09/10/2007

Où l'on parle des sagas fantasy "hype" du moment

La rentrée littéraire ne concerne pas seulement la "litt' gen'", et la fantasy devient tellement à la mode que certaines collections leur ouvrent désormais leurs portes. Vous risquez donc de tomber, au hasard de vos déambulations, sur certains bouquins. Or, malgré les mots-clés présents sur le 4e de couverture et susceptible de déclencher un réflexe d'achat chez un rôliste, certains ne sont pas comestibles.

Les Dragons de sa Majesté - Naomi Novik (Téméraire t1)

1e déception, et non la moindre. Paré du Locus du meilleur 1er roman, cette trilogie (à laquelle l'auteur prévoit déjà d'ajouter des suites) a été nominée pour le Hugo et acheté par Peter Jackson. Voilà qui pourrait imposer le respect, non ? En tous cas, ça peut amener à jeter un oeil au pitch : une uchronie proposant une version des guerres napoléoniennes où les dragons existent et constituent un corps d'aviation. L'histoire est celle d'un officier de marine, qui tombe sur un oeuf de dragon prêt à éclore et se fait adopter par la petite bête, ce qui a pour effet de le transférer immédiatement chez les aviateurs. Là, il apprend son nouveau métier tout en développant une profonde relation avec le saurien. D'emblée, saluons la seule idée rigolote : les dragons à taille adulte sont tellement imposants qu'ils transportent tout un équipage (hommes d'échine, vigies, canonniers, etc.). J'ai bien dit : "la seule". En dehors de cela, le livre est le résultat des influences mal digérées de la série de Pern d'Ann McCaffrey et de Master & Commander de Patrick O'Brian. Il ne se passe rien et l'on regarde le dragon bouffer et grandir en assistant aux démêlés du héros avec ses nouveaux camarades d'armes, tous résolus par la discipline et le maintien : rien ne saurait résister à un officier de la Navy avec un balai dans le cul, semble vouloir dire l'auteur. On est dans un monde où les dragons, ultra-intelligents soit dit en passant (ils parlent comme des diplômés d'Oxford en sortant de l'oeuf, lisent des traités de science et de physique, etc.), tout en existant depuis l'Antiquité, n'ont eu aucun impact sur le monde en dehors de former des régiments de cuirassiers volants. Avec des dragons, Hannibal n'a pas dû avoir besoin de faire franchir les Alpes à ses éléphants. Bref, toute vraisemblance est jetée aux orties, et le mini-essai d'étude des dragons proposé en fin de livre est peut-être plus intéressant que les aventures du Capitaine Laurence et de son dragon Téméraire. A oublier, donc.
Une affaire de famille - Charles Stross (les Princes-Marchands t1)

2e déception, plus sur le principe de "qui aime bien châtie bien". Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé de Charles Stross, dont je recommande chaudement la lecture du déjanté Bureau des Atrocités, sorte de version geek et gore de Delta Green. Si vous le lisez et que vous aimez, ne lisez pas, je répète, NE LISEZ PAS, les Princes-Marchands. Des mondes parallèles, une famille de marcheurs entre les mondes, des conflits familiaux et des complots séculaires : ça vous rappelle Ambre ? Normal, c'est un hommage avoué et une relecture moderne. Par moderne, entendez "web 2.0". L'héroïne (une bonne Mary-Sue, ou je ne m'y connais pas), en découvrant sa famille cachée ("ma chérie, tu es une orpheline, et tu avais ce médaillon avec toi quand on t'a retrouvé." "Oh, un médaillon magique ! Je passe entre les plans quand je me concentre dessus !"), décide de faire bénéficier des vertus du libéralisme et de la révolution industrielle le monde moyen-âgeux où ses parents règnent en maître. Rien ne lui résiste, elle fonde une sorte de "Girl's Power" avec toutes ses chics cousines biclassées commandos-courtisanes (même si au départ elles semblaient être de vraies gourdes), et même le vieil oncle grincheux que tout le monde craint finira par lui manger dans la main. C'est plat, c'est lent, c'est même pas marrant, et ça semble ne plus en finir : la 1e histoire dure sur 2 tomes, et le succès commercial semblant être au rendez-vous (Ahem...), l'auteur continue à écrire des suites. On doit en être au 4 ou 5, à l'heure où je vous parle.

Night Watch & Day Watch - Serguei Loukianenko
Vous feriez mieux, plutôt que de lire ces trucs, de vous fier aux conseils de Cédric et de lire Night Watch et Day Watch, publiés en littérature générale par Albin Michel (on sort de notre cave, les gars !). J'ai essayé, et j'ai été soufflé. J'avoue que je les avais pris en me disant que, au pire, ça serait mieux qu'une novellisation White Wolf, et que au mieux ça ferait un autre truc à lire sur les vampires que les sempiternels Ann Rice. Hé ben, j'ai été bluffé. D'abord, tout le salmigondis Monde des Ténèbres est plutôt en arrière-plan : vampire, mage, garou ou n'importe quoi, les Protagonistes sont des Autres, et ils oeuvrent dans la Pénombre. La construction de la série, en récits faussement indépendants qui finissent par former une trame unique dont on ne saisit toutes les implications qu'à la fin du tome, est excellente. L'ambiance de la Russie post-soviétique a un cachet indéniable, mais surtout, ce sont les dilemmes moraux et l'ambiguïté des agissements de chaque camp qui sont au centre de l'intrigue. Bref, c'est bien au-delà des habituels romans de rôlistes ("bof, la couv est naze, mais j'en tirerais bien une idée de scénar ou deux"), et ça fait partie des très bons romans fantastiques du moment. Merci Cédric !














4 commentaires:

  1. La "trilogie" de Novik est déjà une tétralogie. En effet "Empire of ivory" est déjà sortit en poche au states.

    J'ai prévu de me les lire un de ces jours (déjà acheté même) et ce que tu en dis me fais craindre une dépense pour rien :(

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  2. Peut-être qu'après un démarrage poussif, les tomes suivants gagnent en intrigue, action, profondeur et vraisemblance ?...

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  3. ... c'est patrick o'briAn :)

    La saga des princes marchands : bon, je crois qu'il y en a trois publiés. C'est rigolo, dans la ligne de Ambre, mais c'est vrai que c'est très très loin de la force de la plupart de ses autres bouquins.

    Nightwatch : j'avais commencé par le film, qui m'a arraché un bout de cervelle par son coté vampire bourré à la vodka. Puis, prenant mon courage à deux mains, j'ai délibérément ignoré la laideur de la couv (sans chemise) du tome 1. Rooooh didonc, ce que j'ai apprécié açaoui !

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  4. J'ai corrigé, Antoine. Merci de ton oeil vigilant - et de tes propres suggestions de lecture. ;)

    Sinon, je ne fais pas faire un billet là-dessus, mais je vous suggère aussi d'éviter "La Mort du Nécromant", de Martha Wells. Ca commençait pas mal : un personnage mi-Arsène Lupin, mi-Comte de Monte-Cristo, dans une Vienne imaginaire (du XIXe teinté de fantastique qui ne soit PAS steampunk), mais c'est plombé par une intrigue inintéressante, molle et pleine de rebondissements répétitifs. J'ai lâché à mi-chemin.

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