23/02/2011

Fondation


Je gardais un souvenir émerveillé de ma plongée adolescente dans le cycle de Fondation. Un scientifique qui prédit l'avenir avec des statistiques, de la psychologie et un peu d'histoire et qui décide de sauver l'humanité en prévoyant un plan secret qui anticipe les crises et prévoit des solutions à des problèmes qui n'existent pas encore. Des vaisseaux spatiaux, des lasers et des robots. Je suis donc retombé en nostalgie en relisant le premier volume de la saga 20 ans après ma première lecture. Une version revue et corrigée où 36 pages supplémentaires ont été traduites par rapport à ma vieille version du millénaire précédent.

Et tout est là : la science érigée en religion pour les bienfaits de la cause. Trantor la ville-planète qui incarne le pouvoir administratif d'un empire infini. La psychohistoire qui détermine les probabilités que tel ou tel futur advienne. C'est écrit en noir sur blanc, mais quelque chose manque. À moins que ça ne vienne de moi. Les personnages sont creux, c'est pas croyable. Des coquilles vides qui n'ont aucune vie en dehors de la scène où ils sont catapultés. La psychohistoire me semble désormais ridicule avec mes yeux cyniques d'adulte revenu de tout. D'ailleurs, ça devrait être de la sociohistoire, la psychologie n'a pas sa place dans de telles élucubrations. Prédire l'avenir avec des probabilités, la belle affaire. Nous ne sommes pas foutus de prédire la météo 3 jours à l'avance, alors prévoir une crise politique dans les siècles à venir, ça dépasse l'entendement. Je comprends bien que tout est possible en SF, mais là, c'est aussi absurde que la foi. Et cet empire galactique, composé de millions de planètes habitées mais où tout le monde parle la même langue et partage la même culture. Quand je vois qu'on ne parle pas le même patois dépendamment que l'on se trouve d'un bord ou de l'autre de la rivière qui traverse le coin de pays de mon enfance, je ne peux même pas imaginer que deux planètes d'un même système solaire puissent vivre au même rythme. Alors un empire sans fin...

Et l'histoire est mal racontée. On saute dans le temps et dans l'espace, c'est vide de sens. Chacune des parties du livre devrait être le sujet d'un livre à part entière, mais non, tout est expédié à la va-vite, à un tel point que j'ai eu par le moment l'impression de lire un résumé de l'intrigue. Bien évidemment, le livre est marqué par son temps. L'obsession de l'atome est au début rigolote mais quand Asimov parle de couteau atomique, on se demande si c'est une parodie de SF que l'on est en train de lire. Et les scientifiques mis en scène sont très cons : quand on leur annonce qu'ils ont travaillé pendant 50 ans pour des prunes sur une encyclopédie car c'était un stratagème (lui même bancal), personne ne se révolte, non, c'est normal, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et comment expliquer que sur une communauté scientifique de plusieurs centaines de milliers de membres, pas un de ces génies n'ait la moindre idée des principes de base de la psychohistoire ? Non, ils font des trucs de scientifiques sans se poser de question en attendant la prochaine apparition holographique de leur gourou qui prédit l'avenir tel un Nostradamus statisticien.

Je ne dis pas que tout est à jeter dans Fondation, mais Asimov est un gros thésard qui a autant de plume qu'une contractuelle dépressive. Il ne décrit pas le futur car il n'a aucune idée de ce à quoi ça pourrait ressembler. C'est atomique, principalement. Mais son monde de demain est un calque de 1951. Des ménagères qui utilisent des machines à laver. Des gens qui lisent du papier. À 15 ans, ça me faisait rêver. À 35 ans, c'est comme lire un vieux catalogue de la Redoute. Ça a eut son charme, mais de là à dire que c'est LE livre de SF ultime, il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Pour le coup, je n'ai même pas envie de lire la suite. Ce n'est pas toujours bon de remuer la poussière.


CITRIQ

10 commentaires:

  1. Malgré (ou en raison de ?) mes quelques années de plus, j'en arrive à la même conclusion que toi. Je lisais le bouquin aux feux rouges ! J'ai évité quelques accidents....
    Je l'ai relu il ya quelques années et ton analyse est très pertinente : ca a eu son charme, mais ça a énormémement vieilli !

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  2. Crap ! Je vais éviter le masochisme d'y retourner alors.

    Tu as lu "Psychohistorical crisis" de Kingsbury ? J'ai bien aimé, et ça ce n'est pas vieux.

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  3. Je ne me fais pas trop d'illusions. Derrière fondation, il y a une forme de grande nostalgie romantique. Asimov disait lui-même que le bouquin est une reprise de la chute de l'empire romain. C'est un thème qui fait triper, non? (moi oui, en tous cas). Quant aux nouvelles, ce sont des textes de jeune homme qui font montre d'une certaine astuce et de belles idées, à défaut d'avoir un grand talent littéraire.
    Bref, c'est pas de la prospective, c'est une sorte de poésie.
    Ca a vieilli, il faut savoir pourquoi.

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  4. Il vaut mieux parfois garder ses souvenirs de jeunesse alors! :)
    Bon ben je ne le relirais pas, car j'en garde un bon souvenir!

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  5. C'est le problème quand on relit des textes de SF de l'âge d'or : il faut les remettre en perspective, savoir pourquoi ils ont fasciné à l'époque. OK, les premières nouvelles sont répétitives (une prophétie une crise une résolution), les personnages inexistants, mais que d'inventivité ! Même idéalisée, cette histoire de civilisation qui meurt et qui renaît, l'emboîtement des machinations (Fondation, Seconde Fondation), le Mulet, tout le décorum continue de me fasciner. Et que d'heures passées à jouer à Fondation - le jeu en ligne (ATTENTION ! NE CLIQUEZ PAS ! NE VOUS INSCRIVEZ PAS ! JEU CHRONOPHAGE !)...

