Snuff


Ah, les livres de fesse...

Tout d'abord, il y a cette couverture moche dont le plus gros du travail artistique a été de faire en sorte que l'espace blanc entre les pieds du personnages, juste au-dessus du U du titre, ressemble à une bite. Pour le reste, c'est torché au Photoshop en quelques clics. Il y a bien cette ligne "Par l'auteur de Fight Club" pour convaincre le passant que ce n'est pas un énième bouquins de cul dans la lignée de 50 Nuances de rose, mais c'est peine perdue : la caissière m'a jugé tout en essayant de garder un visage d'indifférence sur le mode "Heu, c'est combien, Solange, "Prends-moi salope" ?".

Or donc, Cassie Wright, icône du porno, a décidé de mettre un point final à sa carrière en partant dans un grand boom magistral : elle veut tourner la plus grande scène de gang bang possible avec 600 bonhommes qui vont lui passer dessus pendant une minute chacun. Et le livre débute et se passe dans la pièce où attendent les acteurs de ce record mondial (glisser ici un jeu de mots avec l'expression "qui va rentrer dans les annales"). Ils se mettent en condition en regardant d'un coin de l'oeil les précédents films de Cassie tout en se comparant les uns les autres. De ces 600 spartiates de la baise, on suit en alternance 4 points de vue :
- un jeune puceau qui est persuadé d'être le fils caché de Cassie ;
- une star de la télé qui veut profiter du record mondial pour se faire mousser (ahah) ;
- un vieil acteur porno qui a tout vu et tout fait ;
- la régisseuse du plateau, qui coordonne ce ballet.
Comme c'est écrit Snuff dans le titre du bouquin, on se doute bien qu'il va y avoir un ou des morts pendant le tournage.
Et action !

Je savais d'expérience avec Chuck Palahniuk qu'il savait écrire des mots comme foutre, giclée et couille. Bon, ben oui, tout le champ lexical du porno est bien présent dans ce livre de moins de 200 pages : double péné' et éjac' faciale sont de mise (on va avoir de la visite avec ce billet). Comme d'habitude avec Chuck, on a droit à des personnages tarés, avec des obsessions bien limites. Chuck, c'est un mec qui bosse bien ses dossiers, il est connu pour faire des recherches pointues, alors ça sent le réel dans son livre. Je ne serais pas étonné qu'il soit allé visiter un vrai plateau de tournage porno pour s'imprégner de ce milieu. Ça lui ressemblerait bien. Du coup, je ne suis pas surpris de la matière du livre : c'est palahniukien. Après tout, c'est le gars qui fait dire à Marla "I want to have your abortion" en guise de déclaration d'amour, je ne peux pas prétendre ne pas savoir que ce livre va me parler de merde et d'épisiotomie.

Non, le hic, c'est l'inintérêt du récit. Les personnages s'astiquent, se sentent le cul réciproquement (parfois littéralement), confessent des trucs au lecteur... On a droit à des personnages indignes du Chuck des grands jours, comme ce gamin abusé par son père qui se pense donc homosexuel mais qui va se découvrir hétéro. Wow. Les révélations sont plus prévisibles que la fin d'une chronique d'Alexandre Vialatte. Ça se veut transgressif, mais c'est au final plus prude qu'un épisode de Paris Dernière de Frédéric Taddeï. C'est de la petite provocation littéraire. Le seul truc qui m'a fait rire, ce sont les faux titres de films porno, qui pastichent tous des classiques du cinéma, mais je félicite plus le traducteur que l'auteur. Pour le reste, c'est du Palahniuk, comme ces listes de morts étranges d'acteurs qui étaient sans doute méconnues quand personne n'avait Internet, mais qui aujourd'hui sont dans le domaine public. Un personnage mange une capote. Pourquoi pas. Ils se gavent tous de Viagra. Et pis ? C'est un milieu malsain. Quelle révélation, Chuck...

Le livre est sorti en 2008, il aura fallu attendre 2012 pour qu'il soit traduit en français. Comme s'il ne devait sa traduction qu'à l'élan sexuel des livres qui font vendre en ce moment.

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