12/11/2010

Let the right one in


Hop, je fais remonter ce billet qui avait été initialement publié en juin 2009. À la base, j'avais vu le film et je m'étais promis de lire le livre dont il était tiré. J'ai mis du temps à tenir cette promesse car le livre ne semblait pas aussi excellent que le film (lire la critique de Laurine, par exemple).

Il y a quelques années, on a découvert un pays jusque là inconnu. Je ne sais pas pourquoi, mais tous les explorateurs l'avaient raté depuis des siècles. Quelqu'un lui a donné pour nom Suède. C'est un pays étrange qui ne vit que grâce à l'exportation d'une seule ressource : le polar. Et Let the right one in est donc fort logiquement une sorte de polar. Je ne vous en raconte pas à nouveau l'histoire, il suffit de lire ma critique du film plus bas pour apprendre de quoi il en retourne.

Sans me lancer dans une critique comparée entre la version péloche et papier, je pense que le film est pour une fois bien supérieur au roman originel. En fait, l'image permet parfois de raconter en quelques plans simples ce que le livre doit raconter en long et en large. Ainsi le statut de tête de Turc d'Oskar est rapidement mis en place dans le film alors que dans le bouquin, c'est terriblement longuet de s'enfiler les scènes de maltraitance. De plus le livre met réellement l'accent sur le lien pédophile entre Eli et son homme de main. C'est quelque chose que je n'avais pas vu dans le film et qui m'a craché à la gueule pendant la lecture. Ce n'est pas une mauvaise idée, mais ça ajoute du sordide là où il n'y en avait pas besoin. C'était déjà en soi une histoire assez glauque sans avoir besoin de jouer la carte du prédateur sexuel instrumentalisé.

De même, le récit prend des détours désagréables en s'intéressant à des personnages très secondaires (comme les piliers de bar du coin) qui donnent une atmosphère très Deschiens-misère sociale. Je n'avais pas envie d'en savoir plus sur ces gens, ceux qui m'intéressaient c'était Eli et Oskar.

Le livre accentue le sentiment de vide de la société suédoise. C'est un univers où les couples sont tous divorcés, où les mères esseulées sont absentes, où les enfants sont livrés à eux-mêmes, où l'on boit beaucoup, où l'hiver engourdit les relations humaines, où les flics n'arrivent à rien... Je suis lassé de cette vision sombre et étroite de la Suède.

Pour ne rien arranger, l'écriture est d'une platitude soporifique.

Je conseille donc le film, encore et toujours, mais ne vous sentez pas obligé d'aller à la source avec le roman.


Je sais que ça fait prétentieux comme affirmation, mais tant pis.
Je viens de voir le meilleur film de vampire de ma vie.

Je ne sais pas quand le vampirisme est devenu tendance dans les librairies, à la télévision et au cinéma, mais c'est l'overdose. C'est le truc du moment. C'est ce qui se fait de mieux. Un été, c'est la lambada. Un jour, c'est les pin's. Le lendemain, c'est Harry Potter. Là, c'est les vampires. Matin, midi et soir : vampire. Vampire pour ado (genre "Le journal intime d'un vampire"), vampire pour mormons (Twilight), vampire pour geeks (True Blood)... Mes lectures d'Ann Rice me font passer pour un vieux con.

Le film que je viens de visionner se nomme Låt den rätte komma in. Il raconte la vie d'un jeune blondinet tout fragile qui se fait violenter à l'école par ses petits camarades. Il rêve de se venger, mais manque de confiance en soi. Un soir, une nouvelle voisine débarque en taxi. Elle est accompagnée par un adulte. Ils calfeutrent les fenêtres. Le gamin et la gamine vont apprendre à s'apprivoiser comme le petit prince et le renard.

Pourquoi c'est le film le plus mieux ?
Pas de glamour. C'est pas la fascination, le vampirisme érotique. C'est tantôt sordide, tantôt attendrissant. La fillette qui incarne le vampire est géniale d'étrangeté. Il y a bien évidemment le décor suédois, entre neige et vide. Ça change des nuits urbaines et des boites de nuit qui diffusent de la cold wave ou du Marilyn Manson. C'est aussi rempli de non-dits entre les personnages. C'est tout simplement humain. Et il y a aussi les effets spéciaux : juste ce qu'il faut, rien de trop. Quelques adultes, mais c'est essentiellement une histoire d'écolier mal dans sa peau. La chasse est très réaliste, avec des histoires de voisinnage normales au possible.