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  6. C'est le même problème pour la plupart des nouvelles de l'époque : ce qui importait c'était d'avoir une idée astucieuse et une écriture claire. On retrouve le même schéma dans les nouvelles d'Asimov sur les robots : crise, scientifique qui explique la raison du problème, résolution. Il n'y a vraiment d'intérêt pour les personnages ou le style, ça viendra plus tard, ou à cette même époque mais hors des pulps.

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  7. - J'aime: "c'est aussi absurde que la foi"
    et
    - j'aime: " Fondation - le jeu en ligne (ATTENTION ! NE CLIQUEZ PAS ! NE VOUS INSCRIVEZ PAS ! JEU CHRONOPHAGE !)"[ même ultra chronophage j'ai envie de dire ...]

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  8. J'essaye de lire les textes fondateurs sans les comparer à la production actuelle (qui sera jugée à son tour comme archaïque par la prochaine génération). Les goûts, les conventions, les attentes changent. Mais d'un autre côté, il y a des vieilles choses qui ne vieillissent pas. La plupart des films de Hitchcock sont encore géniaux même en 2011.

    Fondation a été écrit en 1950. Dune en 1965. C'est pas long, 15 ans, et pourant Dune ne prend pas une ride alors que Fondation est dès le départ un texte mal branlé. Asimov a des idées géniales pour son temps, j'en conviens, mais je trouve qu'il ne livre pas la marchandise correctement. On suit des dialogues poussifs entre des gens qui surexpliquent la crise qui de toute façon a été prévue par la psychohistoire (à un tel point que je ne vois pas pourquoi ils agissent : Sheldon a tout prévu, il suffit de ne rien faire).

    C'est difficile de cloisonner les oeuvres dans leur période de création. Comment regarder un épisode d'Albator sans rire ? Comment rire devant une pantalonnade avec tarte à la crème des Marx Brothers ? Tout se démode si vite. Tous ces moments se perdront dans l'oubli, comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir.

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  9. "Fondation a été écrit en 1950. Dune en 1965. C'est pas long, 15 ans"

    Ouais, mais entre-temps la SF américaine a été retournée par une véritable vague de fond : la fin de l'âge d'or et l'avènement de la speculative fiction et new wave. On est passé du "tout pour les idées version serials" à "la belle plume d'abord" pour caricaturer grossièrement.

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  10. Anonyme25/2/11

    C'est un ami qui m'a redirigé ici.

    (Peut-être un peu se SPOIL dans mon post, mais ça ne devrait pas vous poser de problème :) ).

    Bon je ne suis pas d'accord avec votre critique. D'une part parce que je lis en ce moment le cycle de fondation (en Anglais) et que j'aime beaucoup (mais ça c'est une question de goût) mais aussi, et la est mon reproche, c'est que je trouve que cet article à des faiblesses.

    L'atomique d'abord : certes le couteau atomique, c'est un peu gros, mais c'est de la fiction c'est normale d'en faire un peu trop (Star Wars et la description des bruits dans l'espace...). Que l'atomique fascine à cette époque est, je pense, compréhensible. On vient de découvrir la terrifiante puissance de l'atome (bombe A notamment). Si vous trouvez vraiment étonnant que ça fascine, je trouve que vous manquez d'analyse.

    Ensuite Seldon ne prédit pas, il envisage avec certaines probabilités en prenant en considération l'histoire et la psychologie générale des populations. Toutes les difficultés que cela représente sont envisagées et expliquées (plus tard en effet). Toute la nuance, très importante, entre la prédiction et la probabilité est envisagée (plus tard aussi) et longuement discuté.

    La science érigée comme religion, effectivement, tout est là, grande partie du stratagème. Cependant cela ne dure pas (tout change dans les livres suivants). Le problème est, je trouve, un peu plus subtile.

    Le coup des planètes, bon là je ne critique pas trop. Cependant c'est un artifice qui ne me gène pas. C'est utile au récit, peu envisageable mais après tout il y a plusieurs centaines d'années, on ne parlait pas la même langue dans toute la France, et maintenant c'est le cas (les accents mis à part, qui sont également envisagé dans les livre suivants), alors pourquoi pas.

    L’encyclopédie n'est PAS inutile, elle a une énorme importance. Je ne vais pas redire l'histoire, mais elle est nécessaire (si l'on suit la logique du récit) et indispensable. Mauvaise lecture.

    Voilà en gros mes reproches : mauvaise lecture de l'histoire, et manque d'analyse de mon point de vu. Surtout le fait de juger un Cycle sur un livre alors la grande partie des questions qu'on est amené à se poser ne trouve de réponse que plus tard (dans les autres livres). Descendez en flamme ce livre, pourquoi pas, mais s'il vous plaît : ne déformez pas les faits et faite l'effort de tout lire au préalable.

    Pour tout le reste : personnage vide, mauvaise écriture, la aussi désaccord mais bon, chacun ses goûts. Il vrai que Asimov utilise énormément le même schéma, problème, solution, stratagème, faut stratagème qui en cache un ou plusieurs autres : c'est son style je dirais.

    Important : Mon but n'est pas de vous faire aimer le cycle fondation mais d'essayer de rétablir deux ou trois faits pour laisser sa chance au récit.

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