26/03/2019

Rocket Age, le retour


Depuis mon dernier billet sur Rocket Age, il y a deux ans, de l’eau a coulé dans les canaux de Mars. Cubicle 7 a lâché la gamme. Ken Spencer, son auteur, a récupéré les droits, racheté les stocks et fondé sa propre société, Why Not Games, pour les écouler.

Trois ouvrages sont sortis chez ce nouvel éditeur :

• Tales from the Rocket Age, un recueil de nouvelles ; 
• Slaves of the Earthlings, un scénario en pdf ; 
• et surtout Imperial Jupiter, une présentation de Jupiter et de ses nombreux satellites.

Voilà qui me donne de quoi poursuivre le portrait de famille !

Tales from the Rocket Age


Ce petit bouquin propose une présentation rapide de l’univers à l’usage des gens qui ne lisent pas mes billets, plus quatre nouvelles d’une trentaine de pages à la pagination aérée.


• Spies, Lies and Allies, d’Andrew Peregrine, est une bonne histoire avec plein de rebondissements dans tous les sens, enrobés dans une bonne dose d’humour. J’aime d’autant plus qu’on sent, à la lecture, les « bon, d’accord, tu fais ça mais… » d’un MJ qui s’amuse. Elle est parfaite pour présenter l’univers à des joueurs anglophones et qui ne rechignent pas à la lecture.

• Casey Chester – Rocket Corps on Mars, de James Spencer, se laisse lire sans déplaisir, mais elle souffre de la proximité avec la précédente, à qui elle ressemble comme de grains de sable martien, avec moins d’humour, plus de militaires et plus de combats. 

• Emancipation Knights, de Ken Spencer, est une histoire de détectives privés embauchés par une courtisane martienne pour retrouver l’assassin d’un prince déchu. C’est du polar urbain bien noir, avec les poncifs du genre rhabillés à la sauce radium : un héros qui noie son mal-être dans le bourbon, une secrétaire de choc, un ballet de types douteux aux motivations peu claires... On s’amuse bien.

• Three Aces for the Dancer, d’Ed Greenwood, est bien faite, mais elle a très vite atterri dans la boîte « pas pour moi ». En gros, sur ses trente pages, une bonne vingtaine sont consacrées à une scène de combat à bord d’une fusée entre les trois héros et une quinzaine de pirates désireux de leur voler leur vaisseau. Pour amateurs de combat tactique, ce sera parfait.

Sur quatre nouvelles, nous avons donc deux bons crus, un moyen et un pas terrible. À 1,77 € le pdf, le rapport qualité-prix reste élevé…


Slaves of the Earthlings



Ce scénario de 24 pages, situé sur Mars et signé Ken Spencer, met nos héros aux prises avec un réseau de traite des Blanches… enfin, de courtisanes martiennes. Les vils ravisseurs travaillent pour le Scorpion rouge, ce qui permet de connecter cette histoire à la campagne consacrée à ce syndicat du crime si le cœur vous en dit. 

L’aventure est divisée en deux actes. Le premier se passe sur Mars, et voit nos héros tenter d’empêcher des enlèvements. Il est livré avec une courtisane idéaliste qui va mal finir, un petit cireur de chaussures qui sait plein de trucs, des primitifs cannibales, un salaud bien ignoble et une garniture de sbires qui n’ont pas inventé l’eau tiède. Ça se mange sans faim, et même on en redemande.

Ça tombe bien, il y a un acte II, à bord d’un cargo spatial en route pour la Terre, dont la soute abrite des cages pleines de pauvres filles qui seront vendus à de riches pervers si nos héros n’y mettent pas bon ordre. La liaison entre les deux parties n’est pas forcément intuitive, et les raccorder exigera sans doute un peu de boulot : les PJ s’infiltrent-ils à bord avant le décollage ? Optent-ils pour un abordage spatial ? Peu importe, dans tous les cas, il y a matière à de jolies scènes d’action.

Un bon cru, donc, qui m’a donné envie de relire Coke en stock ou, dans un genre moins fictionnel, La route de Buenos Aires.



Imperial Jupiter



Ce livre présente Jupiter et surtout ses satellites en 174 pages. Le papier est un peu fin qu’à l’époque de Cubicle 7, les illustrations moins homogènes, et il y a un peu plus de coquilles et de pets de maquette que de coutume (essentiellement des saut de ligne mal à propos).  Rien de tout ça n’est bien grave, parce qu’importe le flacon, l’ivresse est là : tout est au minimum agréable à lire, et certains morceaux tirent vers le passionnant.

