19/12/2012

Bilbo le hobbit




« Sue, venez dans mon bureau, il faut que je vous montre ça.
- Oui, Bob ?
- Asseyez-vous, c’est un véritable cas d’école, vous allez adorer. Bon, je vous fait l’argument : 13 nains et un magicien engage le dernier des nigauds pour cambrioler un dragon.
- C’est Ocean’s Fifteen ?
- Pas loin, mais non. L’auteur a sans doute suivi un de mes séminaires « La fantasy sans forcer en 10 leçons facile » car il a bien intégré les éléments-clés que j’exige dans tout bon manuscrit. Un peu d’humour, un voyage initiatique, une petite morale, des grands sentiments… C’est carré dans la forme. Parfait pour du young adult de tête de gondole.
- Mais ?
- Faut voir comme c’est écrit. Tenez, prenez cette scène où le groupe croise trois trolls en goguette. Devinez comment ils s’appellent, ces monstres ?
- Gorgor ? Grosse-Baffe ? Non, mieux : Gargangruel ?
- Perdu. C’est Bert, Tom et William Huggins.
- Sans déconner ?
- Je vous jure, Sue : le gars se fend en deux pour décrire un univers fantasy mais quand vient le moment de nommer trois trolls, il leur donne le nom de ses voisins. Mais ce n’est pas tout : c’est donc un univers avec des elfes beaux et immortels, des nains infatigables et tout le tremblement. Eh bien vous ne me croirez pas, mais ils y fêtent la St-Jean et utilisent notre calendrier.
- Non, vous me faites marcher…
- Pas du tout. Mieux que ça : il y a des « Nom de dieu » et des « à la diable » à tire-larigot. Et faut voir le traitement des animaux : tous plus bavards les uns que les autres. C’est pire qu’un Walt Disney. D’ailleurs, il y a toute une scène chez un ours-garou qui est copain avec les animaux de la forêt, on a l’impression de voir Blanche-Neige qui fait le ménage aidée par les lapins et les oiseaux du coin. Et alors gobelins, aigles géants, araignées géantes, loups géants ou grives… tous parlent une sorte de langage commun, hein.
- Y’en a qui ne doutent de rien. Mais l’histoire est bien ?
- Ah bah oui, c’est archétypal comme j’aime. Le roi nain qui devient obsédé par son or, provoque une bataille mais se repend sur son lit de mort, c’est de la plus belle eau. Bon, le magicien fait tout le boulot, c’est un petit lourdingue, mais ça passe car il est mystérieux à souhait. Par contre, 13 nains, c’est pas assez, il aurait dû surenchérir un peu plus et en foutre 50 ou 100.
- C’est publiable ?
- Oui et non. L’auteur a déjà écrit une espèce de suite découpables en 3 tomes, mais il y a comme un problème dans la continuité. On retrouve le magicien, les aigles et tout le toutim, mais il y a une drôle de rupture dans le ton. Sa première histoire est pour les gamins, la seconde est plus taillée pour les adultes. C’est pas mal car ça permet de toucher plusieurs publics en même temps et d’assurer un suivi dans les ventes en fourguant les livres tout au long de la vie du lecteur, mais il y a du coup des incohérences qui vont faire les choux gras de ces connards de critiques.
- Du genre ?
- L’anneau magique dans le conte, il sert juste à devenir invisible. Le nigaud qui le trouve après une scène marrante de concours d’énigmes en use et abuse tout le long du scénario sans conséquence notable. Or dans la suite, le même anneau devient hyper important. Il influence les gens autour de lui, son utilisation est une épreuve en soi… C’est carrément autre chose. Du coup il faudrait un peu réécrire le conte pour que ça soit raccord. Mais ça voudrait dire retarder la publication, et ça, non. On n’a jamais vu un texte bancal foutre en l’air un calendrier de parution, pas vrai ?
- Bien dit, patron. Ça devrait bien se vendre ?
- Boarf, on sait jamais avec ces trucs pour gamins. Avec un peu de chance, ils en tireront un dessin animé, mais y’a vraiment pas matière à en faire trois films de 2h30.

8 commentaires:

  1. Excellent comme seul toi sait l'être. Moi si je maîtrise du TOR mon troll il s'appellera Cédric Ferrand! Bel hommage au maître, non ?

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    1. Je travaille à mes moments perdus sur un scénario pour TOR pour une tablée de hobbits. Ça s’appelle « Sans beurre et sans reproche ».

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  2. Wow ! Le retour de Bob.

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    1. Il sent un peu la naphtaline, le Bob.

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  3. Il n'a pas tort, le Bob. Mais bon, c'est plus un conte pour enfants que de la fantasy en fait.

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  4. Bon retour au foyer, Bob.

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  5. Michaël C.27/12/12

    Excellent et couillu le Ferrand ! Pour dissuader les extrémistes, mes cousins ont accepté de jouer tes gardes du corps jusqu'à la sortie du troisième film, à condition que tu ne dises plus jamais de mal de Warhammer 3. Mieux encore, que tu dois en maîtriser une partie. Merci qui ?

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