28/08/2019

Zone blanche


Oh, je sais bien : une production France Télévisions qui met en scène des gendarmes. C'est un peu la double ringardise. Et pourtant. Imaginez une ville fictive répondant au nom de Villefranche plantée au cœur des Vosges. Une ville tellement à l'écart du monde que les portables ou le GPS y sont capricieux. Une ville encerclée par la forêt, sombre et mystérieuse. Bienfaitrice mais également sans pitié. Et dans cette ville de province éloignée de tout, quatre gendarmes qui doivent faire face à des histoires glauques qui puent souvent le surnaturel. Oui, quatre gendarmes comme dans "un groupe de PJ idéal" :
- la Major Weiss, qui a disparu en forêt il y a 20 ans et ne s'est échappé qu'au prix d'un sacrifice
- l'adjudant-chef Hermann, dans le plus pure style chasse, pêche et biture
- l'adjudant Ferrandis, dit Nounours, une brute avec un coeur gros comme ça (voir figure A)
- la gendarme Laugier, jeune recrue qui étudie pour passer ses examens d'OPJ.
Autour de ce groupe évoluent bien d'autres rôles récurrents comme un procureur complètement à côté de la plaque, un maire affairiste, une tenancière de bar, un chef des pompiers... On sent clairement que les PJ ont fait une création de personnage qui inclue une carte relationnelle bien fournie.
Car évidemment, tout le monde à son petit secret, à Villefranche. La fille du maire a disparu il y a 6 mois. La fille de la Major Weiss est une militante écolo. Le procureur a été exilé à Villefranche... Et chaque épisode est l'occasion d'une enquête bien ficelée qui propose systématiquement un petit twist scénaristique bien trouvé. C'est toujours un jeu de dupes. On pensait que, mais en fait non. Et chaque enquête est directement rejouable à une table de JdR, c'est du watch & play.

La série s'amuse à faire des références à de nombreuses autres oeuvres : évidemment, il y a un petit goût de Twin Peaks, mais on retrouve des allusions au Projet Blairwitch à Millenium et autres joyeusetés. Il y a indéniablement un parfait à l'américaine malgré la francitude de la série : les voitures sont souvent des pick-ups, les gendarmes portent leur flingue comme des cowboys, on entend de la musique country, il y a des duels dans la rue principale... Et à mesure que les enquêtes s'enchaînent, il y a plusieurs intrigues en fil rouge qui progressent. Les révélations sont régulières, on a pas l'impression d'avoir à se taper des fillers. Mais la star incontestée, ce sont les Vosges. Mazette, quel décor. C'est envoûtant, souvent intimidant. On y croit, à cette ville coupée de la civilisation. Elle est vraiment bien incarnée à l'écran et participe au plaisir du visionnage tout du long.

Et puis bon, il y a cette composante fantastique. C'est pas gratuit comme dans Lost, on sent que tout est construit autour de cette idée centrale. Moi, j'ai l'impression que c'est une partie de Nephilim avec des PJ humains qui ne savent pas qu'ils cohabitent depuis toujours avec un Faerim. On pourrait regarder la série via le prisme du Mythe, évidemment. C'est non seulement une campagne Tales form the Loop clé en main mais une superbe source d'inspiration pour du Channel Fear.

Oh, évidemment, c'est du France 2, donc par moment c'est un peu mal joué. Mais la production est belle, on n'a vraiment pas l'impression que c'est filmé à l'arrache avec un budget famélique. On peut vraiment raconter des histoires surnaturelles avec de gendarmes. On peut faire du mystérieux à la Stranger Things en montrant les Vosges. Je dirais même qu'on peut faire aussi bien que les allemands de Dark sans perdre le téléspectateur dans des intrigues trop entremêlées. C'est fou, c'est là, sous nos yeux, sur France 2 (et heureusement pour moi sur Netflix sous le nom Dark Spot).

Et puis bon, une série où la caméra s'arrête régulièrement pour filmer deux corbeaux qui semblent en savoir plus que les 4 PJ qui patinent, forcément, ça me parle.

2 commentaires:

  1. J'avoue que je me suis fait plaisir en regardant Zone Blanche (qui, sur mon Netflix, s'appelle bien Zone Blanche :P). On s'attend à du France 2, et l'ambiance s'installe sans prévenir. Les Vosges sont intemporelles, on se croirait dans un lieu détaché du reste du monde. La forêt tient parfaitement le rôle principal, qu'elle vole au major Weiss.
    Le ton des acteurs peut sonner faux au premier abord, mais j'ai fini par avoir l'impression d'entendre parler des collègues à la sortie d'une réunion un peu tendue ou pendant une pause café. Mes collègues ne parlent pas comme dans les séries américaines, il faut croire. ^^
    Le parallèle avec un jeu comme Nephilim m'a sauté aux yeux, même si le fantastique est feutré, très feutré dans la première saison. C'est vraiment du bon matos si on cherche des idées.
    Bref, tout ça pour dire que je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à apprécier la série. Merci pour cet article. :)

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  2. Nice article as well as whole site.Thanks.
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