12/05/2014

Vo'hounâ


C'est une histoire qui se déroule il y a à peine 35 000 ans et qui prend pour cadre la rencontre de deux branches cousines de l'Humanité : les Cro-Magnons et les Néandertaliens. Cheval-Cabré est de la première variation, Vo'hounâ est de la seconde. Et une prophétie (oui, comme dans la fantasy) annonce depuis longtemps qu'un Cro-Magnon sauvera la tribu de Vo'hounâ de l'emprise du terrible sorcier (oui, comme dans la fantasy) qui la poursuit. Ces deux-là tomberont amoureux au premier regard (oui, comme dans la fantasy), elle se fera kidnappée (oui, comme dans ce que vous savez), il partira à sa recherche, devra accomplir des quêtes (bon, vous avez compris maintenant) pour obtenir assez de puissance magique afin de défaire le sorcier. Raconté comme ça, c'est D&D avec du silex, et pourtant ce n'est pas du tout ça.

Emmanuel Roudier (qui est également rôliste) dessine divinement bien son monde. On y croit dès la première case, on est embarqué en plein Würm (la dernière période glacière que nous ayons connue et qui a fini il y a à peine 10 000 ans) pour une quête des origines d'un dépaysement total. Et au lieu de raconter un homme préhistorique bête, brutal et sans langage, l'auteur fait le choix d'une histoire qui raconte plus la coexistence de plusieurs tribus et lignée. Qui pis est, ils sont intelligents, ont des dilemmes et ont une cosmologie complexe et cohérente avec leur réalité paléoanthropologique. Évidemment, quand le sorcier se transforme en une créature immense, quand le héros devient l'incarnation de l'esprit du mammouth, ça semble intensément fantasy comme approche. Et il faut plus y voir une allégorie. C'est ainsi que ces hommes expliquaient leur monde, il est donc logique que le lecteur de la BD voit aussi cette histoire sous son aspect le plus magique, avec des chamanes qui parlent aux animaux ou qui fabrique des armes magiques avec des os.

Si je devais faire un reproche à ce recueil de 4 BD, c'est d'être paradoxalement un peu trop bavarde. Elle dépeint un monde basé sur l'oralité, mais j'ai trouvé qu'il y a avait trop de bulles à lire. J'avais envie qu'elles laissent plus de place au dessin d'Emmanuel Roudier et qu'il sorte de la logique des petites cases qui se succèdent pour dessiner des pages immenses où ce monde prend vie sous ses traits. Car c'est un artiste de talent, le Roudier. Il vous plonge dans son interprétation de cette époque où deux possibilités humaines se croisent. On ne sait pas encore laquelle s'imposera, mais ce n'est vraisemblablement pas par la guerre ou via une colonisation forcée.

Pour bien faire, il faudrait qu'Emmanuel Roudier écrive et illustre un jeu de rôles sur le sujet, tiens. Oh, mais attendez, c'est ce qu'il a fait, et ça s'appelle Würm. Je vous en parle plus en détails tout bientôt. En attendant, si vous voulez vous donner une idée de l'univers graphique de l'auteur, vous pouvez visiter son blog où il présente des planches de ses autres séries préhistoriques.

Je me rends également compte que cette série était parue en couleurs chez Soleil, mais de manière incomplète. Ce recueil est en noir et blanc (avec des reflets d'ocre pour le sang et les cheveux roux de Vo'hounâ) mais contient la fin de l'histoire. Et c'est tant mieux.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire