18/12/2020

The Marrow Thieves


Auréolé de nombreux prix comme vous pouvez le voir sur la couverture, The Marrow Thieves est classé dans la littérature pour ado car il met en scène des personnages majoritairement adolescents (ce qui est un peu couillon, comme raisonnement mercatique). On y raconte la fuite en avant de jeunes adolescents autochtones après les années 2050. Il faut dire que l'avenir n'est pas glop : les hommes blancs ont cessé de rêver, alors ils se sont tournés vers les Premières nations pour récupérer la moelle osseuse de ses habitants afin de se l'injecter et ainsi retrouver la capacité à faire des songes. La chasse à l'autochtone devient dès lors méthodique, aussi les survivants se réfugient-ils sur les terres ancestrales afin de fuir la folie ambiante.

Le groupe que l'on suit dans ce Canada  tragique est composé de membres de différentes nations qui mettent en commun leurs ressources et leur savoir-faire pour toujours être en déplacement afin d'éviter de tomber dans les nombreux guet-apens qui leur sont tendus pendant leur voyage. Car les chasseurs blancs ne sont pas les seuls : il y a bien évidemment des autochtones qui collaborent avec ceux qui déciment leurs rangs, d'autres qui profitent de la situation pour laisser aller leurs plus bas instincts. C'est de la survie quotidienne, sans réel espoir. Ce n'est pas tout à fait pour rien que le livre débute par une citation de La Route de Cormac McCarthy : c'est une histoire tragique dans un monde laid.

Et effectivement, l'idée d'évoquer les atrocités infligées aux peuples autochtones en en faisant un enjeu dans le futur est excellente : les personnages ont de bonnes raisons de fuir car ils savent pertinemment qu'ils sont en danger, que l'implacable machine des blancs est contre eux, qu'ils ne peuvent que compter sur les membres du groupe... De temps en temps, ils trouvent du temps autour du feu de camp pour se raconter des histoires du temps d'avant, et ainsi digérer les événements. On parle de transmission, de cohabitation intergénérationnelle, de vivre en respectant son environnement. Des thèmes forts.

Mais je n'ai pas tant apprécié ma lecture. Le hic, c'est que les péripéties d'un groupe de survivants qui évoluent dans un univers hostile, on en a tellement bouffé ces dernières années avec la mode zombie que c'est un genre très balisé. Et les protagonistes du livre, je les ai trouvés trop superficiels. Le bouquin est court (234 pages) alors ils ont un trait de caractère et une particularité, mais ils n'ont pas pris suffisamment vie pour moi. Je ne me suis pas attaché à ces frêles silhouettes qui pourtant semblaient posséder un monde intérieur hyper riche mais qui ne m'a pas été détaillé. Pire, le protagoniste principal est surnommé Frenchie, et c'est dû au simple fait qu'il prononce deux mots en Français au début du livre sans que jamais sa francophilie ne soit évoquée par la suite. Si moi je décrivais un personnage en disant qu'il s'appelle Joe l'Indien et que je me contentais de lui faire prononcer un mot en inuktitut, je me ferais défoncer (et avec raison, hein).

Je les ai suivis fuir d'un camp à l'autre comme des personnages de Walking Dead. Je savais qu'on allait perdre des protagonistes car c'est un univers glauque, donc leur mise à mort était un passage obligé qui ne m'a aucunement touché. Les errements sentimentaux de Frenchie et de Rose (dont la complexité psychologique est très superficiel) m'ont semblé clichés.

Bref, je comprends la reconnaissance des institutions, c'est un roman important car la littérature autochtone est bien trop rare dans nos librairies. Cherie Dimaline est une voix à écouter, ses histoires sont vitales. J'espère que la prochaine adaptation du roman pour la télévision saura apporter à cette œuvre les éléments qui m'ont cruellement manqué au cours de ma lecture. Car ça reste une histoire puissante qui permet d'approcher les problématiques vécues par les nations autochtones en se glissant par la petite porte de la dystopie canadienne.

Disponible en français sous le nom Pilleurs de rêves.

1 commentaire:

  1. Merci pour la découverte. Si tout se casse la gueule de Craig Strete est très bon également.

    RépondreSupprimer