On utilise souvent le cliché marketing : "C'est une histoire d'amour". En voilà un film qui peut prétendre à cette définition dans ce qu'elle a de moins racoleuse. Je suis très loin d'être sensible au romantisme fiévreux, pourtant ce film m'a fait palpiter. Parce qu'on s'identifie aisément à ce gamin élevé par une mère divorcée, parce que sa maladresse émotive est touchante.

Allez, hop, regardez donc la bande-annonce.

Pour finir, c'est tiré d'un bouquin suédois que je vais m'empresser de lire. Et un remake US est en cours de tournage (ce qui devrait être interdit par l'ONU).

Bref, le vampirisme suédois, c'est encore plus efficace que celui d'Hollywood. C'est l'effet Millénium + l'effet vampire.

13 commentaires:

  1. Il est vraiment touchant ce film. Tellement de choses dites sans utiliser des mots. Je trouve ça d'autant plus énormes que les acteurs sont jeunes.
    Pour ce qui est du livre, il faudra le lire en anglais ou je suis passé à côté d'une traduction française ?

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  2. Ton billet me donne furieusement envie de voir le film. Et tu as raison : que fait l'ONU ?

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  3. Effectivement, je vais lire le livre en anglais car il ne semble pas avoir de VF.

    Au passage, le remake aura un titre plus court (Let me in) car l'actuel titre est jugé trop long.

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  4. Je me disais bien, que ça me disait quelque chose et j'ai retrouvé ça ;)
    Le film est sorti en France en février cette année sous le titre de "Morse".

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  5. Voui, et c'était vraiment pas mal.

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  6. Tiens, j'allais justement commencer le bouquin ce weekend. Si l'histoire me plaît, j'achèterai le DVD. Le film ne reçoit que des éloges.

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  7. Stop tu t'emballes! Non mais c'est qu'un film! Et j'ai vu la bande annonce et c'est un peu glauque. Déjà la vampire, mais elle est pas top! Je veux dire elle est glauque. Mais je vais m'arranger pour le voir! Et je jugerais aprés! Mais déjà t'as dit une absurdité! Twillight c'est pas pour mormons! Ou alors j'en suis un! Et plus True Blood n'a pas l'air si geek que cela mais bon, j'ai lu que des critiques, je dois voir pour juger! Enfin bref... je suis pas mormon! XD

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  8. Alice : ah oui, tiens, ils ont traduit ça en "Morse" en France. Quelle drôle d'idée. Le morse a effectivement un rôle dans l'histoire, mais je ne trouve pas le titre très vendeur.

    Laurine : j'attends ton billet avant de me lancer dans la lecture du livre.

    Redactor : Meyer est mormone. Je ne vais pas la faire brûler pour ça mais son oeuvre suinte quand même de belles valeurs mormones. Ensuite, oui, le vampire de Ltroi est glauque. On ne survit pas à 200 ans en buvant du sang en devenant un boyscout au physique de mannequin pour Hugo Boss.

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  9. Anonyme23/6/09

    J'ai quasiment tout aimé dans ce film et pourtant je trouve true blood vraiment nul

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  10. Je suis complètement d'accord avec ton analyse...je suis un vampire-fan, et c'est une des seules choses intéressantes que j'ai vu depuis longtemps. Le film est extrement poétique et touchant.
    En même temps je trouve Tru Blood intéressant, mais plus pour les personnages...
    Sinon dans le genre vampire pas glamour, il faut lire / voir 30 Days of Night.

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  11. Je suis en train de le lire avant d'aller le voir au cinoche. C'est _trop_ bien.

    Glauque et tout.

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  12. Très joli film. Je l'ai enfin vu, j'ai beaucoup aimé.

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  13. Effectivement, il est très bien ce film ! Je l'ai vu il y a quelques mois un peu par hasard, et beaucoup aimé ! ça change... C'est froid, c'est... je sais pas quoi dire, c'est juste super bien !

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