30/09/2006

Powers

Powers est un comics. Voilà, c'est dit. Mais Powers n'est pas une comics comme les autres : les personnages de cette série ne sont pas des super-héros avec un slip par dessus leur collant mais deux flics spécialisés dans les homicides qui touchent de près ou de loin des super-héros. Oubliez donc les scénarios grandiloquents où une brochette de super-gentils lutte contre une invasion d'aliens agressifs ou bien contre les plans machiavélique d'un super-méchant. Powers se focalise sur la logique légale d'un univers intégrant des super-héros. Comment faire pour mener une enquête quand l'accusé peut voler, se déplacer à la vitesse de la lumière ou soulever une voiture d'une seule main ? Comment savoir qui a pu tuer un type réputé invulnérable ? Quelles lois s'appliquent à des gens aussi hors norme ? Toute ces questions sont traitées (entre autre) dans ce comics qui est en quelque sorte de croisement entre une série policière et les Watchmen d'Alan Moore.

C'est en jouant avec la logique de l'implication sociale et légale des super-héros que Brian Michael Bendis façonne un univers cohérent qui joue avec les codes du genre. Les deux personnages sont simplement humains (enfin, en apparence) et sont confrontés à des assassins bien plus puissants qu'eux. Il n'y a donc pas de course à la puissance, Powers est une collection d'enquêtes qui suivent un fil rouge : décrire les deux inspecteurs de police qui ne sont pas les simples flics que l'on croit. L'un est hanté par un ancien power tandis que l'autre est un power en devenir.


Le dessin est épuré avec un gros travail sur les ombres. Les deux seuls reproches que je peux faire à Michael Avon Oeming c'est un découpage parfois fouilli (certaines scènes se lisent sur les deux pages, mais ce n'est pas toujours évident de s'en rendre compte au premier coup d'oeil) et des personnages masculins parfois trop identiques. Mais c'est un univers graphique qui colle parfaitement au propos. On y retrouve à la fois l'aspect polar de la rue et la débauche de couleurs des super-héros.

Je suis moi-même assez imperméable à ce genre dessiné et pourtant, j'ai craqué sur cette série qui à tout pour séduire les lecteurs allergiques au super. Le récit ne porte pas beaucoup sur l'action mais parle plus du travail des médias, des réactions des fans, de l'avis des spécialistes du phénomène power, bref les à-côtés qui sont, à mes yeux, plus intéressants que la débauche de super-combats avec des dialogues sur-explicatifs. La série comportera bientôt 10 PTB et je vous propose un petit résumé (avec spoiler) pour décider les rétifs à goûter à Powers.


Retro-Girl est une power qui fait la une de tous les magazines. Ses posters sont sur les murs de bien des adolescents. Bref, c'est une super-people. Alors forcément, quand elle est retrouvée morte, c'est tout une affaire. C'est donc l'occasion pour le lecteur de faire connaissance avec nos deux inspecteurs préférés : Christian Walker et Deena Pilgrim. Le premier est un gros costaud à la machoire carrée tandis que la seconde est un petit bout de femme. C'est improbable duo va donc tenter de répondre à la question "Qui a tué Retro-Girl ?" Ce premier opus pose les bases de toute la série et certaines questions développées dans cette enquête ne trouveront leurs réponses que bien des épisodes plus tard (dont le mystérieux groupe Chaos Chic).


Une enquête très rigolote à lire pour des rôlistes/GNistes puisqu'elle met en scène des joueurs qui s'habillent en super-héros alors que c'est interdit par la loi. Ce n'est sans doute pas l'enquête la plus intéressante, mais son principe fera assurément merveille autour d'une table de jeu.


Je n'arrive pas à mettre la main sur ce PTB. Pour une raison inconnue, il est rupture de stock un peu partout. Les prix pratiqués sur ebay pour ce numéro m'incitent à penser qu'il doit être enluminé avec des feuilles d'or et que la couverture doit être recouverte de diamants.


C'est ce que j'aime le plus dans Powers : un meurtre a lieu dans un group de super-héros qui (un clone des Vengeurs de la Côte-Ouest ou de la JLA) et bien évidemment, en menant l'enquête, on se rend compte que ses équipes de powers liés par une indéfectible amitié de 30 ans sont surtout un ramassis d'égotiques qui ne peuvent pas se supporter les uns les autres.


Cet épisode fait avance l'arc story basé sur Chaos Chic mais le personnage de Christian Walker est en retrait de la scène pendant tout le volume. C'est un épisode relativement court qui se permet toutefois de zigouiller un bon nombre de powers. Les tueurs en série, c'est encore mieux quand ils attaquent des super-héros.


Ça commence par un simple scandale qui implique un power en train de donner un golden shower à son sidekick, et ça dérape vite en meurtres en série au sein d'un groupe de super-égoïstes qui n'ont plus aucune valeur en commun. J'ai adoré tout un passage de ce volume qui reproduit les aventures kitchs de ce groupe de powers en se moquant allègrement du genre.

Un épisode qui débute pendant la préhistoire et qui explique bien des choses sur le passé de Christian Walker. On y retrouve différentes ambiances (la guerre du feu, Conan, les films chinois d'arts martiaux et les prémices des super-héros modernes) qui montrent que le thème du super-pouvoirs n'est pas uniquement contemporain. Attention, c'est gros-bill.


Suite logique du précédent volume où un power un peu badin a (entre autres) brûlé vif le Pape, cet épisode change la donne puisque les powers deviennent hors-la-loi. Interdire les super-pouvoirs, c'est facile à dire, mais c'est un peu plus complexe sur le terrain. Comment rattraper un type qui n'a pas le droit de voler et lui mettre une amende ? Mais surtout, qui va arrêter les super-méchants si les super-gentils n'ont plus le droit de s'amuser en ville ?


Après avoir longtemps joué avec le personnage de Christian Walker, la série prend une toute autre tournure en faisant de Deena Pilgrim une power malgré elle. N'aller pas croire qu'elle vole et lance des éclairs au nom du Bien : son histoire est bien plus glauque et "réaliste". Comme l'indique le titre ce volume, sa santé mentale est loin d'être super-résistante.

Vivement le prochain PTB...

3 commentaires:

  1. Merci de cette critique, Cédric. Je vais donner une 2e chance à cette série, dont le 1er TPB ne m'avait pas assez plu pour que je continue. Je trouvais l'idée convenue, dans cette période de remise en question des super-héros, et l'exécution assez facile. Mais si ça s'améliore ensuite, ça vaut le coup d'être lu.

    RépondreSupprimer
  2. Une chose est certaine : c'est sans doute parce que je ne suis pas un gros lecteur de comics que cette série en particulier me plait. C'est certain que beaucoup de choses ont été dites sur le genre SH et ce qui me parait génial est sans doute très convenu pour d'autres. Mais les comics, c'est comme la fantasy : il y a tellement de publications que c'est devenu compliqué de séparer le bon grain de l'ivraie.

    RépondreSupprimer
  3. Anonyme8/12/06

    Merci de m'avoir fait découvrir cette excellente série. Pour info l'album qui te manque est en occasion sur Amazon à un prix raisonnable

    RépondreSupprimer