Dans la première partie, chaque chapitre nous propose une petite présentation fonctionnelle de quelques lieux importants.

• Jupiter ne « détaille » rien, mais nous donne quelques lieux emblématiques et quelques clans joviens prêts à servir.
• Metis est un monde ravagé par une épidémie, où les survivants vivent dans la paranoïa et des bunkers.
• Amalthée est un très court chapitre qui sert à introduire ce qui attend les explorateurs qui se risqueront dans le système extérieur, au-delà de Jupiter.
• Io est un monde ravagé, jonché de bombes non-explosées et hanté par une faune agressive (et de Ioites mutants).
• Europa est le monde natal des Europans, la civilisation la plus avancée du système solaire, avec leurs désintégrateurs, leurs soucoupes volantes et leur tendance à considérer les humains comme… comme quoi, au juste ? Ce chapitre lève un coin du voile sur la culture des Europans qui prennent un petit poil de profondeur.
• Ganymède est peuplée de plantes. Enfin, d’une vie végétale mobile, mais qui n’ont qu’un rapport lointain avec les plantes terrestres.
• Callisto est un monde froid et hanté de gros yétis cornus, poilus et inamicaux.
• On termine la balade par un retour sur Jupiter, et plus précisément sur les Docks anglo-américains, qui sont le principal point d’accès aux mondes joviens. Il y a là plusieurs bases militaires, mais aussi des installations civiles, des marchands, un monastère catholique, des extraterrestres venus de tout le système solaire… bref, de quoi s’amuser.

• Organizations nous parle d’une société de transport de fret, d'un syndicat de mécanos et ingénieurs de fusées qui pourrait donner lieu à d’amusantes complications, et d'une organisation de dissidents metisiens. Toutes sont bien vues, mais elles se font voler la vedette par les Royal Marine Rocket Brigades et la Royal Rocket Navy, les bras armés de Sa Gracieuse Majesté dans le système solaire. On y découvre que le poste de First Rocket Lord a été confié à un ancien Premier Lord de l’Amirauté, un certain Winston Churchill…

• Equipement nous présente un tas de matériel et de gadgets issues de technologies très différentes – pour autant que les symbiotes ganymédiens puissent être qualifiés de « technologie ». On y apprend, entre autres, comment désamorcer les bombes à antimatière[1]qui parsèment Io. Et ce qui vous arrive si vous n’arrivez pas à la désamorcer.

• Ecologies of the Jovian System propose vingt-cinq pages de monstres. Et oui, il y a des baleines des nuages dans l’atmosphère de Jupiter, des baleiniers aériens, une Grande Baleine Blanche et un équipage qui la traque. Faut pas hésiter à se faire plaisir, des fois.

Au passage, on découvre trois nouvelles races jouables (enfin, jouables… à condition d’avoir des goûts bizarres) : des mantes religieuses qui volent dans le vide, des vers à tentacules qui servent les Europans, et les yétis de Callisto, qui sont une version amplifiée des hommes-singes de Vénus – plus gros, plus poilus et nettement moins décontractés.

Le principal reproche que je ferai à toutes ces bonnes choses est que Ken Spencer est dans une démarche d’auteur, et d’auteur qui pense que ses lecteurs le suivent. Du coup, il fait référence à des trucs qui se trouvent dans des suppléments précédents avec la totale bonne conscience du gars qui sait que vous les avez lus. Cela nous vaut une situation paradoxale : lire un supplément sur Jupiter sans avoir la moindre idée de l’apparence des Joviens. Comme ils ont déjà été détaillés dans Heroes of the Solar System, Ken Spencer ne consacre pas une ligne à nous rappeler leur apparence.

Ce premier supplément majeur depuis le changement d’éditeur est plus qu’honorable. J’espère que M. Spencer en a encore beaucoup d’autres sous le coude !


Trois suppléments pour Rocket Age, disponibles sur le site de l'éditeur (mais les frais de port depuis les USA sont prohibitifs) ou sur DrivethruRPG.com.


[1] Entre nous, ce ne sont pas les plus désagréables.

1 commentaire:

  1. Ah bah non mais zut alors! J'avais jusqu'ici remis à plus tard cet achat, n'ayant pas encore eu l'opportunité de le caler au milieu du reste, maintenant j'ai de nouveau très envie de me plonger dedans, moi qui aime bien la SF rétro!
    Il pense ressortir le ldb ou ils s'appuient encore sur les stocks restant de la version Cubicle 7?

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