30/09/2018

L'Égyptologue


L'Égyptologue d'Arthur Phillips entremêle deux récits qui se répondent : d'un côté on lit le journal personnel de Ralph Trilipush, jeune égyptologue sorti d'Oxford, alors qu'il cherche à localiser la tombe royale (enfin, surtout le trésor) d'Atoum-hadou en 1922. De l'autre, on lit les souvenirs d'un vieux détective privé qui, depuis les années cinquante, se souvient d'une vieille enquête qui l'a mené sur les traces d'un jeune australien féru de l'Égypte et qui a croisé le chemin de Trilipush en 1915, pendant la Grande guerre.
La narration de Ralph Trilipush est délicieusement ignoble : pour financer son expédition, il s'est fiancé à la fille d'un riche négociant de Boston. Il alterne donc les passages où il rédige le futur livre qui racontera sa gloire, les lettres d'amour où il rassure sa bien-aimée et les câbles qu'il envoie à beau-papa pour obtenir son financement. Le portrait de cet égyptologue n'est pas bien fameux : il rejette systématiquement ses échecs sur les autres, il est obnubilé par son petit nombril, il se ment tout autant qu'il sert des bobards aux autres. Son obsession pour Atoum-hadou en devient ridicule, surtout que le roi en question est surtout connu pour avoir écrit de la poésie cochonne. On se délecte à suivre ce petit bonhomme qui surnage dans sa médiocrité. Les échanges qu'il a avec Howard Carter, qui lui cherche au même moment la tombe de Toutânkhamon, sont du petit lait.

Et les souvenirs du détective privé sont très précieux, car il se rend rapidement à Boston, ce qui permet au lecteur d'obtenir un autre son de cloche sur cette histoire. Car Trilipush n'est vraiment pas le seul à manipuler son entourage. On est tenu en haleine par le récit car on veut savoir ce qui est arrivé à ce jeune australien qui a disparu en Égypte à la veille de l'armistice. Et le ton désabusé de ce privé dont le coeur a été malmené par la fiancée de Trilipush offre un excellente contrepoids à la médiocrité humaine de ce parvenu d'angliche qui fait tout pour être détestable.

L'auteur s'appuie sur une réalité logistique très intéressante : le fait que les lettres que s'envoient Trilipush et sa fiancée mettent des semaines à se rendre à destination. Cette correspondance asynchrone, mélangée à des câbles qui sont, eux, bien plus rapides, donne des situations intéressantes où les situations changent drastiquement entre l'écriture d'une lettre et sa lecture. Ce décalage permanent accentue l'isolement de Trilipush et sa descente aux enfers quand tout se met à aller à vau-l'eau. Comment faire face à calomnie dans de telles conditions ?

C'est un roman que je recommande chaudement aux MJ de l'Appel de Cthulhu, en particulier ceux qui font jouer les Masques de Nyarlathotep, car il y a des tonnes d'idées à repiquer pour l'étape égyptienne de l'expédition. La relation avec les fonctionnaires locaux, la gestion du petit personnel, l’égocentrisme colonial de ces gens... Trilipush ferait un PJ de première bourre.

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