18/11/2020

The Americans

 


Quand ça a confiné sec mais pas assez pour qu'on ferme les bibliothèques, j'ai fait un truc à la mode de l'ancien monde : j'ai emprunté des DVD. Vous savez, les DVD de bibliothèque, ceux qui sont toujours rayés comme si les gens, chez eux, les frottaient avec du papier-sable à gros grain, comme ça, pour passer le temps. Et mon choix s'est arrêté sur une série dont je n'avais pas vraiment entendu parler : The Americans.

L'action prend place à Washington DC au début des années 80. Reagan est au pouvoir. Barbara Streisand chante I'm a woman in love. Et dans cette ville de fonctionnaires, on suit la vie d'une famille américaine lambda : les Jennings. Philip et Elizabeth sont propriétaires d'une agence de voyage tandis que Paige et Henry vont à l'école. Ils sont l'incarnation de l'American way of life. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, à la vérité, Philip et Elizabeth n'étaient pas en fait des espions russes. Nés en URSS, ils ont été formés par le KGB pour s'installer au cœur du pouvoir américain afin de mener des missions de renseignement. Leur couple est artificiel : le Centre (l'organe qui gère les espions) les a matchés et ils vivent ensemble à Washington depuis 20 ans. Ils sont très occupés, les Jennings : Moscou a sans cesse besoin de nouvelles informations pour damer le pion aux USA. Alors ils séduisent des sources, ils volent des documents, ils assassinent sordidement... Tout en jouant aux bons parents à la maison et aux bons patrons à l'agence. Et la série débute alors que leur quotidien (déjà assez rocambolesque) est bouleversé par un malencontreux hasard : la maison en face de la leur change de propriétaire. Les nouveaux venus (les Beeman) ont ceci de spécial : Stan Beeman travaille au service du contre-espionnage du FBI. Manque de bol, la proximité va faire en sorte que les deux couples vont tisser des liens.

Évidemment, si pour vous l'espionnage c'est jouer au blackjack en sirotant des martinis shaken, not stirred ou bien sauver le président d'une explosion nucléaire en moins de 24 heures, vous risquez de trouver The Americans bien plan-plan. Oh, il y a bien des scènes d'action, mais le cœur de la série, c'est ce qu'on appelle le HUMINT (Human Intelligence), c'est-à-dire le renseignement d'origine humaine. Les Jennings sont des as pour faire chanter des gens ou leur soutirer de l'info à leur insu. C'est également un grand jeu de faux semblant : le couple est très souvent déguisé, c'est un véritable festival de perruques et de postiches. En les observant travailler, vous allez en apprendre beaucoup sur l'organisation d'une cellule d'espions. L'art subtil d'utiliser un standard téléphonique pour camoufler certaines communications. Comment placer un micro dans le bureau d'une cible. Comment inciter des gens honnêtes à vous donner de l'information sensible... Sérieusement, tous les MJ du monde devraient regarder cette série s'ils souhaitent mettre en scène de l'espionnage réaliste. C'est une mine d'or pour apprendre à incarner un handler fait de contradictions. Les questions soulevées par la série sont si intéressantes.

La série est également une fresque familiale. Parce qu'elle s'étale sur 6 saison, vous aller voir le couple évoluer. Car ils vont connaître bien sûr des hauts et des bas en fonction des missions réalisées et des tensions que cela provoque. Car Philip et Elizabeth ne sont pas exactement sur la même longueur d'ondes : lui aime la vie américaine. Ça fait 20 ans qu'il a quitté la mère patrie. À l'inverse, Elizabeth est toujours aussi intensément motivée. Elle est prête à tout pour ses idéaux. Vous allez aussi voir grandir les enfants, qui ne sont au départ pas conscients de la double-vie de leurs parents. Paige et Henry prennent de l'ampleur à mesure que les saisons évoluent, on s'attache à eux. Les années 80 sont scrupuleusement reconstituées, on a l'impression que la série a été tournée à l'époque.

De même, la série se permet de suivre plusieurs agents du FBI ainsi que du personnel de l'ambassade russe à Washington. Là encore, c'est un travail minutieux pour rendre ça crédible. Les acteurs sont solides, les personnalités complexes... L'alchimie entre les deux acteurs principaux est impressionnante, et je n'ai pas été surpris d'apprendre que les deux acteurs sont également devenus un couple en dehors des heures de tournage.

Même si j'adule The Wire, je ne peux pas vous dire comment s'est terminée la série. Je me rappelle avoir fini Les Soprano en me disant "Ah ?". Mais boudiou, le final de The Americans va me hanter pendant longtemps tellement je ne voulais pas tourner le dos aux Jennings. J'ai été scotché par l'épisode final qui a été crève-cœur. Je savais que cette histoire de 75 épisodes ne finirait pas sur un happy end, mais je ne m'attendais pas à cette fin douce-amère.

À noter que la série a fait des audiences catastrophiques lors de sa diffusion à la télé. N'importe quelle autre chaîne aurait annulé la série avant la fin de la première saison pour limiter la casse mais FX croyait sincèrement au projet et a donné du temps à toute l'équipe. Ils ont pu aller au bout de cette histoire, ce qui est une chance assez incroyable, à la télé. Bon, et le fait qu'Obama déclare que c'était sa série préférée a sans doute aidé.

Ah oui : le pitch n'est pas crédible. Sauf que... Ce qui a inspiré les auteurs, c'est la découverte en 2010 d'un couple d'espions russes parfaitement intégrés qui avaient des emplois, des amis, des liens avec la communauté locale... Et un ancien espion du KGB, qui était venu visiter le plateau de tournage, a raconté aux auteurs qu'à sa grande surprise, alors qu'il vivait clandestinement aux USA, il a découvert un beau jour que son nouveau voisin était membre du FBI. Cet agent est aujourd'hui le parrain de sa fille.

1 commentaire:

  1. Sybchronicité! Je ne suis qu'au milieu de la première saison, c'est dire que j'apprécie que tu n'aies pas spoilé!
    Ces séries (je pense à Dark Skies, à Mad Men...) qui reconstituent méticuleusement des périodes relativement proches et qui, pourtant, paraissent déjà si différentes de la nôtre, laissent une impression bizarre... du genre: non, pas possible, c'était comme ça? ah mais, en fait, oui...

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