26/03/2009

Le Club des policiers yiddish


Le Club des policiers yiddish est un polar uchronique juif. Oui, les trois mots collés ensemble, ça semble un peu étrange, j'en conviens. Et pourtant...

Meyer Landsman est flic. Dépressif, alcoolique, hanté par la mort de différents proches, il est l'incarnation du héros de polar. Jusqu'au-boutiste, récalcitrant à l'autorité, son chef direct n'est autre que son ex-femme. C'est un flic issu d'une famille juive intimement liée au malheur. Heureusement, son partenaire est son cousin, un métisse juif-autochtone ni juif ni autochtone. Tout commence avec un mort dans une chambre d'hôtel, un junkie qui joue aux échecs. La routine, en apparence. L'enquête va les obliger à mettre le nez dans une communauté juive orthodoxe très particulière.

Uchronie donc. Tout juste après la seconde guerre mondiale, les israéliens se sont fait expulser de la Terre promise par les palestiniens. Les USA ont donc proposé une solution de replis à la diaspora : l'Alaska. Certes, le climat n'est pas le même que sur le plateau du Golan, mais au moins il y a de la place pour vivre paisiblement. Mais l'hébergement ne devra pas durer plus de 60 ans. Et justement, le roman commence à la veille de la rétrocession du territoire. Une fois de plus, les juifs sont obligés de partir, trouver asile ailleurs. C'est pas que l'Alaska soit le paradis sur Terre, mais les immigrants avaient fini par s'y faire, malgré quelques bisbilles avec les autochtones. Étranger chez soi.

Un décor juif tout en relief, avec des personnages pétris de tradition, des orthodoxes sortis tout droit d'une autre époque. Il y a comme une addiction au malheur chez les protagonistes, cette sourde angoisse de la perpétuelle tragédie juive. On se lamente, on ironise, on tente de trouver des raisons d'y croire encore. Le texte est saupoudré d'argot yiddish qui ne gène en rien la compréhension, bien au contraire. Au début, on va systématiquement voir dans le lexique à la fin du livre, mais rapidement, on se laisse volontiers déborder par les expressions.

C'est mon premier contact avec Michael Chabon (enfin non, il parait qu'il a co-scénarisé Spiderman 2, ce dont je ne le félicite pas) et je dois avouer que son écriture est très plaisante. L'humour et le cynisme qu'il développe collent parfaitement avec l'ambiance du polar. Son uchronie est originale, même si je trouve dommage que la sphère politique de cet Alaska yiddish soit occultée. Il y aurait bien des choses à raconter sur ce bout de terre donné puis repris. Peut être Chabon y reviendra-t-il avec une suite ?

Du coup, je passe directement aux Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay du même auteur car ça fait des mois que Munin m'en fait l'éloge.

Je termine avec une phrase leitmotiv du Club des policiers yiddish : "Drôle d'époque pour être juif."

9 commentaires:

  1. J'ai vraiment aimé. En terme d'originalité pure, je ne crois pas avoir vu mieux l'an dernier.

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  2. Spiderman 2 est excellent ! Qu'est-ce que tu lui reproches ?!!!

    Et je lirai Le Club des policiers yiddish dès que j'aurai lu assez de sciences sociales pour avoir la conscience en paix.

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  3. Je reproche à Spiderman 2 de ne m'avoir laissé aucun souvenir particulier. Ni fait ni fait à faire, quoi.

    Tu peux par contre avoir la conscience plus ou moins tranquille en prétextant que le CdPY est un polar ethnique, donc c'est presque un roman ethnologique, d'un certain point de vue.

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  4. Encore un qui est dans la pile.
    Vu le nombre d'avis convergeant les chances pour Gromovar de préserver son intégrité physique sont en augmentation... ;)

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  5. "Je reproche à Spiderman 2 de ne m'avoir laissé aucun souvenir particulier. Ni fait ni fait à faire, quoi." Allez, juste une scène, alors : la piéta de Peter Parker, porté et vénéré après le sauvetage du métro.

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  6. Je l'ai acheté et il traine dans ma PAL. L'histoire a su piquer ma curiosité mais je ne parviens pas à considérer ce roman comme de la SF.

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  7. Je ne sais pas si l'uchronie est obligatoirement à ranger dans la SF.

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  8. Je ne sais pas si "ranger" est obligatoire ;o)

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