25/10/2008

Alatriste


Ce n'était pas l'homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c'était un homme courageux. Il s'appelait Diego Alatriste.

Je ne vais pas vous faire l'insulte de présenter la saga d'Arturo Pérez-Reverte, c'est désormais un classique au même titre que les feuilletons de Dumas. Madrid, ses hidalgos, ses duels d'honneur, ses manigances, sa fin de règne... Ce sont des livres incontournables à mes yeux.

Le film est sorti en 2006, a fait un passage éclair dans les salles de cinéma et n'a même pas connu un succès d'estime en DVD. Ça fait 2 ans que je cherchais à le voir, ne comprenant pas pourquoi un film basé sur une licence aussi flamboyante, avec Viggo Mortensen dans le rôle-titre, était quasi impossible à trouver au Québec. Je n'arrivais même pas à le télécharger sur les réseaux P2P, c'est dire. Et puis, la patience a fini par payer : par un pluvieux après-midi d'octobre, j'ai enfin pu voir le film. Après 2h12, je comprends pourquoi cette adaption est passée à la trappe.

Quel ratage. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête du réalisateur, mais il a décidé de picorer dans les différents romans pour faire une sorte de bloubiboulga alatristien. Hop, je prends quelques scènes du Gentilhomme au pourpoint jaune, tiens je vais prendre un morceau de l'intrigue de L'or du Roi, sans oublier un soupçon du Soleil de Breda... Le mélange de tous ces éléments scénaristiques donne un enchainement de tableaux sans lien, qui saute du coq à l'âne sans explication. Certains personnages importants disparaissent (exit la belle aubergiste qui partage les nuits d'Alatriste, par exemple), d'autres sont présents à l'écran mais sans que l'on prenne la peine de les présenter.

Cette bérézina scénaristique est d'autant plus dommage que la substance du film est excellente. Viggo Mortensen est absolument génial dans le rôle (Jean Rochefort avec 30 ans de moins aurait également été un choix d'acteur intéressant, à mon goût), il campe un superbe capitaine taciturne. Les scènes de bataille sont sordides à souhait, c'est réellement plaisant de voir cette atmosphère sanglante fidèlement retransmise à l'écran. Les décors et les costumes ne sont pas en reste : l'image est crédible même si l'on sent que le budget est aussi réduit que la solde d'Alatriste.

Regarder Alatriste, c'est un peu comme regarder une version du Seigneur des Anneaux qui ferait 1h30 : on a l'impression de voir une longue bande-annonce qui ellipse tout, passant d'une scène de combat dans une ruelle ombrageuse aux batailles de Flandre sans mise en contexte. Quelqu'un qui n'a pas lu les romans ne peut décemment pas comprendre les tenants et les aboutissants du scénario et de la vie d'Inigo et Alatriste, c'est mission impossible.

Reste le plaisir de voir un Alatriste crédible. C'est une mince consolation, mais désormais, quand je vais lire/relire les romans, c'est l'incarnation de Viggo Mortensen qui s'animera dans mon imaginaire.

4 commentaires:

  1. Je partage cet avis. La forme est réussie, le fond beaucoup moins. J'ai eu un choc au cinéma en voyant ce mélange des différents tomes sans qu'aucun thème soit approfondi. Mon souvenir le plus flagrant sur ce point, c'est lorsque ça parle du sort réservé au juifs (scène dans une taverne) évacuée en 30 secondes sans qu'on sache ce que ça vient faire là. Résumer un tome entier comme ça, il fallait oser. Bref, impression assez moyenne. Dommage, si le scénario s'était contenté du premier tome, ça aurait pu être un excellent film.

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  2. J'ai dans le détail, dans le forum de la Cour d'Obéron, mon ressenti très mitigé sur ce film (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,509.msg29248.html#msg29248). Trop d'ellipses pour être compréhensible par ceux qui n'ont pas lu les romans avant, et pas assez de matière à savourer pour les fans des romans.

    Mais je ne jette pas le bébé avec l'eau du bain, et je me régale avec les grands moments de cinéma et de jeu d'acteurs que cet Alatriste nous offre quand même.

    Je crois que le sujet aurait mérité une trilogie ciné, façon Le Seigneur des anneaux. Et pas mal de fans d'Alatriste auraient applaudi des deux mains une telle aventure, je pense.

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  3. En fait, dès que j'ai vu que le réalisateur avait transformé la blonde Angélica de Alquézar du tableau en une brune, j'ai su que l'Oeuvre allait être monstrueusement trahie.

    J'aurais préféré une mini-série TV de quelques épisodes (un par volume) plutôt qu'un best of décousu.

    Vivement que Corsaires du levant arrive au format poche au Québec...

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  4. J'ai récemment lu le premier roman et, ayant lu ton article auparavant, j'ai eu le beau Viggo devant les yeux pendant tout le bouquin. Quelle chouette moustache, quand même! ;)

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