Je me suis fait avoir par ce livre.
En effet, tout commence par un mois de novembre avec l’annonce du confinement de Moscou, afin de limiter la progression d’une maladie pulmonaire.
Anna et Sergueï, un couple de banlieusards aisés, ne s’inquiètent pas. Sergueï télétravaille, Anna continue sa petite vie de femme au foyer. Ils mettent des masques quand ils sortent de chez eux, prennent des nouvelles leurs proches coincés dans la zone confinée… Arrivé à ce point, je me suis dit « ah tiens, voilà un roman sur le Covid ». Un peu plus tard, j’ai vu que le copyright était de… 2010, bien trop tôt pour le Covid.
Il s’avère vite que le virus, inconnu et jamais nommé, est autrement méchant. Les Moscovites meurent en grand nombre. Les infrastructures commencent à se déliter, en dehors des types armés qui empêchent les gens d’entrer et de sortir de Moscou, et des médias étrangers en ligne, qui confirment que c’est une pandémie.
La situation allant en s’aggravant, Anna et Sergueï décident de s’éloigner de la capitale et d’aller se réfugier au lac Vongozero, près de la frontière finlandaise. Sergueï, qui y a passé des vacances d’été il y a des années, est formel : c’est au milieu de nulle part, donc à l’abri du virus.
Reste à organiser le départ, à lever le camp, et à rouler, rouler et rouler encore. Mille deux cents kilomètres en direction du cercle polaire arctique, à travers une Russie déliquescente où le carburant se fait rare, et où les masques sociaux tombent à toute vitesse – ceux de nos héros et ceux des gens qu’ils rencontrent.
Vongozero détaille l’odyssée du groupe, car le duo de départ ne cesse de se renforcer, pour atteindre leur refuge, Le Lacraconte ce qui se passe là-bas. Le premier est un road movie ponctué de bonnes et de mauvaises rencontres, le second pose un constat désolé : la survie ne s’apprend pas dans les bouquins.
Nos héros, entassés à onze dans deux petites pièces glaciales, ont du mal à gérer leurs provisions, ne savent ni chasser ni pêcher, et encaissent mal la promiscuité. Tout ça se termine comme il se doit, par une chaîne de catastrophes qui débouche sur une fin ouverte…
Tout ça est bien fait et bien écrit (ou bien traduit, je ne peux pas avoir d’avis sur la version russe). Les amateurs d’action, de fusillades et d’explosion peuvent laisser la main aux amis de la psychologie et des discussions. Pareil si vous aimez les histoires optimistes et la légèreté, vous n’y trouverez pas votre compte.
Un exemple ? Anna est bonne tireuse, mais à partir du moment où il y a plus d’hommes que de fusils, elle n’a plus jamais l’occasion d’en toucher un, parce que les armes, c’est un travail d’homme. Dans cette Russie, les femmes existent pour gérer les enfants, faire à manger et assurer le repos du guerrier. Quant aux hommes, ils se chargent de la pêche, de la chasse, des contacts avec l’extérieur… bref de tout, et dans la plus parfaite incompétence.
Anna, la narratrice, enregistre cet état de choses sans prendre parti, mais ce n’est pas le cas de l’autrice : dans Le Lac, elle se montre volontiers mordante, avec notamment une scène où trois des femmes, largement réchauffées par la vodka, parlent de leurs couples…
Bref, une lecture sympathique, pour les amateurs de cuissons à basse température, éminemment adaptable en campagne postapocalyptique. Il faudra juste prévoir une petite garniture de zombies bourrés d’antigel ou de sectateurs des Grands anciens.
PS : J’ai fini de lire Le Lac début octobre, au moment où les médias ont commencé à parler d’une victime de la peste pulmonaire en Sibérie, de mises en quarantaine, de fermeture des frontières avec l’Asie centrale… Cela semble s’être tassé, mais sur le moment, ça résonnait désagréablement.
PPS : Ah, on me signale qu’il existe une adaptation en série télé, intitulée To the Lake. La première saison se trouve sur Netflix. La deuxième n’est pas disponible en France en raison des sanctions dues à la guerre en Ukraine.


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