m’a moins emballé que The Sybil at Cumae, mais elle fonctionne plutôt pas mal, et elle a une chute inattendue. (Sujet de réflexion : considéré sous un certain angle, les entités du mythe pourraient-elles être un sujet d’émerveillementplutôt que de répulsion ? Dans un paradigme lovecraftien pur, sans doute pas, mais même grand-papa Theobald s’est autorisé des écarts, genre À travers les portes de la clé d’argent, à qui cette nouvelle doit beaucoup.)

• The Doom That Came to Suetonius Colonia, par Lee Clark Zumpe, se déroule dans un improbable avant-poste romain installé au fin fond de ce qui est aujourd’hui le Maroc. Il a été construit pour conserver des connaissances indicibles et peuplé de gens que tout le monde croient mort. Bien sûr, ça tourne mal et un détachement de légionnaires vient ramasser les morceaux. Je ne suis pas trop client pour les histoires où une société secrète combat le Mythe, et celle-là ne m’a pas fait changer d’avis.

• What the Moonlight Brougth, par Joseph S. Pulver, Sr, suit une colonne de légionnaires dans les profondeurs des forêts de Germanie. C’est du Pulver avec tous ses tics stylistiques habituels – phrases déconstruites, italiques, jeux de typographie – auquel il ajoute cette fois une affectation particulièrement agaçante : écrire tous les nombres en chiffres romains, ce qui nous permet d’apprendre que le chef de l’expédition aura bientôt XL ans, et que l’expédition avance pendant II jours et III nuits… Cela dit, si fait l’effort d’ignorer tout ça, Pulver fait de vrais efforts pour rendre la menace étrange et incompréhensible, qui fonctionne plutôt bien. Un demi-succès, donc.

Je retiens A Special Day et The Sibyl at CumaeWhat the Moonlight BroughtThe Eye of Cybele et The Eighth Hill ont toutes de bons côtés. Quant au reste, il se range plus dans la boîte du « pas pour moi » que dans celle des ratages, à la possible exception de Poisoned Gifts.

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